Le Frisson : Chapitre 4

“Nous y voilà,” dit Angel alors qu’il coupait le moteur. Se tournant, il la regarda vivement. “Qu’est-ce que tu en penses?”

Cordélia étudia leur environnement, secouant déjà la tête alors que ses lèvres se tordaient en un ricanement. Elle n’était encore jamais venue à cet endroit exact, mais elle avait définitivement été dans d’autres qui y ressemblaient. Une clairière éclairée par la lune. Entourée par assez d’arbres pour les cacher des autres voitures garées tout près. C’était vraiment très joli… pour un endroit où se peloter.

“Tu dois te ficher de moi,” cassa Cordy.

“Quoi?” demanda innocemment Angel. “Tu n’aimes pas?”

Son coude droit posé sur la portière, Cordélia pressa ses doigts contre sa tempe. Elle commençait un peu à comprendre comment il pensait (ce qui était vraiment effrayant) donc le fait qu’il ait choisi cet endroit était, en fait, sensé. L’amener ici était assez amusant, légèrement pervers, très odieux, avec une légère touche de donne-la-chair-de-poule sous le tout. C’était plus subtil qu’un chiot cloué à un mur, mais pas moins efficace. Parce que, alors que les secondes passaient, elle commença à bouillir. Non, à brûler. Elle pouvait sentir la chaleur de la colère lui monter dans le cou, et n’avait aucun doute que son visage était devenu rouge vif.

“Tu es incroyable,” dit-elle finalement à travers ses dents serrées. “Je ne sais pas ce qu’il se passe dans ton esprit malade, tordu et psychotique, mais si tu penses pendant une minute que tes mains mortes et maléfiques, ou tes lèvres, ou quoi ce que ce soit d’autre vont venir près de moi…”

“Tu parles à ta mère avec cette bouche?” interrompit Angel, semblant plus amusé qu’insulté. Sortant les clés du contact, il ouvrit la porte et sortit de la voiture.

“Non, attends une minute…” commença Cordy, seulement pour être coupée à nouveau alors que la porte se refermait sur son nez. Ne se laissant pas décourager, elle arracha sa ceinture, attrapa la poignée de la portière… et tomba presque de la voiture quand la portière fut brutalement ouverte de l’extérieur.

Purée! Elle n’arrêtait pas d’oublier à quel point il était rapide.

Souriant plaisamment, Angel lui tendit la main.

“Oh, tu as perdu la tête,” dit-elle, lançant un regard noir à ladite main. “Ce que je savais déjà, mais tu es manifestement encore plus cinglé que je ne…”

“Tu sais, Cordélia,” commença Angel, la voix aussi calme et désinvolte que jamais. Mais quelque chose de sombre glissa, doux comme du velours, en dessous. “Je suis réellement d’une humeur assez bonne ce soir. Et tu ne veux vraiment pas que quelque chose me fasse perdre ma bonne humeur.” Il se pencha un peu, ses yeux noirs brillant dans la lumière de la lune. “N’est-ce pas?”

Et la peur monta, luttant avec sa colère pour se faire de la place. Le mélange d’émotions conflictuelles la rendit réellement étourdie pendant une seconde. Comme si elle était sur une montagne russe tournoyante et ennuyante. En haut, en bas, en haut, en bas. Ce n’était pas étonnant qu’elle commençait à se sentir nauséeuse.

Sachant qu’elle avait peu de choix en la matière, elle plaça sa main dans la sienne, plus grande et froide. Son corps entier choisit ce moment pour trembler jusqu’à ses os. Et elle sut qu’il le sentait, parce que son sourire s’élargit.

Elle n’était pas préparée quand, avec un éclat soudain de force, il tira sur son bras. Cordy couina lorsqu’elle se trouva propulsée hors de la voiture, si vite qu’elle trébucha sur ses propres pieds. Elle heurta son corps si fort que son souffle fut coupé avec un whoosh audible.

Pendant une seconde, Cordy fut trop assommée pour bouger. Pendant une longue seconde mon-cœur-s’est-arrêté, sa poitrine fut pressée contre son torse. La seconde suivante, elle se dégagea de lui. Ou essaya de le faire. Pendant un long moment, ils furent engagés dans une petite lutte qui frisait le ridicule. Elle se libérait un bras, et il saisissait l’autre. Elle se libérait les deux bras, seulement pour voir qu’il l’avait attrapée par la taille. Apparemment, il pensait que c’était hilarant parce qu’il commença à rire.

