39, 23, 59 : Chapitre 2 – Jour 40

le jeu commence…

Elle avait l’impression d’être une prostituée.

De la dentelle noire la couvrait des chevilles aux orteils, avec des tranches de peau nue çà et là.

Elle fixa, abasourdie, dans le grand miroir, la robe qui ornait son corps. La dentelle était le plat de résistance avec du cuir noir allant du buste jusqu’à trois centimètres sous ses fesses, les brides venaient d’un soutien-gorge, et il y avait une fente qui montrait une partie de sa cuisse gauche. Ca s’accrochait à chacune de ses courbes d’une façon qui la faisait ressembler à un sablier avec des mains et des yeux.

Ensuite, il y avait le maquillage, que Spike avait fait personnellement.

Elle ne savait pas ce qui la surprenait le plus. Le fait qu’il savait appliquer du mascara sans qu’elle ne tressaille ou le fait que c’était un expert avec une brosse de fard à paupière. Un beige naturel couvrait l’entièreté de sa paupière tandis qu’un brun métallique suivait l’arc de son sourcil, et un gris fumé était sur la partie la plus basse de sa paupière.

Une couleur bronze légèrement dorée avait été saupoudrée sur ses pommettes, le bout de son menton et le milieu de son front, tandis que ses lèvres brillaient comme un fichu diamant. Ce qui l’effrayait le plus que la personne qui l’avait appliqué était la façon dont il l’avait appliqué. Il avait passé une demi-heure rien que sur l’eye-liner, le mettant jusque comme il fallait avait-il dit, et puis il avait passé une autre demi-heure sur le fard à paupière.

Ses cheveux avaient presque failli la tuer. Il avait voulu ajouter des mèches blondes ça et là. Pour ajouter de la chaleur, avait-il expliqué comme s’il était Nicky Clark, mais non. Du blond serait dans ses cheveux quand Satan achèterait des patins à glace.

Donc, un compromis avait été fait.

Ses magnifiques, magnifiques cheveux marrons, sa gloire suprême. Les mêmes cheveux pour lesquels elle avait été photographiée dans la rubrique mode du Sunnydale University étaient maintenant soulignés d’étranges mèches couleur miel. Il n’avait pas utilisé une marque de magasin. Il était réellement allé chez un grossiste de coiffure et beauté pour la vrai marchandise, incluant en plus du démêlant intense à appliquer dans quarante-huit heures.

Le fait qu’elle aimait bien les quelques mèches caramels lui fichait la trouille. La chair de poule n’en faisait pas partie.

Les morceaux de miel faisaient ressortir ses yeux, enfin c’est ce qu’il prétendait.

Elle avait l’impression d’être une prostituée.

« Alors, viens, chaton. Voyons voir ce que ça donne. »

Les yeux du reflet de Cordélia roulèrent et ses mains firent un geste d’étranglement. Si seulement elle était Buffy, elle pourrait vraiment lui faire du mal. En parlant du loup. Comment est-ce que la tueuse importante et toute intuitive n’avait pas remarqué que quelque chose n’allait pas chez elle aujourd’hui?

Pour l’amour de Dieu, elle avait secoué la tête quand elle avait dit que oui, elle allait bien, et elle avait harcelé Giles. Evidemment, ils avaient tous été trop affairés pour s’occuper de ses problèmes. Ils pensaient probablement que ses problèmes tournaient autour d’un ongle cassé ou d’une pointe fourchue.

Ongle cassé et pointes fourchues? Pitié. Qui pensaient-ils qu’elle était? Willow?

Elle entendit un soupir irrité. « Je n’ai pas toute la journée. »

Marrant. Il avait juste une éternité.

Hé bien, quand il fallait, il fallait.

Cordélia mit ses cheveux derrière son oreille, tira la langue à son reflet, et puis sortit de derrière le rideau. Du silence l’accueillit et elle se demanda ce qui n’allait pas. Elle vérifia tout. Des plis sur la robe, un petit doigt vérifia le mascara sous ses cils, et sa langue chercha quelque chose entre ses dents.

Il n’y avait pas de plis, pas de mascara, et pas de morceau de nourriture égaré. Alors, qu’est-ce qui n’allait pas?

« Viens ici, poussin. Fais un tour sur toi-même. » Il sourit à travers un nuage de fumée parfumée. « Pour porter chance, évidemment. »

Elle fit ce qu’on lui demandait et tourna.

