Le Frisson : Chapitre 2

Pendant un moment, l’esprit de Cordélia fut vide, et c’était aussi dur de réfléchir que de respirer. Tout ce qu’elle pouvait faire, c’était fixer Angel, la bouche grande ouverte. Et il la fixait en retour, l’observant avec ces yeux sombres de glace.

Fébrilement, Cordy essaya de faire remarcher son cerveau. Mais le fait qu’il était vraiment là ne voulait pas se faire comprendre. Pas encore. Après cette soirée au Bronze, elle s’était un peu dit que, hé bien, elle avait eu son tour. Angel avait menacé tout le monde —Willow, Alex, et le pauvre Giles— sauf elle avec ses petits jeux d’esprits, puis avait surtout semblé les oublier après. Donc, l’autre soir avait été son tour. C’était passé et fini, et elle s’était dit qu’elle n’aurait plus jamais à endurer quelque chose comme ça. Une autre confrontation seule à seul ne lui était même jamais venue à l’esprit.

Evidemment, vu la façon dont sa chance tournait dernièrement, elle aurait dû s’en douter.

Alors que son cerveau acceptait que, oui, elle était sur le point de revivre l’une des expériences les plus nulles de sa vie, elle essaya de se rappeler les leçons qu’elle avait apprises ce soir-là. Qu’Angel se nourrissait de peur, et la pire chose qu’elle pouvait faire, c’était lui en donner. Mais réprimer cette émotion était dur à faire sur un coup de tête, surtout quand l’inspiration de cette peur la fixait juste devant elle.

Donc, elle se concentra sur son sourire ‘le chat a mangé le canari’. Et ce fut assez pour faire naître un peu de colère en elle (parce que ce sourire suffisant était sûr de mettre en rogne n’importe qui). C’était une colère faible, une étincelle fragile, crachotante parvenant à peine à rester allumée alors que la tempête de sa panique tournoyait tout autour. Mais elle s’accrocha à cette étincelle, la pressant de grandir. Parce que c’était tout ce qu’elle avait.

“Qu’est-ce que tu fais ici?” cassa-t-elle, fière que sa voix n’ait même pas tremblé un peu. Elle essaya d’imaginer qu’il était l’un de ces types ennuyants et désespérés qui lui tombaient parfois dessus au Bronze, comme s’ils pensaient vraiment avoir la moitié d’une chance. “C’est une habitude de rôder dans les parkings maintenant?”

Le sourire suffisant d’Angel se transforma en vrai sourire. Un sourire farouche, malsain qui ne la rassura pas du tout.

“Pas vraiment,” répondit-il avec un haussement d’épaules insouciant. “En fait, je t’ai vue en passant, et j’étais obligé de m’arrêter pour dire ‘bonjour’.”

Il fit un pas rapide, soudain, en avant. Et, avec un halètement étranglé, Cordélia fit un rapide pas en arrière.

****

Angélus sourit. Et voilà! L’odeur de sa peur dansa dans l’air entre eux, chatouilla son nez avec son parfum enivrant. Il inspira profondément, et put goûter sa douceur sur sa langue.

Et son cœur. Il battait la chamade, palpitant dans sa poitrine comme un magnifique oiseau effrayé battant ses ailes délicates contre une cage. Et chaque battement, chaque palpitation, était comme un murmure près de son oreille.

Cordélia s’était reculée si rapidement qu’elle s’était heurtée à sa voiture. Sa hanche s’était cognée contre le bord de la portière ouverte, son coude avait frappé la vitre de la fenêtre arrière. Rapidement, elle reprit son équilibre, se redressant une fois encore. Et le regard noir qu’elle lui lança était rempli d’irritation.

Angélus sourit simplement, la laissant voir à quel point il était impénitent. Alors que son irritation grandissait, le parfum de sa colère se mélangea avec celle de sa peur, le rendant plus riche et plus profond.

“Encore une fois, qu’est-ce que tu fais ici?” demanda Cordélia, essayant manifestement de reprendre son sang-froid. “Tu n’as pas une gentille Tueuse blonde à traquer? Ou tu as peur de te faire botter les fesses… une nouvelle fois?”

