Il Était Une Fois : Chapitre 2 – Conversation Amicale

Cordélia pria fiévreusement pour qu’elle ait été en train de rêver. Que la dernière minute et demie était un fragment de son imagination. Elle n’avait encore jamais eu d’hallucination, mais il fallait un début à tout, pas vrai?

Lentement, elle ouvrit les yeux.

Nope. Il était toujours là.

“Tu vas bien?” demanda Angel, semblant presque inquiet. La tête penchée sur le côté, il étudia son visage. “Tu sembles un peu… pâle.”

Dans des circonstances normales, Cordy aurait eu la réplique cinglante appropriée. Quelque chose comme, ‘Hé bien c’est Niles Miller qui dit que Tritori n’est plus de saison.’

Mais ses capacités bien aiguisées de commentaire cinglant étaient derrière elle pour le moment. A la place, elle était occupée à penser à toutes les terribles choses qu’Angel avait faites depuis que Buffy et lui avaient couché ensemble. Et il était ici. Maintenant. Avec elle.

Sans trop y réfléchir, Cordélia s’assit. Heureusement, la chaise était là, ou alors elle aurait eu un moment embarrassant. Comme c’était le cas, ses fesses heurtèrent le siège avec un bruit sourd inélégant, et l’impact fit s’entrechoquer ses dents.

Le froncement de sourcil perplexe d’Angel sembla presque sincère. “Je croyais que tu en avais assez pour ce soir.”

Ouais, c’est ça. Elle allait quitter le Bronze —où, grâce aux témoins, elle avait moins de chance d’être brutalement assassinée— et aller se promener dehors toute seule maintenant. Hey, pourquoi ne pas marquer très haut sur le mètre de la stupidité et demander au vampire meurtrier de la raccompagner à sa voiture.

Et, en chemin, elle passerait par les toilettes pour écrire MENU PRINCIPAL sur son front avec du gloss rose passion.

Bien sûr, ce n’était pas des pensées qu’elle voulait partager. Donc, à la place, elle dit, “En fait, j’allais prendre un cappuccino au bar. Mais j’ai changé d’avis.”

“Oh,” dit Angel, comme s’il la croyait vraiment. Il montra la chaise en face d’elle. “Je peux?”

Avant qu’elle ne puisse répondre, il tira la chaise et s’assit.

Terrifiée ou non, elle ne put s’empêcher d’être un peu contrariée par son impertinence. C’était le genre de tour de force que les gars à qui elle ne s’intéressait pas lui sortaient tout le temps. Ses lèvres se pinçant, elle marmonna, “Mais je t’en prie,” dans sa barbe.

Mais, Angel —avec son ouïe de vampire anormalement fine dont elle avait totalement oublié l’existence— l’entendit. Croisant les bras sur la table, il lui fit un sourire entendu. “Alors, comment se passe ta soirée jusqu’à présent? Tu passes un bon moment?”

Pour une raison ou pour une autre, son ton amical et poli fit bondir son cœur dans sa poitrine. Elle pouvait vraiment sentir la palpitation dans son cou.

Et Angel pouvait le voir, si son regard se baissant sur sa gorge indiquait quoi que ce soit. Ce qui fit palpiter la veine encore plus fort.

Il sembla extrêmement satisfait par sa réaction. Son sourire sympathique devint suffisant. Ses yeux onyx semblèrent briller.

C’était la peur. Que Giles le croit ou non, elle faisait attention à ses lectures ennuyantes. Donc elle savait que les vampires aimaient la peur. Ils pouvaient la ressentir. La sentir. La goûter dans le sang de leur victime.

Et n’y a pas assez de ‘ewww’ dans le monde!

De ce qu’elle avait entendu, Angel appréciait la peur encore plus qu’un vampire moyen. Et, sans lever le petit doigt, il avait obtenu une jolie sélection de panique de sa part en moins de cinq minutes.

