Il Etait Une Fois : Chapitre 3 – Conscience Coupable

Pendant un long moment, Cordy ne put plus bouger. Ne put absolument plus bouger. Même son cœur s’était arrêté.

Puis, le soulagement inonda son corps.

Cordy prit une profonde respiration et laissa tomber sa tête sur la table. Elle était en vie! Pas de morceau manquant, de blessure ouverte, ni de traumatisme à la tête. Quelques égratignures émotionnelles, peut-être.

Mais qu’est-ce que Willow avait dit l’autre fois?

“Mis à part tout le côté maléfique, Angel ferait un remarquable psychologue. Il a un vrai talent pour trouver les points faibles d’une personne.”

Hé bien, Angel avait visé un peu plus juste que Cordy n’aimait l’admettre.

D’accord, alors peut-être qu’elle n’était pas heureuse d’être un membre en marge du Scooby Gang. La seule qu’ils n’appelaient que quand quelqu’un avait besoin d’elle pour les conduire quelque part qui n’était pas bon pour sa santé.

Et peut-être qu’elle n’était pas aveugle au petit béguin d’Alex pour Buffy. Mais, puisque Cordy s’attendait à tourner la page sur lui à n’importe quel moment maintenant, elle essayait de ne pas laisser ça l’atteindre.

Soudainement, Cordélia entendit un rire agaçant —bien trop fort et gazouillant— venant de derrière elle. Elle était presque sure que le rire venait de Tracy, le dernier projet d’Angel.

Cordy se redressa sur sa chaise. Elle se retourna presque, mais ne le fit pas. C’aurait été comme regarder un détenu faire sa dernière promenade dans le couloir de la mort… tout en faisant les yeux doux au bourreau.

“Et voilà la culpabilité,” marmonna-t-elle. Fronçant les sourcils, elle commença à gratter le vernis sur un ongle parfaitement manucuré.

Bien, ce n’était pas comme si elle pouvait faire quoi que ce soit, pas vrai? Elle était meilleure que Buffy pour beaucoup de choses, mais se battre n’en faisait pas partie. Et appeler la police n’aiderait pas parce que, à Sunnydale, ça n’aidait jamais.

Angel emmenait probablement Tracy par l’arrière maintenant, dans la fameuse ruelle. Ca lui donnerait l’intimité dont il avait besoin pour… faire ce qu’il était sur le point de faire. Et, grâce à la musique dansante qui emplissait le club, personne dans le bâtiment n’entendrait les cris.

“Je ne vais pas risquer ma vie pour sauver une inconnue,” insista Cordy. “Surtout une fille qui pensait qu’Angel et moi étions ensemble et n’a eu aucun problème pour se décider à me le voler. Et c’est tout.” Elle hocha la tête de manière décisive.

Mais la logique n’aidait pas. Même pas un peu. Parce que, logiquement, elle savait qu’il n’y avait aucune chance qu’elle soit responsable du destin imminent de Tracy.

Mais elle avait l’impression de l’être.

Cordy resta immobile pendant un autre moment. Les dents serrées, elle lançait un regard noir à la table, secouant lentement la tête d’un côté à l’autre.

”Bon sang!” Abattant sa main sur la table, elle se leva sur ses pieds. Elle poussa la chaise de son chemin et balança la sangle de son sac sur son épaule. “Je traîne avec la patrouille des monstres depuis bien trop longtemps.”

Cordy traversa la foule, ignorant les halètements des personnes qu’il se trouvait qu’elle bousculait. Quelques-unes commencèrent à se plaindre. Mais un regard noir bien placé fut assez pour leur faire fermer la bouche.

Traînant les pieds comme un enfant irrité qu’on avait envoyé dans sa chambre, Cordélia arriva dans le couloir lugubre et peu éclairé. Elle passa à côté des toilettes, à côtés des téléphones payants. Elle marcha jusqu’à l’entrée arrière, et mit une main sur la barre qui ouvrirait la porte.

Et elle gela sur place.

C’était comme si son corps venait tout juste de réaliser —vraiment réaliser— ce qu’elle était sur le point de faire, et un frisson descendit du sommet de sa tête jusqu’à ses orteils. Puis, grâce à l’adrénaline ou peu importe, elle devint juste engourdie.