Des mains applaudirent lentement, aussi lentement que ses yeux errèrent sur elle. Elle avait envie d’ôter sa robe et de l’étrangler avec. Quel pervers.

« Ça c’est de la tentation où je ne m’y connais pas. Mon vieux sire va avoir une nuit difficile. » Il inspira, il y eut une pause, et il expira. « C’est assez dur pour moi-même. »

Son choc et ses joues rosées furent ignorés alors qu’il acquiesçait son approbation. « Tu feras l’affaire, » commenta-t-il après un moment de silence sacré. « Tu ferais définitivement l’affaire. »

Spike devait avouer qu’il s’était surpassé sur celle-ci, et il remercia mentalement toutes les fois où il avait joué aux Barbies avec Dru. La pom-pom girl n’avait pas l’air qu’à moitié jolie, et tout ça grâce à lui.

Les longues jambes étaient nues juste au cas où son plan marchait et qu’il y avait des attouchements. Les bas collants avaient été considérés, mais puisque Angélus semblait passer par un fétiche peau-sur-peau, l’idée des bas avait été remise à un prochain rendez-vous. Ses longs cheveux avaient été arrangés pour que ses yeux de biche ne soient pas engloutis par le brun foncé.

En plus, le mélange fort d’ammoniaque et d’eau oxygénée aiderait à noyer son odeur.

Après un très long débat, la décision avait été prise de les laisser pendre de sorte que les ondulations naturelles puissent faire travailler leur magie naturelle. La robe n’avait pas coûté beaucoup. Pas un centime, en fait. Assez bon marché vu que la vendeuse avait été délicieusement utile. Enfin, délicieuse en tout cas.

Au total, la nana s’astiquait bien.

Purée, merci. Cordélia se tenait sous le poids de son admiration, sa patience diminuant à chaque seconde. Et quoi si l’espérance de vie de sa famille était en jeu. Il y avait une limite à ce qu’elle accepterait et attendre son verdict était tellement plus que ce qu’elle pouvait supporter.

« Salut, » elle agita une main devant son visage. « Tu te souviens de moi? Cordélia Chase? La fille que tu fais chanter? »

Elle eut son attention. Super. « Avant que tu ne dises quoi que ce soit, oui je sais, l’énorme nuage noir au-dessus de ma tête pourrait s’ouvrir, mais peut-on en finir, par pitié? » Elle voulait rentrer à la maison, se doucher, se doucher et se doucher encore, puis oublier que ceci était arrivé.

Malheureusement, une telle chance n’existait pas.

Des yeux bleus se levèrent de la direction générale de ses fesses et rencontrèrent des iris noisettes, et elle n’aima pas la lueur dans son regard. Ce n’était pas une lueur agréable et ça la mettait définitivement mal à l’aise. Elle remua sur ses pieds et sa peau picota alors qu’un frisson étrange lui parcourait l’épine dorsale.

Elle n’aimait vraiment pas cette lueur et ses yeux se posèrent inconsciemment sur la porte juste derrière lui.

« Tu serais morte avant d’avoir bougé d’un centimètre. »

Son cerveau fit au revoir à la route d’évasion.

« Content qu’on se comprenne là-dessus. Venons-en au fait, tu veux? » Spike jeta le mégot de cigarette, soufflant le reste de la fumée en un souffle inutile.

Cordélia avait hâte.

« Angélus sera vautré dans un coin, sans aucun doute avec les bras autour d’un ou deux morceaux mignons et me taquinant avec une victoire facile. » Il ne lui dit pas ce qu’Angélus ferait peut-être avec les dits morceaux mignons. « Il s’ennuiera à mourir. Il y a une limite de conversation avec une fille qu’un homme peut supporter avant qu’il ne pète un plomb. »

« Pourquoi tu n’as pas pris l’un de ces morceaux mignons au lieu de moi? »

Il la fixa comme si elle était idiote. « Tu as déjà entendu une paire de nichons parler? »

« J’en écoute un en ce moment. » Bien que la riposte fût marmonnée, il l’entendit parfaitement.