Cordy prit une profonde respiration et essaya d’avoir l’air calme. “Tu sais, tu devrais probablement t’éclipser avant que Buffy n’arrive. Je sais qu’elle se défilait pour ne pas te tuer avant. Mais après toutes les conneries que tu as faites, je pense qu’elle est enfin assez en rogne pour…”

“Tu sais qu’elle ne viendra pas,” interrompit Angel. “Et moi aussi.”

Cordélia lui lança un regard surpris.

“Je t’ai entendue te parler à toi-même,” expliqua le vampire. “Alex t’a posée un lapin, et tu penses qu’il est avec Buffy et le gang en train de tuer quelque chose sans toi.”

Alors qu’elle réalisait depuis combien de temps Angel avait dû être là, à regarder et écouter sans même qu’elle ne le sache, le sang quitta son visage. Si elle n’avait pas eu la chair de poule auparavant, c’était maintenant le cas.

C’est ça, Cor. Discute aimablement avec personne pendant une demi-heure, comme une évadée de La fosse aux serpents, et laisse savoir au suceur de sang sadique que tu es vraiment tout seule, avec peu de chance que quelqu’un arrive à ta rescousse.

Angel secoua la tête de façon sympathique. “Oh, je sais ce que tu ressens. J’attends moi-même Buffy depuis une heure. Quand elle ne s’est pas montrée… Hé bien, tu peux imaginer ma déception. J’avais prévu toute notre soirée.”

“Quoi? Un dîner et une mutilation?”

Les yeux de Cordélia s’écarquillèrent. Les mots étaient sortis, de leur propre chef, de sa bouche. Bien sûr, c’était comme ça qu’elle faisait toujours les choses. Mais contrarier Angel n’était pas sa première priorité pour le moment. Vivre pour revoir la lumière du jour l’était.

Heureusement, Angel ne semblait pas irrité. En fait, il gloussa un petit peu. “Quelque chose comme ça.” Le vampire se recula sur sa chaise. “Mais, maintenant, je dois trouver d’autres façons d’occuper mon temps.”

Cordélia avala sa salive. Enfin, l’engloutit, en fait. Elle espérait que le meurtre brutal n’était pas sur sa liste A FAIRE.

Angel sembla lire ses pensées. “Oh, je ne vais pas te tuer,” dit-il aimablement. “Pas ce soir en tout cas. Après tout, ça n’aurait pas beaucoup d’intérêt.”

“Oh?” dit Cordy, semblant bien trop réjouie. Réalisant que ses mains étaient engagées dans un concours de catch nerveux sur la table, elle les mit sur ses genoux. “Hé bien, c’est… bien?”

“Pour toi?” Il acquiesça. “Ouais. Je veux dire, si tu étais quelqu’un que Buffy ne connaissait pas, je pourrais te vider de ton sang et te laisser dans la ruelle. Un gars doit manger, pas vrai?”

Puisqu’il fit une pause, comme s’il attendait une réponse, Cordy hocha la tête de façon engourdie.

“Mais,” continua-t-il, “pour quelqu’un comme toi, qui sait ce qu’elle est et qui aide lors de ses petites missions de Scooby, je pense que te tuer devant Buffy aurait plus d’impact. Tu sais, te briser le cou devant elle, et qu’elle ne puisse rien y faire. Ca doit valoir quelques points de culpabilité. Qu’est-ce que t’en penses ?”

Je pense que je vais être malade, pensa Cordy, ravalant sa nausée. Le ton qu’il avait, il aurait tout aussi bien pu être en train de parler du temps. De sport. De ce documentaire sur Discovery Channel.

Pas de comment ou quand ça serait mieux de la tuer.

Cordélia se sentit devenir pâle, ce qui n’était pas un bon look pour elle. Elle pensa à sortir son poudrier, juste pour voir ce que le traumatisme faisait à son look. Mais elle décida de ne pas le faire.

Angel fronça pensivement les sourcils. “Evidemment, te tuer n’aurait pas autant d’effet que de tuer Giles, ou Willow, ou Alex. Ouais, leur petit ‘gang’”—il fit des guillemets—“serait bouleversé pendant quelques jours. Mais j’imagine qu’ils s’en remettraient assez vite.”

