39, 23, 59 : Chapitre 1 – Jour 41

Ce n’était pas souvent que Spike se retrouvait face à une pouliche ligotée qu’il n’avait aucune intention de tuer ni blesser de quelque façon.

Ce n’était pas souvent que Spike se retrouvait devant un délai.

Ce n’était pas souvent que Spike se retrouvait prêt à payer la dite pouliche si elle exécutait ses demandes.

Ce n’était pas souvent que Spike se retrouvait à écrire des plans et prendre des notes.

« Arrête de bouillonner veux-tu, voilà une bonne fille. »

Ce n’était pas souvent que Spike se retrouvait à réconforter la pouliche qu’il avait ligotée.

Hé bien, excusez-la si elle trouvait que la situation le demandait. Ce n’était pas comme si elle pouvait s’enfuir en hurlant, n’est-ce pas?

Il roula les yeux. De tous les singletons de Sunnydale, il avait été obligé de choisir celui-là. Comme s’il n’avait pas déjà assez sur la planche, il avait dû se torturer en choisissant la seule femme du pays qui avait la langue d’un serpent. Cela étant dit, son grand-père ne méritait pas moins. Surtout depuis la machination de l’année dernière pour aspirer le monde en enfer.

Spike était sûr qu’il n’était pas le seul campeur à être heureux que ça n’ait pas fonctionné. Il railla. Comme si une statue allait venir à la vie pour engloutir la Terre. Il y avait plus de chance pour une invasion Martienne que pour que cela se produise. Et l’idiot qu’était Angélus avait dû essayer de le faire.

Spike se demandait ce qui viendrait ensuite. Angélus recherchant l’Atlantide? Il secoua la tête. Il en croyait son grand-père capable. Il pouvait réellement voir Angélus flanqué d’une paire de bottes de randonnée, d’un anorak Gortex et d’une paire de gants, prêt à escalader l’Everest, ou peu importe où se trouvait l’Atlantide. Peut-être que s’il était vraiment chanceux, son grand-père porterait un bonnet.

Il secoua la tête à nouveau. Il y avait des choses plus importantes qu’Angélus, et c’était arriver à ce que le morceau appétissant devant lui accepte son plan. Non pas qu’elle ait beaucoup le choix, bien entendu. Si elle n’acceptait pas, il la tuerait. Fin de l’histoire.

La regardant maintenant, elle semblait un tantinet stressée et, quand il était stressé, il fumait.

« T’en veux? » Spike tendit sa cigarette.

Elle le fixa comme s’il était cinglé.

« Je suppose que non. Ecoute. »

De jolis yeux roulèrent.

Oh ouais. Le bâillon. « Ce n’est pas comme si tu pouvais faire grand chose d’autre. Bref, » il prit une bouffée. « Toi et moi? On doit parler affaires. »

De jolis yeux clignèrent. Affaires? De quoi pourrait-il avoir besoin avec elle? A moins qu’il ne veuille un avocat, dans quel cas, il devrait aller voir autre part. Son père ne s’était pas spécialisé en vampirisme.

« Toi et moi, on a quelque chose en commun. »

Oh pitié. Si c’était à propos de Buffy, elle allait se tuer elle-même.

« Tu vois, Angélus et moi. »

Oh mon Dieu. Pourquoi est-ce que ça ne pouvait pas être à propos de Buffy?

« On a fait un pari. » Il prit une autre bouffée et lui offrit encore une fois sa cigarette. Quand elle lui lança un regard noir, il haussa les épaules. « Si tu es sure. Je tiens à gagner. »

Gagner quoi? L’award de l’érudit maléfique le plus agaçant que le monde ait jamais connu?

« Ce n’est pas pour l’argent, tu sais. C’est plus important que ça. Imagine-toi ceci. »

Oh Seigneur. Il allait partir sur le chemin des souvenirs. De l’aide. Que quelqu’un, n’importe qui, lui apporte de l’aide. Peut-être qu’elle allait être chanceuse et qu’il l’ennuierait à mort.

« Moi, dans trois cent ans. »

Oh non. C’était pire que ce qu’elle pensait. Ce n’était pas sur le chemin des souvenirs qu’il l’emmenait. C’était sur ses plans futurs. S’il disait quoi que ce soit sur deux virgule quatre enfants et une barrière en piquets blancs, elle allait cannibaliser ses propres intestins et se manger à mort.

« A écouter sa voix geignante tu as perdu, tu as perdu, ha ha, tu as perdu. »

Il la tenait. Trois cent ans à écouter ça la rendraient dingue. Elle sympathisait et lui aurait dit si elle n’avait pas été bâillonnée. A la place, elle acquiesça. Pauvre Spike.

