Il Etait Une Fois : Chapitre 4 – La Soirée Est Finie

Croix levée devant elle comme un bouclier, Cordélia étudia la ruelle avec des yeux plissés. Maintenant, c’était simplement flippant. C’était déjà pas mal d’affronter une créature de la nuit maléfique et sans cœur toute seule. Mais savoir qu’il était probablement encore là, que vous ne pouviez juste pas le voir, était dix fois pire.

“Viens,” dit Cordy, ses yeux regardant dans tous les sens. Glissant son parfum dans son sac, elle attrapa le bras de Tracy. “Et la prochaine fois que tu décides de draguer un inconnu grand et canon… évite!”

Cordélia tira l’étudiante choquée vers la sortie du Bronze. Sentant les premières agitations du soulagement, elle poussa la porte. Une fois qu’elles seraient à l’intérieur, tout serait…

“Oh, évidemment,” grommela Cordy, parce que la porte ne bougea pas. Elle semblait s’être verrouillée derrière elle. “Donc, c’est de la manière dure.”

Le voyage le long de la longue ruelle sombre mettait les nerfs à vif. Et ce fut encore pire quand Tracy commença à trembler et à pleurer à mi-chemin.

L’ignorant, Cordy laissa ses yeux rôder sur la ruelle. Elle ne se fiait pas à la décision d’Angel de les laisser partir. Ca avait été trop vite. Trop facile. Ce qui était pourquoi elle était presque sure qu’il était encore là quelque part. A observer.

Cette pensée envoya un frisson permanent le long de son dos. Ce serait si facile de paniquer là tout de suite. Mais, si Angel était en train d’observer, c’était probablement ce qu’il attendait. Qu’elle montre ne serait-ce qu’une once de faiblesse ou de peur.

Pitié, pensa Cordy. Je sors ouvertement avec Alex Harris. Si je peux entrer dans le Bronze avec lui à mon bras et ma tête haute, je peux faire ça.

Quand elles atteignirent le devant du Bronze, elle sentit une minuscule quantité de soulagement. Il y a avait plein de personnes qui entraient et sortaient, grouillant près de l’entrée. Mais elle ne croyait pas vraiment à cette illusion de sécurité. Non, elle ne pensait toujours pas qu’Angel la tuerait dans un endroit bondé. Mais être dans une maison dans laquelle le vampire n’avait pas été invité la ferait se sentir bien mieux.

Donc, au lieu de se diriger vers l’entrée, elle emmena Tracy vers sa voiture.

“Attends!” s’exclama la fille, sortant assez de son choc pour réaliser qu’elles n’allaient pas là où étaient les gens. “On doit aller c-chercher de l’a-aide.”

“Pfff” Cordy roula les yeux. “Tu ne trouveras pas d’aide là-bas. Et puis, on veut toutes les deux nous éloigner le plus possible d’ici. Crois-moi.”

Une fois qu’elle eut fourré Tracy sur le siège passager de sa voiture rouge et rapide, Cordy partit du Bronze.

“Ok,” soupira-t-elle, regardant l’autre fille. “Tu habites où?”

Sa seule réponse fut plus de pleurs.

Secouant la tête, Cordy roula les yeux. Elle savait que réaliser que les vampires étaient vrais pouvaient être bouleversant et tout ça. Et elle ne pouvait pas s’attendre à ce que tout le monde digère la vérité avec la même grâce et le même aplomb qu’elle. Mais Tracy commençait à lui taper sur les nerfs.

“Reprends-toi!” cassa enfin Cordy. “Et donne-moi ton adresse!”

Après un peu plus de cajoleries —enfin, d’harcèlement, si vous vouliez devenir technique— Tracy lâcha le nom d’une rue.

Le temps que Cordélia la dépose devant son seuil, elle en avait marre de tout ce truc de ‘sauvetage’. Et elle n’était sûrement pas d’humeur à faire l’un de ces discours graves et d’avertissement dans lesquels Giles était spécialisé.

Il y a des forces obscures tout autour de nous. Des dangers desquels tu dois te protéger…

Cordy ricana. Ce n’était pas son style. Mais, puisqu’elle s’était donnée tant de mal pour sauver la fille, elle devait dire quelque chose.

“Bon, tu sais que c’était un vampire, pas vrai?”

Tracy commença à trembler encore plus fort, si c’était possible. “N-non. Les v-vampires ne sont pas réels. Ils ne sont pas réels!” Et, demain matin, elle croirait peut-être que c’était vrai.