Cordy fronça les sourcils. De quoi parlait-il, bon sang?

“Je veux dire, il faut voir la réalité en face,” continua Angel. “Tu es une intruse autant que je l’étais.”

Le dos de Cordy se raidit. Sa tête se releva, son menton prenant un angle fier. “Je ne suis jamais une intruse.”

“Oh, bien sûr que tu l’es,” dit le vampire, balayant son déni de la main. “Je parie que même Oz, qui est nouveau, s’adapte mieux que toi ou moi ne l’avons jamais fait. Vraiment, pourquoi ont-ils besoin de toi… à part le transport pratique? Ton habileté supérieure au combat? La recherche ? La magie informatique ? Tes cris perceurs de tympans?” Ses yeux errèrent sur sa poitrine de manière suggestive. “Supers poumons, d’ailleurs.”

Silencieusement, Cordy bouillonnait. Les dents serrées, elle lança un regard noir à l’objet de son irritation. Elle se rappela que c’était le truc d’Angel. Les jeux d’esprit. Il aimait jouer avec la tête des gens. Trouver leur faiblesse…

Attendez une minute! Ce n’est pas une faiblesse. Je me fiche royalement de comment Buffy et le rester de la Patrouille des Ringards me voient. Je me soucie à peine de ce que pense Alex. Alors les conneries d’Angel ne veulent rien dire. Parce que ce n’est pas vrai. Et même si ça l’était, je m’en fiche!

La tête d’Angel se pencha de manière curieuse. “Ils n’ont même pas pris la peine de te dire ce qu’il se passait ce soir. N’est-ce pas?”

“Tu aimes juste t’écouter parler, pas vrai?” cassa Cordy. Une partie d’elle agita des bras paniqués dans le signal classique pour ‘ferme-la’, parce que faire la maligne avec un tueur en série n’était jamais un choix intelligent. Mais une autre partie ne pouvait simplement pas rester assise là et le laisser essayer de la démonter avec quelques mots bien choisis. Elle avait été dans bien trop de coups bas verbaux pour ne rien dire. “Tu continues, encore et encore et…”

“Et ne pas t’avoir dans les parages soulage probablement l’esprit d’Alex,” continua Angel, comme si elle n’avait jamais parlé. “Il n’a pas à se décider entre te protéger, et se battre côte à côte avec sa Tueuse bien-aimée.” Souriant, Angel se pencha sur la table. “Quel dilemme, hein? Un jeune homme amoureux de deux femmes. Déchiré entre celle qu’il ne pourra jamais avoir, et celle qui est bien trop disposée à écarter…”

“La ferme!” siffla Cordélia. Respirant un peu plus âprement que la normale, elle se leva. “Ferme ta grande, morte et agaçante…”

“Donc, tu pars maintenant?” demanda aimablement Angel. Lentement, il se leva. “Laisse-moi t’accompagner dehors. Tu sais, cette ville n’est vraiment pas sure une fois qu’il fait noir. Ca me ferait plaisir de… te protéger.”

L’estomac de Cordy se noua. Prenant une profonde respiration calmante, elle essaya de reprendre le contrôle de ses émotions. Alors, c’était pour ça que les autres semblaient si secoués après avoir été confrontés à lui. Ce n’était pas juste la menace physique qu’il représentait. C’était la façon dont il utilisait les mots, comme des armes aussi aiguisées que des pieux, ou des couteaux, ou des épées.

Les mains de Cordélia se serrèrent en poing. Elle n’avait jamais eu à gérer un affrontement en face à face avec Méchant Angel. Il avait toujours focalisé son attention autre part.

Hé bien, elle n’aimait pas cette première expérience. Nope. Elle n’aimait pas sa conversation tardive avec le sadique psychologique.

Cordy sursauta quand un long bras se tendit par-dessus la petite table. Elle eut la chair de poule quand une main froide se posa sur son épaule nue.