Spike sourit. « Tu viens de répondre à ta question. »

Elle lui envoya un regard aussi noir qu’elle osait. « Ecoute, je ne sais pas ce que tu veux de moi. Tu dis que c’est pour gagner un pari, mais je t’en prie. Toute cette peine pour que tu n’ais pas à l’entendre jubiler? » Elle secoua la tête. « Ca ne prend pas. Qu’est-ce que tu en retires? »

« Rien du tout. » Sauf l’amusement de voir le grand et puissant tomber. Quand elle ne le crut pas « Honnêtement. »

« Tu semblerais plus sincère sans le sourire narquois et le gloussement. »

« Croix de bois croix de fer, si je mens je vais en enfer. »

« Tu iras déjà en enfer. »

« Et tu es perspicace. Ecoute, » une autre cigarette fut sortie du paquet. Elle l’ennuyait? Bien. C’était réciproque. « Angélus n’est pas ma personne préférée et je mettrais ma main au feu que ce n’est pas la tienne non plus. Tu suis les règles et on aura tous les deux des tonnes de rires à ses frais. »

Et puis il y avait le bonus en plus de regarder son grand-père souffrir. Etre près d’une garce sexy comme ça et ne pouvoir rien faire devait être un enfer. Il n’y avait pas de meilleur endroit pour son vieux sire si vous vouliez son avis.

« Il s’attendra sans aucun doute à ce que tu fasses une scène. » Devant son regard, « Tu sais, la routine du chapeau blanc. »

Elle était toujours confuse. Routine du chapeau blanc? Spike soupira avec irritation, prit une pose féminine, et éleva la voix en une pauvre imitation féminine. « Tu blesses qui que ce soit ici et je dirais à Buffy de te battre à mort avec tes propres bras. » Sa voix revint à la normale. « Donc tu passes à côté de lui et tu l’ignores. »

Le visage de Cordélia resta sans expression alors qu’elle écoutait ses instructions. C’était tout? Passer à côté d’Angélus et l’ignorer? « Et tu crois que quoi? J’aurais l’air tellement canon qu’il va accourir pour me violer? »

Bien vu. Spike considéra les options pendant une seconde. « Envoi-lui l’un de tes sourires à pleines dents. »

Ok. Elle était censée passer à côté d’Angélus, l’ignorer pendant un petit moment, lui sourire, et puis l’ignorer encore un peu? « Tu es assez calé en flirt léger. Pourquoi est-ce que tu ne te mets pas sur ton trente et un pour le faire? Il a toujours donné l’impression d’être sexuellement ambigu. »

Elle ne s’était pas attendue au petit rire. « Oh poussin, si seulement tu savais. »

Elle grimaça. « C’était simplement bien trop d’informations. »

Un sourcil levé fut la réponse. « Ça n’a pas d’importance d’où ça vient, tant que tu en as. »

« Encore avec le trop d’informations. On peut ne pas parler de ça, s’il te plait? Ça me donne la chair de poule. » Il lui donnait la chair de poule. En fait, ces dernières heures lui donnaient la chair de poule. Elle frissonna.

« Voyons voir, alors. »

Ah. La confusion était de retour. « Voir quoi? »

« Un sourire. »

Cordélia courba un coin de ses lèvres. Essayer de sourire quand il n’y avait aucune raison de sourire était beaucoup plus difficile qu’elle ne pensait.

Les yeux bleus de Spike roulèrent. « Non. Un sourire. Comme ça. » Des crocs blanc nacré apparurent alors que ses lèvres se séparaient en sourire jusqu’aux oreilles.

Elle était sure qu’elle venait de signer pour une vie digne des cauchemars. A quel point un vampire pouvait-il être effrayant? Son sourire retomba dans son sourire narquois naturel et il attendit impatiemment pendant deux secondes. « Alors? »

Elle l’imita. Etirant ses lèvres autant que possible, et les laissa comme ça jusqu’à ce qu’on lui dise de faire autrement. Douleur au visage, prépare-toi à rencontrer Cordélia Chase.

Il secoua la tête. « Non. Un sourire plastique de marchera pas. Ça ne fera que le contrarier. Encore. Je veux un beau sourire. Un sourire qui me réchauffe le cœur. »

Un sourire qui lui réchauffe le cœur? Bien, très bien. Cordélia prit une profonde inspiration et pensa à des pensées heureuses. Elle pensa à Keanu qui la demandait en mariage, elle pensa à un mariage géant qui ferait la couverture de Vanity Fair, elle pensa à la nichée de bébés Keanu qui était sûre de suivre. Peut-être trois, non quatre.