“Je peux travailler avec engourdie,” marmonna-t-elle. “Engourdie, c’est bien.”

Avec aise, Cordy poussa cet engourdissement en elle-même. C’était une adresse exercée. Une personne ne régnait pas sur les eaux infestées de requins de Sunnydale High —où vos ‘amies’ les plus proches vous attaquaient au premier signe de faiblesse si ça voulait dire qu’elles pouvaient prendre votre place— sans apprendre comment masquer ses émotions.

Cordy mit la main dans son sac et en sortit les articles sans lesquels, au même titre que ses cartes de crédit, elle ne quittait jamais la maison. Puis elle utilisa sa hanche pour ouvrir la porte.

Et entendit rapidement un cri.

“Je ne suis pas folle,” murmura Cordy. “Je ne suis pas folle. Je ne suis pas… Qui suis-je en train de berner? Je suis complètement tarée.”

Secouant la tête, Cordy sortit dans la ruelle. Suivit les cris dans l’impasse.

Angel était là, avec son visage féroce de vampire.

Tracy, qui avait été si heureuse de le voir plus tôt, avait l’air pétrifiée. Elle se tenait, aussi immobile qu’une statue, dans la poigne d’Angel. Et les cris s’étaient arrêtés, probablement coincés dans sa gorge.

La tenant par les épaules, Angel la secoua un petit peu. “Tu sais, Tracy, tu rends ça bien trop facile. J’aime que ma nourriture se débatte un peu. Une petite lutte. N’importe quoi.”

Il attendit une seconde, comme s’il lui donnait une chance de lutter. Quand elle ne le fit pas, il haussa simplement les épaules. “Oh, tant pis…” Il attrapa une poignée de cheveux et tira violement sa tête en arrière, arrachant un halètement étranglé à sa victime. Les crocs découverts, il baissa sa bouche jusqu’à sa gorge.

Les mains sur ses hanches, Cordy se racla bruyamment la gorge.

La tête d’Angel se releva brusquement. Il la fixa avec des yeux jaunes surpris.

“J’interromps quelque chose?” demanda Cordélia.

Fronça les sourcils, Angel se redressa. “En fait, oui?”

“Dommage.” Elle souleva l’épaisse croix en bois qu’elle gardait toujours dans son sac. “Tu sais, pour un type élevé à une époque plus raffinée, tu ne sais vraiment pas comment traiter une femme. Je veux dire, d’abord, tu m’abandonnes au milieu de notre conversation. Maintenant ça?” Elle secoua tristement la tête.

Angel l’étudia pendant un long moment perplexe. Puis, un sourire suffisant courba ses lèvres. “Jalouse?”

“Pfff!” Elle lui lança le regard méprisant qu’elle réservait habituellement à Alex. “Comme si!”

Ayant l’air curieux, Angel recula derrière Tracy, une main fermement enroulée autour de sa gorge. L’étudiante de deuxième année, manifestement en état de choc, fixait Cordélia avec un regard vide.

“Alors,” dit le vampire, son sourire s’élargissant. “Qu’est-ce que c’est?”

“Moi qui t’arrête, je suppose.” Soupirant, Cordy haussa les épaules. “Je veux dire, je ne suis peut-être pas Mlle l’Elue, experte des bâtons pointus et des coups de pieds extraordinaires. Mais j’ai…”

“Quoi?” Il lança un regard désinvolte à la croix. “Ca?”

“Hé bien, ouais. Et ça.” Elle souleva une bouteille de parfum coûteux. “Ca s’appelle Eau D’Eau Bénite. T’en as déjà entendu parler?”

Angel jeta un regard méfiant à la bouteille, mais n’avait tout de même pas l’air aussi inquiet qu’elle aurait pu l’espérer.

“Tu penses que ça m’empêcherait de te tuer?” demanda-t-il. Faisant une pause, il passa sa langue sur ses crocs, le geste se finissant en un sourire. “T’arracher la gorge me ferait tout oublier de l’ampoule.”

Tracy gémit.