« C’est déjà assez pénible d’entendre sa voix 30 minutes par jour, alors pendant 300 ans. C’est là que tu entres en jeu. »

Il devait se tromper. Elle n’entrait nulle part.

« Ce pari. Il implique une femme. »

Ouais, hé bien, elle n’était pas cette femme.

« Pas n’importe quelle femme, attention, mais une femme comme toi. » Il prit une autre bouffée, prenant une seconde pour savourer la fumée avant de la recracher. « Tu connais le genre. »

Le genre? Quelle sorte de chauviniste était-il?

« Des jambes jusque-là, » ses mains s’agitèrent autour de son cou. « Un corps comme ça, » ses mains firent une silhouette en sablier. « Et de satanés beaux nichons. Ils pourraient rendre un homme fou. »

Qu’est-ce qu’elle n’aurait pas donné pour lui crier dessus. Comment osait-il dire qu’elle avait de beaux nichons? C’était tellement… tellement… Mâle. Argh. Il semblait que même les vampires étaient des hommes.

« Je parie que tu ferais un bon fantasme pour se satisfaire. »

Oh mon Dieu! Qui croyait-il être au juste?

« Ma Dru en est un. Attention, elle n’est pas aussi costaude, mais bon. Elle ne sait pas la moitié de comment de satisfaire elle-même. »

Oublier l’auto-cannibalisme. L’expression amoureuse était assez pour la faire s’étrangler sur son propre vomi.

« Elle et toi, vous vous entendriez bien. »

Elle pouvait voir les cadeaux de Noël. Dru recevrait un chèque cadeau d’une valeur d’un an de thérapie, et elle recevrait un bras dans une boîte. La joie saisonnière l’envahissait déjà. Elle avait tellement hâte.

« Vous pourriez avoir des soirées thé et autre. »

Que pensait-il qu’elles allaient faire? Organiser des soirées pyjamas où des combats d’oreillers mèneraient à des expérimentations féminines? Seigneur, la perversion n’était pas discriminée entre les morts et les vivants.

« Enfin bref. »

Qu’est-ce qui était pire? Lui pensant à des sympathisassions féminines, ou la raison pour laquelle il l’avait ligotée et bâillonnée?

« Angélus et moi avons fait un pari. Il est un peu actif, dirons-nous. Il a beaucoup de temps à rattraper. »

Maintenant elle était confuse.

« Le pauvre imbécile a eu une âme durant la moitié de son existence. C’est comme une laisse. »

L’âme était plus une bénédiction en ce qui la concernait.

« Il se nourrissait de rats. »

Elle n’allait pas se sentir désolée pour Angélus. Il méritait d’être maudit.

« Evidemment, ça ne fera pas de différence pour toi. Etant donné que tu es une femme forte, et tout ça. »

La flatterie ne le mènerait nulle part.

« Il n’était pas lui-même. Embourber dans toute cette culpabilité, essayer de sauver tout le monde. Tomber amoureux d’une tueuse. » Spike grimaça.

Elle était d’accord. Comment quelqu’un pouvait tomber amoureux d’une fille qui voulait ce qu’elle ne pouvait pas avoir, c’était écœurant. Elle avait vu Buffy avoir une chance avec des hommes humains et la ruiner parce qu’ils étaient trop normaux, elle avait vu Buffy avoir une chance et la ruiner avec un homme qui n’était pas assez normal. C’était pathétique, vraiment.

« On va dire qu’il était malade. Pas lui-même. On sera tous les deux plus heureux si on pense de cette façon. »

Elle aurait été plus heureuse si elle n’était pas ligotée et bâillonnée.

« Depuis qu’il a perdu cette âme, il fait son chemin dans le monde des démons en couchant. Il essaye de prouver qu’il est de retour et plus méchant que jamais. Tu sais, il essaye de prouver quelque chose et tout ça. »

Oh charmant. Quelle façon d’attirer l’attention, Angel.

« J’ai eu quelques affaires la semaine dernière. »

C’étaient les mêmes affaires qu’il voulait avec elle? Parce que si oui, alors il pouvait aller au diable.

« Et Angélus a ramené cette fille à la maison. C’était un sacré repas. Il n’a pas partagé, bien entendu. Embrasser et raconter, c’est plus son style. D’un autre côté, si j’avais une copine comme ça, j’embrasserais et raconterais aussi. Quoi qu’il en soit. J’étais là, essayant de mener mon affaire de façon professionnelle, quand il est devenu Mon Dieu, assez bruyamment si je me souviens bien. Ca a ruiné le moment. Tu peux te l’imaginer, j’en suis sûr. »

Que trop bien.

« Ca m’amène à toi. Le pari est qu’il ne peut pas tenir quarante jours sans tirer un coup. Il dit qu’il peut, je dis que non. »

Comment, exactement, est-ce que ça menait à elle?