Un garçon d’abord. Keiran Reeve? Hum. Ca sonnait définitivement bien. Ensuite des jumelles. Gabriella et Elizabeth, puis un autre garçon, Tristan. Ils vivraient à Hollywood Hills, avec des villas à Monte Carlo et Dubai, et peut-être un petit endroit de lune de miel à la montagne.

Toutes les horribles, horribles pensées d’Angélus et Spike et de leur stupide pari furent bannies.

« Ca c’est un sourire et demi. » Il se demanda à quoi elle pensait. Probablement à enfoncer un pieu dans son joli petit cœur. Ce serait amusant de la voir essayer. « Tu envoies ça sur mon vieux sire et il fondra dans ses bottes trompeusement grandes. »

Est-ce que ça ne venait pas juste de la ramener sur Terre avec un grand fracas? Cordélia résista à l’envie de lui grogner dessus. Au lieu de faire quelque chose qui pourrait résulter à sa mort prématurée, elle ravala la colère grandissante et força ce sourire et demi à rester en place.

« Maintenant, répète-moi exactement ce que tu vas faire. Finaliser les détails et tout ça. »

« J’entre, je repère Angel… »

« Je ne l’appellerais pas comme ça si j’étais toi, poussin. Pas si tu veux que ta gorge reste intacte. »

« J’entre, je repère Angélus, je passe à côté de lui en l’ignorant. J’attends quelques minutes avant de sourire, puis je recommence à l’ignorer. »

Spike sourit. « Excellent. »

Cordélia n’aimait pas ça du tout. « Ca ne semblera pas trop répété? Est-ce qu’il ne verra pas directement la supercherie? Je veux dire, s’il s’attend à une scène et qu’il obtient un sourire à la place, est-ce qu’il ne comprendra pas que c’est un piège? »

« Ne surestime pas son intelligence. Il a couché avec une tueuse après tout. »

Elle dû sourire à ça. « Si je meurs, je te tue. »

« Je tremble, poussin. On y va, d’accord? On ne voudrait pas le faire attendre. »

 

*~*~*~*~*

L’endroit n’était pas du tout comme elle s’y attendait. Au lieu d’une musique de rock gothique, il y avait un piano agréable qui fournissait la bonne quantité de musique de fond ambiante. Juste assez pour remplir les pauses dans la conversation, mais assez calme pour que les gens s’entendent. C’était étrangement relaxant.

Le décor était tout aussi charmant, avec des fauteuils confortables qui pouvaient engloutir une personne et des tables assez larges pour donner un espace décent aux coudes. C’était agréable et propre, pas de crachas égarés sur le bois et des mégots de cigarette sur le sol. Il semblait également y avoir un code vestimentaire ou quelque chose du genre car toutes les personnes à l’intérieur semblaient porter leurs meilleurs habits du dimanche.

Ou peut-être qu’ils étaient juste stricts sur les personnes qu’ils laissaient rentrer. Quoi qu’il en soit, décida Cordélia, c’était définitivement son genre d’endroit.

Elle se tenait tout juste à l’intérieur des doubles portes, fixant l’immense salle, prenant note de chaque petit détail. Des petites lumières attractives du mur qui donnaient des teintes douces jusqu’aux petits bouts qui donnaient l’atmosphère à l’endroit. Il y avait des peintures, des miroirs décoratifs, l’étalage bizarre de cabinets remplis de parures.

Oh ouais. Elle pouvait se voir s’adapter plutôt bien ici.

Elle n’était qu’à la moitié du chemin quand elle commença à remarquer d’autres choses. Ce n’était pas le fait que les gens la fixaient, c’était comment ils la fixaient. Ce n’était pas des regards fixes évidents, c’était plus des regards sournois en coin qui erraient sur sa silhouette. C’était le fait que chaque personne semblait avoir un verre à vin rempli de vin rouge. Il y avait d’autres choses aussi. Comme les gros rideaux qui pendaient au-dessus des grandes fenêtres, et le pelotage dans tous les coins.

Son estomac commença à se soulever et sa chair fourmillait avec une réalisation qu’elle ne voulait pas avoir.

Oh Seigneur.

Spike l’avait envoyée dans un club de vampires, et l’endroit en était rempli. Famille ou non, elle devait sortir de là, pronto.

