A Travers Toi

 

Je voudrais te planter ce couteau dans les entrailles comme tu l’as plongé au fond de moi
Je voudrais que tu sentes la lame qui te pénètre et te glace
Je voudrais que tu sentes le temps qui s’arrête et le cœur qui se fige
Je voudrais que tu vois dans mes yeux ce que j’ai vu dans tes yeux
La trahison. La douleur. Le soulagement. Le regret.
Je voudrais te voir tomber du haut de ce toit maudit
Je voudrais que tu vives ces mois de sommeil sans fond
Tout ce temps perdu pour rien, pour lui, pour moi
Parce que dans cet instant tu m’avais finalement rejointe
Dans l’abîme de ma rage sourde et sanglante
Dans le désespoir de ne vivre jamais pour personne
Dans la conscience amère de n’être rien
Parce que tu étais passée de mon côté
Que tu avais partagé ma violence et ma folie
Dans cet instant où le froid m’a envahie
Dans ce plaisir douloureux de te sentir me toucher
Nous avons partagé ce moment où l’on bascule aux confins des ténèbres
Le passage vers les noirceurs de l’esprit
Tu crois avoir perdu ton innocence, ta pureté à mes côtés
Je n’ai fait que te révéler ce que tu avais déjà en toi
Une Tueuse n’est jamais innocente
Elle traque, elle frappe, elle tue
Et elle recommence
Parce que c’est sa destinée tragique et irrémédiable
Parce qu’elle est l’Elue
Tu croyais pouvoir échapper à ce pouvoir trouble
Le plaisir que tu éprouves quand tu te bats
Quand ton pieu transforme le mal en poussière
Quand ton épée tranche les têtes monstrueuses
Quand tu as plongé cette lame en moi
Tu as aimé le faire et tu voudras le refaire, indéfiniment
Pas parce que c’est ton devoir ou qu’il te faut sauver le monde une fois de plus
Mais parce que tu aimes tuer
Qu’est-ce qui nous différencie des monstres que nous tuons?
Nous sommes des prédatrices, le sang nous excite
Tu pourras le nier mais tu le sais, tu l’as vu en moi, tu as essayé de le fuir
Mais l’instinct te rattrape, t’a déjà rattrapée
Tu te crois indispensable, invincible
Mais nous sommes remplaçables, indéfiniment
Quand l’une meurt, une autre se lève
Comme notre combat jamais terminé
Un vampire disparaît et dix autres apparaissent
Tu ne m’as jamais écoutée
Tu n’as jamais voulu voir ce que j’avais vraiment dans mon cœur
Tu l’as entraperçu et tu as eu peur
Comme un animal, la peur t’a rendue agressive
Tu as craint ce que tu as deviné en moi
Tu as eu peur des ressemblances, tu t’es accrochée aux différences
Tu n’as pu affronter la vérité
Parce que c’est toi que tu as vue en moi
Je suis ton double noir, ton négatif charnel, le réveil de ta chair
Alors tu as préféré me détruire
Tu as ignoré mes sentiments, camouflé le désir que je t’inspirais
Tu n’as pas voulu de moi parce que je représentais le danger
Le danger de la remise en question
Le danger de la passion violente
Le danger du vertige des sens
Tu t’es figée dans ton image, dans ton rôle
Je suis le mouvement, je suis l’imprévisible
Tu es immobile, et vulnérable
On a toujours dit que tu étais la plus forte, la meilleure
Mais tu sais que c’est faux
Tu sais que c’est moi
Tu l’a su ce jour-là sur le toit
Tu l’as su quand tu as vu mon sang sur tes mains
Ce sang que je t’aurai donné si tu me l’avais demandé
Tu crois être au-dessus des forces du mal
Tu croyais que tu ne pouvais te laisser corrompre
Mais tu vivais déjà dans l’ombre d’un vampire
Un vampire qui dévorait ton énergie vitale
En offrant ton sang, tu t’étais déjà perdue, pervertie
En prenant mon sang, tu t’es définitivement convertie
Et quand j’étais dans ton corps, j’ai su
J’ai su que je ne m’étais pas trompée
Je t’ai connue plus intimement que si je t’avais baisée
J’ai su ce que tu ressentais
J’ai su ce que signifiait être toi
Comme tu as su ce que c’était d’être moi
Et ce qui t’a fait le plus peur
Ce n’est pas d’avoir perdu ton corps
C’est de te rendre compte que ce que tu voyais en moi
C’était toi
Je suis ton miroir déformant, je suis l’image de tes pulsions animales
Je suis toi
Tu es ma sœur, mon amante et ma créatrice
Je suis ton double parfait, similaire et opposé
La nuit et le jour
Le mal et le bien
La violence et la douceur
La lumière et les ténèbres
Je savais que tu m’aimais
Je savais que tu me détestais
J’ai levé le voile de ton aveuglement
Mais tu n’as jamais pu affronter tes contradictions
Tu t’es figée dans ton rôle
Infiniment prévisible
Je suis le mouvement, je suis ta catharsis
Je voudrais que tu aies ouvert les yeux
Je voudrais que tu voies la cicatrice de mon moi écorché
Je voudrais que tu sentes la souffrance d’être seule
Je voudrais que tu comprennes ce que tu as perdu
Je voudrais que tu sentes la lame de l’amour trahi
S’enfoncer en toi plus profondément que celle que tu as plongée dans mon corps
Je voudrais que tu sentes l’extase de la douleur
Comme si c’étaient mes doigts qui te pénétraient
Comme je l’ai rêvé tant de fois
Et comme je sais que tu l’as désiré
S’achever dans une parfaite fusion
Je voudrais que tu pleures de frustration
Comme tu m’as laissée si souvent
Je voudrais que tu saches la douleur de n’être rien
Je voudrais que tu meures en pensant à moi
Je voudrais que tu souffres en pensant à toi
Je voudrais que tu regardes dans ce foutu miroir
Et que tu me vois enfin
A travers toi.

Leave a Reply

*

%d blogueurs aiment cette page :