Le Frisson : Chapitre 3

Angélus se détendit sur le siège conducteur, les mains enroulées confortablement autour du volant. Il avait toujours aimé conduire, surtout dans des jolies voitures comme celle-ci. La vitesse, le ronronnement du moteur, le contrôle. La seule chose manquante était un peu de musique. Mais, s’il allumait la radio, il ne pourrait pas se concentrer sur ce délicieux battement de cœur.

Souriant, il fixa l’arrière de la tête de son passager. Pour le moment, Cordélia regardait par la fenêtre, faisant très fort semblant de l’ignorer. Ce qui lui allait, parce qu’il savait que c’était un mensonge. Et puis, il trouvait qu’être simplement assis à côté d’elle était étonnement divertissant.

Les confins fermés de la voiture amplifiaient son odeur, la rendait plus riche, plus sombre. Il y avait son parfum, l’un de ces mélanges fruités qui semblaient être populaires de nos jours: pêche et melon, avec juste une touche de —il prit une profonde inspiration— vanille en dessous. Et puis il y avait la douceur amère de sa peur, partant et revenant alors qu’elle essayait de la contrôler. Et la chaleur épicée de sa colère, si puissante qu’il pouvait presque sentir sa chaleur s’épancher de sa peau.

C’était comme une chanson, chaque émotion avec sa propre note, sa propre odeur, se mélangeant pour créer une mélodie parfaite. L’arôme enivrant était tel que n’importe quel vampire avec l’intelligence d’apprécier de telles choses aurait des difficultés à ne pas se perdre dedans.

Pendant un moment, Angélus pensa à l’attirer contre lui, enterrer son visage dans son cou, peut-être mordiller un petit peu. Rien que s’imaginer le goût qu’elle aurait —épicé, et amer, et sucré— lui mit l’eau à la bouche.

Mais, non. Ce serait aller trop vite. Et il était d’humeur à faire aller les choses lentement.

Il se décida pour tendre la main pour caresser l’arrière de ses doigts contre le côté gauche de son cou, un contact si doux et fugace qu’il était à peine là.

L’épaule de Cordélia sursauta alors qu’elle faisait un doux bruit de contrariété. Levant la main, elle gratta le côté de son cou, repoussant ses cheveux en arrière parce qu’elle pensait probablement qu’ils étaient responsables de ce doux contact chatouilleux.

Souriant, Angélus remit sa main sur le volant, et retourna son attention sur la route.

*******

De grands yeux noisettes regardaient le monde passer par la fenêtre passager. Ils roulaient dans une rue résidentielle bordée d’arbres, la voiture entrant et sortant des zones de lumières des réverbères comme s’ils jouaient à cache-cache. Et la lune jouait aussi. Levant les yeux, elle discerna les aperçus occasionnels à travers les branches des arbres

Pour Cordélia, toute la scène semblait irréelle. Les maisons. La rue. La voiture. Tout était comme un rêve vivant. Tout semblait réel, mais il y avait cette brume floue autour des bords pour vous laisser savoir que ça ne l’était pas vraiment.

Cordélia se redressa sur son siège, les bras croisés en une position défensive. Son genou sautillait légèrement, un mouvement nerveux qu’elle ne semblait pas pouvoir arrêter. Fréquemment, elle souhaitait qu’ils aient un chouette accident non-fatal-pour-les-simples-mortels qui les empêcherait d’aller là où il l’emmenait. Et elle essayait très fort de ne pas y penser. Non, elle ne voulait pas penser au ‘où’ ni au ‘pourquoi’ ni au ‘qu’est-ce qui se passera quand on arrivera’ là tout de suite.

“Relax, Cordélia,” entendit-elle dire Angel d’une voix traînante. “Pourquoi tu ne t’enfonces pas dans ton siège et apprécies la ballade?”

“Ouais, c’est ça.” Les chances pour qu’elle se détende avec un vampire meurtrier qui jouait au chauffeur étaient exactement à zéro. Et, évidemment, il le savait. Jouer le rôle du gentil compagnon inoffensif, alors qu’ils savaient tous les deux qu’il était tout sauf ça, était son sens de l’humour pervers au travail

“Tu es obligé de conduire si vite?” demanda-t-elle, son genou sautillant toujours. “Il y a une limite de vitesse, tu sais.”

Angel sourit. “Qu’est-ce que je peux dire? J’ai un besoin de vitesse.”

Cordy résista à peine à l’envie de grogner. Mais elle roula les yeux devant la faible excuse délibérée.

Un silence emplit la voiture. Les minutes passèrent, chacune semblant être une heure. Cordy tendit presque le bras pour allumer la radio, juste pour meubler le calme, mais se prit à ne pas vouloir desserrer les bras. Elle savait, intellectuellement, qu’elle n’était pas plus en sécurité pressée contre la portière, ses épaules voûtées de manière défensive. Mais son cerveau primal, animal, lui disait de se rouler en une petite boule, pour rendre son corps moins vulnérable à l’attaque de l’animal sauvage.

“Tu sais, c’est vraiment distrayant,” dit soudainement Angel. Et, avant qu’elle ne puisse demander de quoi il parlait, une grande main froide vint se poser sur son genou sautillant.

Cordélia ne réfléchit pas, elle réagit simplement. Ses bras se décroisant en un éclair, elle vira sa main de sa jambe. “Ne fais pas ça!”

“Hey, je suis désolé,” dit Angel, levant la main pour s’excuser. Son sourire était voyant dans la douce lueur bleuâtre du tableau de bord. “Ca ne voulait rien dire, vraiment.”

Fermant les yeux, Cordy prit une profonde et lente respiration. Calme. Elle devait rester calme.