Cordélia essaya de rester calme alors qu’elle tournait les talons, ayant complètement l’intention de faire une sortie folle avant que l’un d’entre eux ne décide qu’elle ferait une chouette entrée. Elle alla aussi loin que les videurs quand un nuage de fumée tournoya autour de son visage, la faisant tousser et crachoter alors qu’elle s’arrêtait.

Des yeux bleus l’épinglèrent sur place tandis qu’un sourire suffisant l’irritait sans fin. Salopard.

« Quelque chose ne va pas? » Comme s’il s’en souciait.

Est-ce que quelque chose n’allait pas? Est-ce que quoi ce que soit allait bien? « Non, » elle déglutit, n’aimant pas du tout comment il la regardait. « Pas de problème. »

Il acquiesça. « Pendant une minute, j’ai cru que tu prenais la poudre d’escampette. »

« Non, j’allais juste… » Faire exactement ça. « Prendre un peu l’air. Tu sais, me préparer pour des tonnes de rires au frais d’Angel. »

Le sourire qu’il lui fit donnait peu de réconfort. « Ca c’est une bonne fille. C’aurait été dommage si tu avais voulu t’enfuir. Tu as fait une sacré impression. » Spike fit un geste par-dessus son épaule, vers les doubles portes.

Elle regarda derrière elle pour voir le petit rassemblement de vampires, à la fois masculins et féminins, qui la regardaient avec plus qu’un simple intérêt. Comme c’était flatteur. « Super, » marmonna Cordélia alors qu’elle détournait les yeux. « Cordélia Chase, la saveur de la semaine des vampires. » A quel point était-elle chanceuse?

« Vas-y alors. Ton public attend. »

Bien sûr qu’il l’attendait, et sa propre tombe aussi. Elle prit une profonde respiration, lança à Spike un sourire similaire au sien, acquiesça une fois et retourna dans le club avec toute la dignité convenant à une Chase, prétendant tout le long de ne pas remarquer les regards affamés dirigés vers elle. Elle supposait qu’il était temps de trouver Angélus, l’ignorer, puis sourire, et ignorer.

Trouver, ignorer, sourire, et ignorer. Elle ne savait ce que Spike croyait exactement qu’il allait accomplir avec ces instructions particulières, mais peu importe. Ce n’était pas comme si elle pouvait faire une retraite rapide maintenant, surtout pas avec lui qui observait ses moindres mouvements.

Oh, bien. Quand il fallait, il fallait vraiment.

Les yeux noisettes se transformèrent en regard de faucon et elle balaya la partie de la salle qu’elle pouvait voir, mais il n’y avait pas d’Angélus. Il n’y avait que des personnes, ou des vampires plutôt, qui n’arrêtaient pas de se rapprocher d’elle. Cordélia essaya de garder sa panique au minimum et ses pas à une vitesse décontractée, sa tête tenue haut et elle fit un hochement de tête rapide aux personnes mortes occasionnelles.

Mon Dieu, ils devaient penser qu’elle avait des envies de mort.

C’était étrange parce qu’elle était ici, tout juste au milieu d’un groupe de démon qui la mangeraient au dîner, et elle se sentait bien. L’engourdissement en était probablement la cause, mais hey. L’engourdissement était mieux qu’hurler aidez-moi, aidez-moi, pour l’amour de Dieu, aidez-moi, ce pour quoi, soit on lui rirait au nez, soit on la mangerait.

Elle décida que c’était un choix dur et donc coupa la poire en deux. Peut-être qu’elle aurait de la chance et qu’ils riraient tellement que les crocs deviendraient inutiles. Ouais, et il y avait un cochon rose qui décollait de LAX toutes les vingt minutes.

Cordélia secoua la tête. Ce n’était pas le moment pour une dépression nerveuse. Elle devait faire du flirt léger. Oh, elle espérait vraiment que ses parents savaient ce qu’elle endurait pour qu’ils continuent de respirer.

Oh Seigneur. Il était là.

Sa cible pour la nuit, et il faisait exactement ce que Spike avait dit. Vautré sur une causeuse en coin, avec un bras drapé autour de l’épaule d’une superbe blonde à longues jambes, tandis que son autre bras était réchauffé par une magnifique rouquine à longues jambes.