Angélus laissa les mots cinglants lui tomber dessus comme du miel chaud. Elle avait vraiment une sacrée bouche, pas vrai? A l’entendre parler, on n’aurait jamais deviné à quel point elle avait peur. Même ici, à quelques centimètres de lui, elle essayait de réprimer sa peur, de l’enterrer trop profondément pour qu’il la voit.

Sauf qu’il n’allait pas la laisser faire. Pas cette fois.

Sortant ses mains de ses poches, Angélus baissa les yeux sur les paquets éparpillés à ses pieds. “On dirait que tu as laissé tomber tes affaires. Laisse-moi t’aider avec ça.” Et, sans autre avertissement, il s’agenouilla.

*****

Devant le mouvement inattendu d’Angel, Cordélia résista à peine à l’envie de glapir de surprise. A la place, elle essaya de reculer, de mettre de la distance entre eux pour que son visage ne soit pas aussi près de ses genoux. Mais il n’y avait nulle part où aller. Pas avec le métal froid de sa voiture pressé dans son dos, la portière ouverte bloquant un côté et sa forme agenouillée bloquant l’autre. Au lieu de ça, elle était laissée dans la position inconfortable de baisser les yeux sur lui alors qu’il ramassait ses sacs. Alors qu’il bougeait, ses bras se tendant pour soulever les paquets, ses cheveux effleuraient doucement son genou, sa cuisse. Ses doigts frôlaient, ‘accidentellement,’ son mollet. Il fallait tout le contrôle qu’elle avait pour ne pas crier à chaque fois qu’une partie de lui la touchait. Pour ne pas danser sur place, sautiller d’un pied sur l’autre. Parce que, que le Seigneur lui vienne en aide, on aurait dit que des araignées lui grimpaient le long des jambes. Et elle détestait les araignées.

A partir de maintenant, jura Cordy, elle porterait des jupes plus longues. Ou des pantalons. Les pantalons étaient biens.

Finalement, Angel se remit sur ses pieds. Et il se releva bien dans sa bulle personnelle, beaucoup plus près qu’il ne l’était avant. Si près qu’il cachait les lueurs des lumières de sécurité, la mettant dans son ombre.

“Et voilà,” dit-il en tendant les sacs, un sourire satisfait courbant ses lèvres. Et, si elle avait eu des doutes sur la façon dont ces contacts avaient été ‘accidentels’, ils furent balayés par ce sourire.

Pendant un moment, Cordy ne put rien dire. Elle était trop occupée à essayer de respirer. Et à essayer de ne pas s’emporter. A cet instant, elle ne voulait rien de plus que de virer ce sourire de son visage avec une gifle. En fait, elle dut serrer ses mains en poings pour s’empêcher de faire quelque chose qu’elle regretterait.

Angel se tint immobile, observant les expressions traverser son visage comme si c’était le meilleur spectacle de la ville. Et attendant patiemment.

“Merci,” parvint à dire Cordy, les dents serrées.

“Il n’y a pas de quoi,” dit-il, en inclinant modestement la tête.

Roulant les yeux, Cordy tendit le bras pour prendre ses sacs.

“Non,” dit-il, les tenant hors de sa portée. “Permets-moi.” Et il s’approcha de la voiture, si près que son grand corps fort frôla tout son côté droit.

Son cœur faisant un bond dans sa gorge —à nouveau!— Cordy sauta hors de son chemin, frissonnant alors que de la chair de poule apparaissait sur ses bras.

Elle se tint derrière lui, l’observant mettre familièrement ses sacs sur le siège arrière. Avec son dos tourné, son attention autre part, ça semblait être l’opportunité parfaite pour s’enfuir. Pour se tourner et juste courir, en hurlant, vers le centre commercial. Sauf qu’elle pariait qu’il savait exactement à quoi elle pensait. Que, au premier pas qu’elle ferait pour s’enfuir, il serait sur elle.

Et pourquoi les vampires devaient être aussi rapides de toute façon? Quelqu’un pensait qu’ils n’avaient pas déjà assez d’avantages, avec la super force et les dents acérées comme des rasoirs, ou quoi?