“Peu importe,” soupira Cordy. “Mais, une fois le soleil couché, tu seras assez maligne pour ne pas inviter des inconnus dans ta maison. Surtout s’ils sont vraiment pâles. Ou qu’ils semblent très intéressés par ton cou. Compris?”

Une fois Tracy en sécurité à l’intérieur, Cordélia retourna dans sa voiture et rentra chez elle. Alors qu’elle entrait dans l’allée, elle s’émerveillait de la façon dont elle était toujours calme. Calme mais fatiguée. C’était stupéfiant comme affronter un tueur brutal pouvait fatiguer une fille.

Soulevant la télécommande de la porte du garage, elle pressa le bouton.

…Et rien ne se passa.

“Oh, merde!” s’exclama-t-elle, pressant le bouton encore et encore. “Ne me fais pas ça!”

CLIC. CLIC. CLIC.

“Les piles! Bon sang!” Dégoûtée, elle jeta la télécommande sur le siège passager. Comment est-ce que les piles de cette stupide chose pouvaient être à plat? Ca n’arrivait jamais.

Les mains enroulées autour du volant, Cordy regarda la cour illuminée par la lumière de sécurité de sa maison retirée. Depuis qu’elle avait appris que Sunnydale était La Capitale des Créatures de Californie, elle essayait de ne pas sortir dehors —enfin, dehors dehors— toute seule après le coucher du soleil. Et, après la nuit qu’elle venait d’avoir, c’était une règle qu’elle ne voulait pas enfreindre maintenant.

Prenant son sac, elle sortit le téléphone portable. La gouvernante dormait probablement maintenant. Mais ça ne la dérangerait pas de sortir de son lit chaud et confortable pour ouvrir manuellement la porte du garage.

C’est cela, oui.

Elle était sur le point de faire le numéro quand il y eut un coup sur la fenêtre côté conducteur. Avec un cri aigu, Cordélia se retourna.

“Purée, Angel!” s’exclama-t-elle. “Tu m’as fait peur!”

Les lèvres se courbant en un fantôme de sourire, le vampire haussa les épaules. “C’est ce que je fais de mieux.”

Alors que Cordy fixait Angel, elle se souvint d’un détail important. Il n’avait pas besoin d’une invitation pour entrer dans sa voiture. Sauf si elle vivait dedans. Ce qui, avec lui à l’extérieur, semblait être une super idée. Mais…

Prenant une profonde respiration, Cordy se redressa. Lui lançant un regard noir, elle dit, “Il te faut un autre hobby,” d’un ton classique Queen C. En balançant ses cheveux par-dessus son épaule d’un air hautain, elle ouvrit la portière. “Qu’est-ce que tu fais ici, de toute façon?”

“Je m’assure que tu rentres à la maison en sécurité,” eut le culot de dire Angel. Il se recula assez pour qu’elle sorte de la voiture. “Ce n’est pas ce qu’un homme né à une époque plus raffinée devrait faire?”

Roulant les yeux, Cordy passa à côté de lui. Elle avait ce désir presque écrasant de se mettre à courir, mais ça saperait l’effet qu’elle essayait de créer. A la place, elle marcha d’un pas plus tranquille.

Semblant pensif, Angel la suivit. Et Cordy sut ce qu’on voulait dire quand on disait que quelqu’un avait une présence. Angel ne la touchait pas, mais elle pouvait presque sentir le poids de son corps sur son dos.

“Je ne sens pas de peur sur toi,” dit-il enfin.

“Maintenant, ça c’est charmant,” railla Cordy, arrivant sur le porche.

“Tu devrais avoir peur,” insista-t-il. Il semblait vraiment perplexe. “Je pourrais te tuer en un instant.”

“Oooh, encore plus de charme. Ce n’est pas étonnant que tu fasses tourner la tête de toutes les filles.”

Le vampire laissa sortir un gloussement surpris. “C’est amusant.”

“J’essaye.” Les clés en main, elle se tourna vers la porte. Et sauta presque au plafond quand il lui prit le poignet.

Cordy gela sur place. Sa main était comme une menotte faite de glace, enroulée autour de son poignet. Retenant son souffle, Cordy le fixa, son regard noisette cherchant les profondeurs interminables de ses yeux sombres. Ca y était, n’est-ce pas. Sa chance s’était épuisée. C’était son style, pas vrai? Lui laisser penser qu’elle avait réussi le plus grand bluff de sa vie. La laisser arriver à sa porte d’entrée, à un pas de la sécurité. Et puis…

“Laisse-moi faire,” dit-il, lui prenant les clés de la main. Quand sa bouche s’ouvrit grand, il sourit. “C’est ce qu’un gentleman ferait.”