Le cœur de Cordy fit un bond dans sa poitrine, mais elle lui dit rapidement de s’immobiliser et de rester calme. Angel avait eu toute la peur qu’il allait obtenir d’elle ce soir.

“Tu pourrais me tuer. C’est ça ton… truc.” Elle fit sembler le mot aussi insultant que possible. “Mais j’ai beaucoup plus de valeur pour toi en vie.”

Ca sembla vraiment chatouiller Angel, parce qu’il gloussa. “Et comment ça?”

“Parce que j’ai une histoire à raconter. Sur la façon dont tu as attiré une jeune chose innocente —une alarme mortelle pour la Tueuse, soit dit en passant— hors du Bronze. Evidemment, j’étais terrifiée. Qu’est-ce que j’aurais pu faire contre le Grand Méchant que tu es? Mais j’ai suivi, à une distance sure. Quand j’ai atteint la sortie, j’ai entendu ces cris terribles —des hurlements, vraiment. Comme un chat écorché vif. Une fois que j’étais sûre que tu étais parti, je suis sortie pour voir les dégâts. Et il y avait du sang, et des organes, et des morceaux de corps” —elle agita la bouteille de parfum et la croix autour de la ruelle éclairée par la lune— “partout.”

Tracy gémit à nouveau, ce qui commençait vraiment à agacer Cordélia.

Angel sourit. “J’aime cette histoire.”

“Oh, ça sera bien mieux quand je le raconterais à Buffy demain. C’est juste une ébauche approximative. Tu sais, une première esquisse.” La croix toujours levée devant elle, elle s’approcha de lui. “On sait tous que Buffy s’en veut pour toutes les personnes que tu tues. Je veux dire, c’est déjà pas mal d’entendre les rapports de police et autres. Ca et tes petits cadeaux, comme cette fille, Teresa. Mais un compte rendu d’un témoin oculaire, donné comme seule une personne qui était là pour vivre l’horreur aux premières loges peut le faire? Ca va vraiment la détruire.” Elle s’arrêta à quelques pas. “C’est ça que tu veux, pas vrai? Rendre Buffy malheureuse.”

“A peu près,” approuva Angel. Puis, les yeux plissés, il étudia Cordy, ses yeux voyageant lentement de sa tête vers le bas. “Tu n’as plus peur.”

Cordy haussa les épaules. “Je m’en suis remise. Je veux dire, tu peux peut-être jouer avec les émotions de la Tueuse comme avec des jouets. Mais je suis pas Buffy-la-Pleunicheuse.”

Le vampire y réfléchit en silence avant d’acquiescer. “Donc, en échange de raconter cette histoire à Buffy, tu veux que je…”

“Laisse partir Tracy. Si me tuer est inutile, la tuer elle” —un autre gémissement de Tracy— ”serait super inutile. Je veux dire, pourquoi s’en donner la peine?”

“Parce que j’ai faim?”

Le regard noir de réprimande qu’elle lui lança le fit sourire. “Laisse partir Tracy et, quand j’en aurais fini avec Buffy, elle aura besoin de Prozac pour fendre un sourire.”

Le silence remplit la ruelle alors qu’Angel y réfléchissait. Finalement, il secoua la tête. “C’est la pire négociation que quelqu’un ait jamais faite avec moi. Mais je suppose qu’on mérite des points pour chaque.” Il lança un regard déçu à Tracy. “Et puis, elle ne s’avérait pas du tout être satisfaisante de toute façon.”

Libérant Tracy, Angel mit sa main sur son dos et la poussa un petit peu. La fille trébucha en avant, sur Cordélia, qui dut lui attraper les bras pour les empêcher de tomber toutes les deux.

“Qu-quoi…?” bégaya la fille, s’accrochant au bras de Cordy à deux mains. “Qu-qui…?”

“Lâche-moi!” dit Cordy, grimaçant quand les ongles désespérés de Tracy s’enfoncèrent dans sa peau. Elle ôta son bras de la prise de la fille. “Purée! Un peu cramponnante?!”

Roulant les yeux, elle se tourna pour faire face au vampire.

Seulement pour trouver qu’il n’était plus là. Du moins, pas là où elle pouvait le voir.

Cordy déglutit. “Uh oh.”

 

 

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