Elle ricana avec un vrai dégoût. Elle pouvait voir la teinture d’ici. Oups. Une main se leva jusqu’à ses propres cheveux nouvellement teintés. Elle ne pouvait plus dire ça, même si tout ce qu’elle avait, c’était quatre ou cinq mèches bien placées. Au moins, ses cheveux n’étaient pas aussi secs que des poils de chiens et au moins ses jambes avaient une taille normale et ne ressemblait pas à une publicité aérographe pour des supports de tuyaux.

Cordélia détourna les yeux. Elle ne pouvait plus supporter de voir ça. Et quoi s’il était mort. Est-ce que ça signifiait des critères plus bas et moins de goût? Les mots de Spike sur les tueuses et Angélus lui vinrent à l’esprit, et elle sourit. Son regard fit encore une fois le tour de la salle pour se poser sur le bar. Puisqu’elle était là, elle pouvait tout aussi bien se prendre un verre.

L’enfer savait qu’elle en avait besoin. Elle espérait juste qu’elle pourrait être servie. Non pas qu’ils avaient la moindre raison de la rembarrer, pas quand la clientèle principale n’avait pas de pouls.

Elle lança un regard à Angélus par-dessus son épaule pour s’assurer qu’il était toujours là, heureusement, c’était le cas. C’était comme observer une araignée. Elle détestait leurs vues, mais devait toujours savoir où elles étaient. Si elle ne pouvait pas les voir, alors les petits insectes pouvaient être n’importe où. A l’intérieur des chaussures, des habits, rampant le long de votre pantalon, se déplaçant dans votre chaussette…

Beurk. Elle frissonna d’une façon qui fit chatouiller ses cheveux dans son cou, donc elle ôta les mèches, prenant une seconde pour admirer la petite teinte caramel. C’était vraiment joli. Huh. Si jamais Spike décidait d’abandonner ses mauvaises, mauvaises manières, il pourrait toujours prendre un fer à friser et il serait posé à vie.

Bien que l’idée de le voir travailler à mi-temps dans son salon préféré était assez pour lui donner des cauchemars, donc elle repoussa bien loin ces mauvaises pensées. Ouais. Un verre.

A quel point était-ce bizarre que les vampires s’écartent pour la laisser passer? Cordélia n’osa pas le questionner et continua d’un pas lent, se la jouant délibérément royale et confiante. Ce n’était pas un problème pour une actrice célèbre en préparation. Elle ignora le millier d’yeux sur elle alors qu’elle commandait son poison.

« Un verre du vin blanc de la maison, s’il vous plaît. » Ses premiers mots sortirent un peu plus tremblants qu’elle n’aurait préféré, mais à quoi pouvait-on s’attendre? Déterminée à se rattraper, « Et ne le coupez pas à l’eau. »

Le barman lui lança un regard qui la fit se sentir coupable d’avoir dit ça. Couper à l’eau dans cet endroit? Il y avait manifestement plus de chance de voir une invasion d’aliens. Il ne dit rien. « Excellent choix, madame, autre chose? »

« Non, merci. Je, euh, » elle ne pouvait vraiment pas faire ça. « Je m’excuse pour le commentaire sur l’eau, c’est juste que je ne suis encore jamais venue ici. »

« C’est assez compréhensible. Les humains ont tendance à ne pas fréquenter l’endroit sans avoir été invité ou l’avoir choisi. C’est un petit peu surprenant, mais pas moins bienvenu. »

Un vampire poli? Quelles étaient les chances? « Je ne suis pas là par choix non plus. » Devant son regard, « Mais merci de me faire sentir bienvenue. » Il la regardait d’une façon qui demandait silencieusement une explication.

Vite Cordy, pense à quelque chose. N’importe quoi.

Une voiture en panne était une piètre excuse et n’expliquerait pas sa robe. Elle prit le deuxième meilleur choix. « Mon rendez-vous m’a laissée au milieu de nulle part et la plupart des endroit réservent les facilités aux clients payants seulement. » C’était fichtrement bon, si vous vouliez son avis.

« Alors c’est le téléphone que vous voulez utiliser. Ça fera sept… »

« Je vais payer le verre de la dame. »

 

Cordélia haleta et gela sur place. Seigneur. Angélus était juste derrière elle. Elle pouvait le sentir la reluquer, remarquer sa tenue et pensant sans aucun doute qu’elle ressemblait à une prostituée. La partie cinglée de son cerveau se demanda combien il allait lui offrir pour une nuit de passion, tandis que la partie saine de son cerveau voulait demander une cuve d’eau bénite acide pour lui déverser sur la tête.