Lui tenant toujours le poignet avec une main, il déverrouilla la porte de l’autre. Cordélia dû serrer les dents pour s’empêcher de se dégager de sa poigne. Mais puisqu’elle était presque sure que c’était à ça qu’il s’attendait, elle n’allait pas le faire.

L’image même de la politesse, il relâcha finalement son bras. “Et voilà,” dit-il, lui tendant les clés.

“Merci.” Ouvrant la porte, elle entra dans sa maison. Expirant silencieusement, elle se tourna pour faire face à Angel. “Et, non, je ne raconterais pas à Buffy l’histoire que j’ai inventée tout à l’heure.”

Le sourire d’Angel était cynique. “Je ne pensais pas que tu le ferais.”

“Parce que j’ai une histoire encore mieux à raconter. Une vraie en plus! Sur la façon dont tu as passé toute la soirée à me traquer. Comme j’ai passé des heures de terreur mortelle, certaine que tu me briserais comme une branche à n’importe quel moment… si j’avais de la chance. Et comme rien de tout ça ne se serait passé si elle t’avait juste tué quand elle en avait l’occasion! Ou si le reste de la Patrouille des Ringards ne m’avait pas posé un lapin!” Ses yeux se plissèrent. “Je vais faire payer autant de personnes que possible pour avoir gâcher mon vendredi soir!”

Silencieusement, Angel l’étudia de l’autre côté de la barrière invisible. Finalement, un sourire presque sincère courba ses lèvres. “Tu ferais un vampire formidable.”

Malgré le fait qu’elle était plus petite que lui, Cordy parvint à regarder le vampire de haut. “Evidemment. Je suis bonne à tout ce que je fais.”

Avec un sourire qui dépassait le sien sur le mètre de la suffisance, Cordy lui ferma la porte au nez.

En sûreté dans le foyer de sa propre maison, Cordy s’effondra contre la porte. Le front pressé contre le bois, elle haleta, cherchant de l’air, comme si on lui avait jeté de l’eau glaciale à la figure. Son cœur battait la chamade, martelant contre sa poitrine. Elle eut soudainement si froid, ses dents claquèrent.

Alors que toute la peur qu’elle avait retenue s’abattait sur elle comme une vague, la force quitta ses jambes. Incapable de s’en empêcher, elle glissa le long de la porte, et s’assit en un tas disgracieux sur le sol.

***

Les doigts pressés contre la porte, Angélus se pencha en avant, jusqu’à ce que son oreille soit presque pressée contre le bois. Il pouvait entendre son cœur palpiter, si bruyamment et si fort qu’il pouvait presque le sentir dans sa poitrine. Pouvait entendre ses halètements, presque comme si elle était dans les affres de la passion plutôt que de la terreur.

Angélus sourit. Il avait su qu’elle avait peur. Il avait goûté sa panique quand il s’était assis à sa table au Bronze. De la terreur aussi puissante ne disparaissait pas simplement. Peu importe à quel point vous faisiez bien semblant, c’était toujours là, à vous entourer comme un parfum appétissant.

Sauf avec elle. Quand elle était sortie du Bronze pour sauver Tracy —la douce, ennuyante, faible petite Tracy— c’était comme si sa peur était partie. Elle l’avait regardé de haut. Elle avait raillé et s’était moquée. Et elle n’avait pas eu peur. D’une façon ou d’une autre, en l’espace de quelques instants, elle avait pris sa panique et l’avait poussé si profondément en elle que même lui n’avait pas pu la sentir.

Quel genre de force faut-il pour contrôler ses émotions aussi complètement? Se demanda Angélus. Combien faudrait-il pour la briser?

De bonne humeur —malgré le fait qu’il n’avait pas mangé de la nuit— Angélus se baissa sur le porche, s’appuyant contre la porte. Elle était toujours là. Il pouvait presque sentir sa chaleur à travers le bois. Sentir son corps trembler contre son dos. Il imaginait qu’elle serait là pendant un moment, jusqu’à ce qu’elle reprenne le contrôle.

Soupirant, un sourire sur les lèvres, Angélus regarda la lune. Il n’aimait rien de plus que de trouver un nouveau jouet.

Fin.

 

 

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