“Assied-toi,” dit Angel. Et bien que l’amusement était toujours là sur son visage, quelque chose de plus sombre passa derrière ses yeux noirs.

Déglutissant fort, Cordélia se laissa être repoussée sur sa chaise. Malgré la chaleur de la salle, elle frissonna. La terreur froide faisait ça à une personne.

De manière désinvolte, Angel reprit la chaise en face d’elle. “Comme je le disais,” continua-t-il facilement. “Tu es en sécurité avec moi.”

Ouais, pensa Cordy, cédant à l’envie de rouler les yeux. Et il y a un cochon qui décolle de LAX toutes les heures.

“Ne me comprends pas mal.” Soudainement, il posa une main sur les siennes, la faisant glapir juste un petit peu. “Tu as définitivement l’air… appétissante. Nouvelle robe?”

Grimaçant, Cordy essaya de retirer sa main de sous la sienne. Mais il la tint en place avec peu d’effort.

“Quoi qu’il en soit, quelqu’un m’a fait une offre que je ne pouvais pas refuser.” Et le vampire regarda par-dessus l’épaule de Cordy.

Fronçant les sourcils, Cordy regarda derrière elle.

Il y avait une fille venant du couloir qui menait aux toilettes. Une jolie fille joyeuse avec des cheveux blonds.

Cordy grogna. Hé bien, n’a-t-elle pas l’air familière.

Les yeux de la fille parcoururent le Bronze, et se posèrent finalement sur leur table. Il semblait qu’elle cherchait Angel parce que, quand elle le vit, ses yeux s’illuminèrent.

Puis, elle vit Cordélia. Et leurs mains jointes posées sur la table. Et son sourire hésita avec incertitude.

“C’est Tracy,” expliqua Angel. “Elle est étudiante de deuxième année à l’UC Sunnydale. Jolie, n’est-ce pas?”

Cordy observa la fille faire une transformation bien-trop-familière. L’incertitude se transforma en détermination suffisante. Elle n’allait pas laisser le fait qu’Angel soit avec quelqu’un d’autre l’arrêter.

Cordy connaissait bien cette transformation. Elle l’avait vécue elle-même un million de fois. Diable, elle se souvenait l’avoir fait à l’époque, quand elle était encore assez stupide pour avoir le béguin pour Angel, et qu’il n’avait d’yeux que pour Mlle-J’-Aime-Tuer. Tracy avait définitivement l’air ‘elle l’a peut-être maintenant, mais elle ne l’aura plus quand j’aurais fini’ sur le visage.

Cordy fut de retour dans le présent quand le pouce d’Angel commença doucement à lui caresser le dos de la main. Tressaillant, elle essaya à nouveau de reprendre sa main. Et, à nouveau, elle échoua.

“J’aime chasser mes proies,” médita Angel. “Mais quand les repas se jettent eux-mêmes sur la planche à hacher…”

Horrifiée, Cordélia le fixa. Non. Il ne pouvait pas vouloir dire…

Lui tapotant la main, il se leva. “Je dois y aller. Je déteste faire attendre une femme.”

“Non!” lâcha Cordy. “Tu ne peux pas!” Elle s’étrangla presque sur les mots. C’était une chose de savoir qu’Angel était un tueur. Mais de le voir, en direct et en personne, savoir ce qui allait se passer, c’était une toute autre histoire. “Ne le fais pas…”

Angel la regarda. Ses yeux brillant comme de la glace noire. “C’est soit elle,” dit-il d’une voix traînante, “soit toi.”

Cordélia ferma la bouche. Qu’est-ce qu’elle était censée dire?

Alors prends-moi! Assassine-moi vicieusement au lieu de la fille que je n’ai jamais rencontrée et que je suis presque sûre que je n’aimerais pas de toute façon!

Ouais, c’est ça!

Rajustant sa veste, Angel sourit. “C’était chouette.” Alors qu’il passait à côté d’elle, sa main se posa brièvement sur son bras. “On devra le refaire une fois.”

 

 

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