« Cordélia. » Son nom fut étiré, sa voix remplie d’amusement. « C’est une surprise. » Il lança un regard au barman une fois et elle regarda le dit barman s’éloigner, avec un peu de chance pour aller chercher sa boisson.

Il y eut une pause qui lui dit qu’il la reluquait à nouveau. « Une surprise agréable, je dois l’admettre. J’aime la tenue. » Elle le sentit se pencher plus près. « C’est très toi. Nouveau, pas vrai? »

Ca n’était pas dans la description de son travail. Spike n’avait jamais parlé de faire la conversation à Angélus. Elle ne répondit jamais. Principalement parce que ses cordes vocales semblaient être dans cette maison de Monte Carlo. Maudis soient-elles, et maudis soit son cerveau de déconner au moment où elle en avait le plus besoin.

Il rit doucement. « Tu sais, m’ignorer ne me fera pas partir. »

N’était-ce pas simplement un défi attendant de se produire?

Son destin fut scellé à la seconde où elle se tourna pour lui faire face. Cordélia haussa les épaules avec une nonchalance qu’elle ne sentait certainement pas. « Si tu ne peux pas dire quelque chose de gentil… Enfin, tu connais le reste. »

Les vampires assez près pour entendre stoppèrent immédiatement ce qu’ils faisaient et la fixèrent comme si une troisième tête lui était poussée. Bien entendu, ils recommencèrent à se mêler de leurs affaires après un regard noir d’Angélus, ce pourquoi elle était contente. Encore plus de regards fixes et la paranoïa s’installerait.

Il la contourna pour se détendre contre le bar, étendant ses bras sur la surface en cuivre et soupirant profondément. « De tous les bars du monde, c’est dans le mien que tu es entrée. Ça doit être mon jour de chance. »

Ouais, hé bien, ne vends pas la peau de l’ours. « Pourquoi ça? »

Elle reçut un sourire et un aperçu rapide de blanc nacré. « Ce n’est pas tous les jours qu’on peut parler à jolie dame. »

« Tu sembles bien t’en sortir. »

Angélus suivit son regard jusqu’où il avait été assis avec Darlène et Stacey. Stacey été très bien, mais Darlène avait laissé un goût amer dans sa bouche. Probablement des drogues, de la cocaïne ou de l’héroïne. N’ayant pas été à son goût, il avait donné la rouquine à Carmine, qui se fichait de se mouiller. « Tu m’observais? Je ne pensais pas que le voyeurisme était ton style. »

« Ca ne l’est pas. Je me demandais simplement qui plaindre. Toi, ou elles. »

« Alors, c’est quoi ton style? »

Cordélia reçut gracieusement son vin. « L’auto-préservation. »

Il sembla y lire une signification plus profonde et acquiesça. « J’aime ton style. » Ses yeux se plissèrent alors qu’il la regardait de plus près, plus intensément.

Maintenant la paranoïa s’installait vraiment. « Quoi? »

« Il y a quelque chose de différent chez toi. Je n’arrive pas encore à mettre le doigt dessus. » Angélus se concentra complètement sur la brunette, faisant courir attentivement son regard du sommet de sa tête jusqu’au bout de son menton, observant chaque petit détail. Elle sursauta quand il claqua ses doigts avec victoire. « Tes cheveux. »

« Qu’est-ce qu’ils ont? »

« C’est joli, mais je les préférais sans le miel. Tu changeras ça. »

« Excuse-moi? »

« Tu vas te débarrasser des mèches. »

Tout de même, il ne pouvait pas sérieusement lui dire comment arranger ses cheveux? Il le faisait. Il était mortellement sérieux. D’où est-ce qu’il venait à lui dire quoi faire avec ses cheveux, bon sang? C’était à elle. Elle pouvait les faire comme elle voulait. S’il voulait des cheveux marrons, alors il pouvait teindre les siens. Elle était presque prête à teindre le tout en miel, juste pour l’irriter.

« Non, je ne m’en débarrasserais pas. Je les aime bien. » Ca faisait mal de l’admettre.