« Si je connais bien mon vieux sire, il ira en enfer juste pour prouver que j’ai tort. Je ne peux pas laisser ça me passer au-dessus. Voilà où tu entres en jeu. Tu as le look, le corps et, comme je l’ai déjà dit, les nichons. »

L’outrage était de retour à plein régime.

« Tout ce qu’on doit faire c’est t’astiquer un peu, te sortir de tes habits de pom-pom girl et t’enfiler quelque chose de décent. Te mettre sur son radar ne sera pas dur du tout. Pas avec ces nibards. »

Elle aurait donné n’importe quoi pour l’étrangler à mort. Nibards? Nibards? Seigneur. Elle avait envie d’hurler pour toutes les femmes de cette maudite planète. Nibards? A quel point, au juste, un seul vampire pouvait-il être grossier? Elle aurait également donné n’importe quoi pour avoir la capacité de redescendre sa jupe.

La façon dont il la regardait lui donnait vraiment la chair de poule. Ses yeux n’arrêtaient pas de voyager des orteils à la taille et puis en sens inverse, s’éternisant là où la cuisse rencontrait le bassin. Argh. Quel pervers. De toute façon, c’était quoi tout ce truc du nous? La dernière fois qu’elle avait vérifié, c’était lui qui avait fait le pari.

« Comme je disais. On t’enfile un petit bout de miam, on te met dans un endroit où il le remarquera, et je gagne. Ca ressemble à un plan? Pour moi, oui. »

Pourquoi est-ce que ça ne pouvait pas être lui qui enfilait un petit bout de miam et pourquoi est-ce que ça ne pouvait pas être lui qui était mis dans un endroit où Angélus le remarquerait?

« Et si tu ne joues pas le jeu, je tuerai ta famille et je te ferai regarder. »

Est-ce que ça n’amenait une toute nouvelle perspective sur les choses?

« Maintenant. Je vais être un bon petit gars et ôter ce bâillon. Quand je le ferais, tu vas dire oui. Compris? »

Elle acquiesça. Elle n’avait pas vraiment beaucoup le choix.

Spike se leva de la vieille chaise bancale sur laquelle il était et ôta le bâillon, lui tapotant le dos tandis qu’elle toussait.

« Là, là poussin. J’ai quelque chose pour aider cette gorge sèche. »

Elle l’observa sortir une gourde argentée et l’agiter devant elle. Elle ne pouvait pas sentir le liquide à l’intérieur, mais elle l’entendit gicler. Ca pouvait être n’importe quoi, de l’absinthe à la vodka. Peu importe ce que c’était, elle ne le buvait tellement pas.

« Humm. On va devoir faire quelque chose pour ton attitude de girl scout. » Sa tête se pencha sur le côté. « Ou peut-être pas. Je vais te dire. Tu me laisses m’occuper des détails et tu te montres juste à l’heure, ok? »

Ouais. Elle ne pensait pas, non.

Il avait dû lire ses pensées. « Tu te souviens de ce truc où je tue tes parents et que je te fais regarder? Ce n’est pas une blague, poussin. Angélus est peut-être le grand méchant original, mais j’ai appris quelques petits tours. Ne l’oublie pas. J’avais un goût pour les pointes de chemin de fer. Ce sont de chouettes petits jouets. C’est comme ça que j’ai eu ce nom.”

Spike la regarda en clignant des yeux. “Tu as l’air un peu verte sur les bords. Tiens, ça va t’aider”

Elle ouvrit la bouche, entièrement prête à lui dire qu’il pouvait se le garder quand du liquide commença à dégouliner dans sa gorge. Ca brûlait. Ca brûlait vraiment, vraiment fort. Ses yeux se remplirent de larmes et sa tête se pencha sur le côté alors qu’elle s’étranglait sur le quoi-que-cela-puisse-être dégoûtant.

Seigneur, sa gorge était réellement engourdie. “Qu’est-ce que…?” Elle lança un regard noir et interrogateur au vampire.

Il rayonna, satisfait d’avoir son approbation. “Ma propre recette. Un peu du whisky brassé de chez Willie, deux doigts de cognac, et une goûte d’acide de batterie.”

Acide de batterie?

“C’est bon, pas vrai? Ca me garde bien au chaud durant les froides nuits d’hiver, ça je peux te le dire.”

Acide de batterie?

“Maintenant,” Spike prit une gorgée de sa boisson et elle observa avec ébahissement ses yeux rouler dans leurs orbites avec du pur régal.

Acide de batterie?

“On a un marché?”

Cordélia pouvait à peine parler avec la sensation de la peau et des tissus de sa gorge qui grésillaient, mais elle y parvint quand même. “J’ai le choix?”

Spike sourit. “C’est la beauté de tout ça, poussin. Aucun de vous ne l’a.”

 

A Suivre…

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