“Et puis,” continua Angel. “Je pensais que tu étais habituée aux types qui essayent de te tripoter sur les sièges avant des voitures. Ou les sièges arrières.” Il haussa les épaules. “Peu importe.”

Cordélia laissa sortir un rire auquel elle-même ne s’attendait pas. “Oh, je t’en prie. Si c’est le meilleur que tu as…”

“Difficilement,” interrompit Angel. Il se tourna pour la regarder, la moitié de son visage cachée dans l’ombre, d’une façon ou d’une autre, parvenant à avoir l’air démoniaque sans son visage de vampire. “En fait, je ne fais que commencer.”

Et Cordélia déglutit, se tournant pour regarder par la fenêtre. Ce n’était pas qu’elle avait oublié qu’il était un monstre, parce qu’elle avait un cerveau. C’était plus qu’il y avait des moments où il semblait être un monstre encore plus grand, ce qui était vraiment terrifiant. Et, cette fois, il n’y avait rien qui pouvait le freiner, pas de club rempli de témoins qui auraient pu le rendre réticent à céder à n’importe quelle impulsion que son esprit psychotique pouvait penser. C’était juste lui et elle et…

Pourquoi n’avait-elle pas écourté sa fête du shopping? Ce n’était pas comme si elle avait besoin d’une autre paire de chaussures de ce style particulier. Bien que, elles étaient d’une nuance qui était presque impossible à trouver. Tout de même, elle donnerait toutes les supers paires de chaussures —et, ok, de bottes aussi— qu’elle possédait pour ne pas être dans la voiture là tout de suite.

“D’ailleurs,” demanda plaisamment Angel, comme s’ils parlaient du temps. “Comment a réagi le gang quand ils ont appris pour notre soirée ensemble?”

Cordélia grimaça intérieurement. Il donnait l’impression qu’ils avaient eu un rendez-vous galant. Ou, pire, qu’ils avaient eu une histoire d’un soir ou quelque chose comme ça. “Tu sais mettre une petite tournure pervertie sur n’importe quoi, pas vrai?”

“Je dois avoir un hobby. Tu disais.”

Cordy soupira. “Ils ont réagi comme on pouvait s’y attendre. Il y avait de la culpabilité, et des excuses, et du baisage de pieds. Giles a commencé à bégayer, et Willow était à deux doigts d’offrir de porter une blouse de cheveux en pénitence.” Et elle devait admettre qu’elle avait apprécié ça. Pendant un moment. Puis, elle avait commencé à se sentir mal de faire qu’ils se sentent mal, ce qui n’était tellement pas son genre.

“Et l’avorton?”

“Alex n’est pas un avorton,” dit Cordy de façon défensive.

“Et pourtant, tu savais exactement de qui je parlais,” fit joyeusement remarquer Angel.

Les dents serrées, Cordy compta mentalement jusqu’à dix.

“Je parie qu’il a été le petit ami parfait toute la semaine,” continua Angel. “Lançant sa veste dans la boue pour que tu marches dessus. Offrant de tuer des dragons en ton nom. Faisant peut-être même la sérénade sous la fenêtre de ta chambre.” Il fit une pause, pensivement. “Ca devait être bien d’avoir toute son attention pour changer.”

Cordy ne fit pas de commentaire, principalement parce qu’il était bien trop près de la vérité. Non, Alex n’avait fait aucune des choses qu’Angel décrivait, mais ça n’en était pas loin. Et, même si Cordy l’avait apprécié, elle était un peu amère qu’il ait fallu qu’elle soit menacée par un tueur brutal pendant une soirée pour faire ressortir le côté galant de son petit ami.

“Quoi que, pour être honnête, je ne comprends pas ce que tu vois chez lui. Je veux dire, on sait tous les deux que tu es bien trop bien pour lui. Et tu ne sembles pas être le genre de filles qui aiment changer de quartier.”

“Ouais, hé bien, Alex est plus qu’il ne le laisse paraître,” dit Cordélia.

“Hé bien, c’est obligé,” gloussa Angel. “Mais je suppose qu’il faut passer beaucoup de, hum, temps spécial avec lui pour savoir ce que c’est. Et nous n’avons jamais été aussi proches.”

Cordy ricana avec un dégoût moyen. “Tu ne peux pas t’en empêcher, pas vrai?” demanda-t-elle. “Tu cherches toujours ce petit côté malsain. Ce sera quoi après? Des poèmes humoristiques? De vilaines blagues? Peut-être…”

“Tu sais, Alex me rappelle un garçon que j’ai connu autrefois,” interrompit Angel comme s’il n’avait pas entendu un mot de ce qu’elle avait dit. Son expression était pensive, son regard distant, tourné vers un vieux souvenir. “Le même teint, la même carrure, la même excuse de sens de l’humour. Habillé comme s’il sautait du lit chaque matin et enfilait la première chose sur laquelle il mettait la main.” Une fois encore, il se tourna vers elle, lui lançant ce regard qui était perçant et intense. “Il a tenu presque quatre jours.”

Les yeux de Cordy s’écarquillèrent de leur propre volonté. Les frissons qu’elle avait retenus tout ce temps la firent trembler jusqu’à son centre, un tremblement de corps qui laissa chaque muscle tendu. Ce n’était pas juste ce qu’il avait dit, et toutes les images que ça faisait apparaître dans son esprit.

Quatre jours!

C’était la façon familière, neutre, dont il l’avait dit. Comme s’il avait parlé d’un rêve merveilleux qu’il avait eu et dont il n’avait pas voulu se réveiller.

Et elle était seule avec lui, sans la moindre idée d’où il l’emmenait.

Avec un sourire connaisseur, Angel retourna son attention sur la route. “Comme j’ai dit, assied-toi et apprécie la ballade. On y est presque.”

 

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