Regardant le parking, le fait qu’il y avait d’autres personnes tout autour ne semblaient plus aussi rassurant. Si elle appelait à l’aide, la personne qui essayerait de venir la sauver irait sûrement de Bon Samaritain à cadavre en cinq secondes. Et elle ne serait probablement pas loin derrière la partie cadavre.

Ses bras maintenant libres des sacs, Angel se retourna pour lui faire face. Les sourcils soulevés, il tendit la main.

Cordy la fixa comme si c’était un serpent, prêt à mordre. “Quoi?” demanda-t-elle.

“Euh, les clés,” dit-il, comme si c’était évident.

Et, même si elle avait une sombre suspicion de ce qu’il voulait dire, elle demanda, “Et, tu veux mes clés pour?”

“Je sais que je t’ai laissée conduire la dernière fois,” dit-il, haussant les épaules. “Mais, habituellement, je ne vais nulle part dans une voiture à moins que je ne sois sur le siège conducteur.”

“Aller quelque part?” demanda Cordy, parce qu’elle n’aimait vraiment pas le chemin que ça prenait.

Avec un soupir impatient, Angel lui prit les clés des mains. Puis, il se déplaça, avec une grâce féline, pour se tenir derrière elle. “Tu vas dedans,” dit-il, semblant poli, presque réjoui. Plaçant ses mains dans le bas de son dos, il la poussa doucement.

Cordy trébucha en avant, puis s’arrêta net. Avec des yeux écarquillés, elle fixa le cadeau pour lequel elle avait supplié pendant un an. Soudainement, sa voiture —qui, il y a quelques instants, égalait armure, fuite, sécurité— ne ressemblait à rien d’autre qu’un piège. Un piège coûteux, rouge pomme.

Inconsciemment, elle leva la tête, regarda la dispersion de personnes allant et venant. Sa bouche s’ouvrit alors qu’elle repensait à crier. Peut-être…

“Je ne crois pas que tu veuilles vraiment faire ça,” dit Angel, sa voix dangereuse et sombre. Et proche. Elle pouvait sentir son souffle froid dans sa nuque. Un frisson lui remonta dans le dos, fit chatouiller son cuir chevelu.

“Monte,” dit-il, ne semblant ni réjoui ni poli. La main revint dans le bas de son dos. Bien qu’elle ne poussa pas cette fois, il y avait la plus légère des pressions, la pressant d’avancer.

Cordélia ferma vivement la bouche, déglutit si fort que ça lui fit mal à la gorge. Puis, prenant une profonde respiration, elle monta dans la voiture.

Evidemment, elle devait grimper par-dessus le changeur de vitesses pour atteindre le siège passager, ce qu’elle essaya de faire avec un peu de grâce. Puis, elle sentit les mains ‘serviables’ d’Angel sur ses jambes nues, et la grâce fut abandonnée en faveur de la vitesse. Alors qu’elle s’affalait (il n’y avait pas d’autres mots pour ça, bon sang!) sur le siège, elle lança un regard noir à la source de tous ses problèmes. Enfin, de ses problèmes actuels.

Ne semblant pas conscient de son regard mortel, Angel monta derrière elle. S’installant sur le siège conducteur de sa voiture comme s’il y avait sa place, il ferma la portière. Aussi sur les nerfs qu’elle l’était, ce n’était pas surprenant qu’elle ait fait un bond jusqu’au plafond.

Tandis que la situation dans laquelle elle était commençait à se faire comprendre —vraiment comprendre— Cordélia sentit sa vieille copine la panique essayer de bouillir à la surface. Vraiment, elle n’était qu’à quelques secondes de se dissoudre en une flaque d’hystérie, et est-ce qu’il n’aurait pas simplement aimé ça.

Pour la repousser un petit peu, elle cassa, “Alors, ça te dérangerait de me dire où on va?”

“Faire un tour,” dit-il, alors qu’il démarrait la voiture. Souriant, il jeta un œil dans sa direction. “Attache-toi.”

De mauvaise humeur, Cordy tira la ceinture par-dessus sa poitrine. Alors qu’elle la mettait en place, elle s’imagina la porte d’une cage se refermer.

 

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