Contrairement à son sourire, « Tu as mal compris, Cordélia. C’était une suggestion, rien de plus. »

Ca n’y ressemblait pas, mais elle n’allait pas discuter. Pas quand elle était clairement surpassée en nombre. Cette pensée la fit rire. Sans le club, elle serait toute même surpassée en nombre. Ca n’était pas du tout très réconfortant.

« Alors? » Angélus pencha la tête vers son verre.

Honnêtement? « C’est délicieux. Merci. » Il n’y avait pas de goût amer comme dans beaucoup de vins, et ça donnait à sa bouche des fourmillements agréables. Rafraîchissant était le mot.

« Il n’y a pas de quoi. » Il se détendit encore plus contre le bar, jetant des regards çà et là, comme s’il était un roi surveillant ses royaux sujets. « Tu veux me dire ce que tu fais ici? C’est un petit peu hors de tes limites. A moins que tu ne t’aventures souvent dans ces clubs. »

« Pas spécialement. » Cordélia prit une gorgée, et puis une autre. « Rendez-vous raté. »

« Il t’a laissée en plan? » présuma Angélus. « Qu’est-ce que tu as fait… Ou est-ce un cas de qu’est-ce que tu n’as pas fait? »

Il lui tendait les réponses sur un plateau. Il était chouette. « Quelque chose comme ça. »

Il eut l’air consterné par son camarade homme. « Je ne vois rien de plus choquant. Moi? Je ne laisserais jamais une femme en plan. »

« Non, tu te contentes de les manger. »

« De plus d’une façon. »

« C’était simplement cru. »

« Désolé. Je n’avais pas l’intention d’offenser ta délicate sensibilité. Comment est-ce que tu rentres chez toi? »

De toutes les questions auxquelles elle s’attendait, celle-ci n’en faisait pas partie. Cordélia cligna des yeux et le verre s’arrêta à un centimètre de ses lèvres. « Pardon? »

Angélus sourit sereinement. « Comment est-ce que tu rentres chez toi? C’est assez loin de ta partie de Sunnydale et la marche ne serait pas suggérée. Qui sait quel monstre inqualifiable rôde dans la ville à cette heure de la nuit. »

Pas tellement étant donné que la moitié de ces montres inqualifiables étaient actuellement hébergés ici. « En taxi. »

« Oh non, non, non. Je ne peux pas laisser ça se produire. Tu permets… » Un petit claquement des doigts fit venir le barman en quelques secondes. « Mon invité a besoin d’un chauffeur. »

« Faites-moi savoir quand vous serez prête, madame. » Il partit avec un hochement de tête rapide.

Cordélia ne semblait pas pouvoir s’arrêter de cligner des yeux. Qu’est-ce qu’il manigançait avec le jeu du gentleman? Ça lui donnait la chair de poule.

Angélus rit doucement devant son expression. « Qu’est-ce qu’il y a? »

« Tu m’as inquiétée pendant une minute. J’ai cru que tu allais m’offrir de me raccompagner chez moi. »

Il fit un sifflement de déception et secoua la tête, donnant l’impression d’être vraiment désolé de ne pouvoir prendre au mot cette douce petite offre. « Une autre fois peut-être. » Définitivement une autre fois. « En attendant, pourquoi ne te joindrais-tu pas à moi pour un autre verre? »

Elle s’étrangla presque. « J’allais rentrer après celui-ci. » Oui. Rentrer et vider sa carte de crédit pour un très long séjour à l’asile de Sunnydale.

Il fit un petit bruit désapprobateur. « Tu ne vas pas insulter ton hôte en ne te joignant pas à lui pour un verre et une conversation convenable? »

« Et de quoi exactement crois-tu qu’on pourrait discuter? De la politique et des affaires actuelles? » Elle ne discutait pas de ces choses par principe. En ce qui la concernait, la politique était l’une des raisons principales de la guerre.

Angélus sourit. « Que dirais-tu de l’intérêt humain? C’est ma spécialité. »

Cordélia pariait que ça l’était.

« Un verre. Pas de mal, pas d’embrouille. On pourra apprendre à mieux se connaître. Qu’est-ce que t’en dis? »

Elle ne voulait pas le connaître du tout, mais il n’y avait manifestement aucune façon de se sortir de là, donc elle soupira avec résignation alors qu’elle se livrait à Satan. « Un verre. »

Un et pas plus.

 

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