“Oh, nom de Dieu,” s’exclama-t-elle enfin, s’arrachant à sa prise. Trébuchant loin de lui, elle lui offrit son grognement le plus féroce.

Angel sourit simplement et ferma la porte.

****

Se tournant pour s’appuyer contre la voiture, les bras pliés sur son torse, Angélus l’observa. Elle avait l’air assez en rogne pour griffer. Le pouls dans son cou palpitait, battant à un rythme tentant.

Il se demanda si elle réalisait qu’elle s’éloignait de lui tout doucement, chaque pas minuscule élargissant le fossé d’une micro fraction. Elle était la proie, sur le point de s’enfuir. Et, pendant un moment, il espéra qu’elle allait courir. Qu’elle allait enfin perdre le contrôle et être dépassée par sa peur. Qu’il pourrait la pourchasser à travers les arbres, laisser sa faim et son besoin prendre la relève. Laisser la bête courir en liberté.

Mais non. Pas encore. Pour le moment, il avait d’autres choses en tête.

****

Les nerfs de Cordélia étaient enroulés plus étroitement qu’un ressort. Donc, quand Angel dit, “Viens ici,” elle sursauta aussi fort que son cœur. Pendant un moment elle gela sur place, comme une biche prise dans les phares d’une voiture. Ou un lapin qui venait de voir que le grand méchant loup le fixait.

“Pourquoi tu fais ça?” demanda-t-elle, exprimant la question qu’elle se posait depuis que tout ce supplice avait commencé. Est-ce qu’il allait la tuer, finir ce qu’il avait commencé la semaine dernière? Est-ce qu’il allait la transformer en vampire? Ou quelque chose d’encore pire? A quoi est-ce qu’il jouait au juste, bon sang? “Et ne me dis pas que tu as fait tout ça juste pour conduire ma voiture.”

“Hey, un type ferait beaucoup pour une bonne ballade,” dit Angel d’une voix traînante. S’éloignant de la voiture, il combla la petite distance entre eux.

Cordélia s’enfuit presque. Les muscles de ses jambes se contractèrent réellement avec le désir de bouger. Une petite voix optimiste lui murmura qu’elle avait une chance. Qu’elle serait peut-être réellement capable de s’en aller. Mais elle connaissait la vérité, et ça la garda en place, l’attendant.

“Tu sais, le clair de lune te va à ravir,” dit Angel. La tête penchée sur le côté, il l’étudia comme si elle était une statue ou quelque comme ça. “On te l’a déjà dit?”

“Je ne sais pas,” dit Cordélia. Vraiment, qui savait? Elle avait reçu beaucoup de compliments au fil des années. Certains étaient sincères. D’autres étaient spéculateurs selon elle, donnés par quelqu’un qui voulait quelque chose d’elle. “Probablement.”

Angel haussa les épaules. “Ce n’est pas étonnant. Je parie que les garçons essayent de te faire la cour depuis des années.” Une main froide encercla son bras.

“Arrête!” cassa Cordy, la frappant au loin.

Frappant avec la vitesse d’un serpent, il lui agrippa les deux bras, la tirant en avant.

“Ow!” grimaça-t-elle, essayant en vain de se dégager. Sa poigne était si serrée qu’elle pouvait déjà sentir les ecchymoses se former. “Lâche-moi!”

“Si c’est ce que tu veux,” dit-il, sa voix glaciale et amusée. Soudainement, il la fit tourner, faisant basculer son monde sur le côté. Puis il la repoussa loin de lui. Et elle vola en arrière, se cognant à la voiture avec un pleur étranglé. La douleur lui traversa le corps et ce fut du pur entêtement qui l’empêcha de glisser sur le sol.

Son cœur battait la chamade maintenant, si fort qu’elle pouvait à peine s’entendre penser. C’était là. Finalement, après avoir joué avec elle de la façon dont un chat joue avec une souris, il avait décidé qu’il était temps de passer à table. Et elle avait peur. Elle ne se souvenait pas d’avoir jamais eu aussi peur. Mais elle était énervée. Enervée parce qu’elle allait mourir parce qu’elle ne savait pas résister aux soldes. Enervée parce qu’elle n’avait pas de pouvoir de super combattante pour pouvoir lui botter les fesses au moins un petit peu. Enervée parce que son dos faisait tellement mal qu’elle ne pouvait même pas se tenir droite. A la place, elle était un peu à moitié voûtée, ce qui donnait probablement l’impression qu’elle se recroquevillait devant lui, comme beaucoup de ses autres victimes. Ce n’était fichtrement pas juste!

Quand il l’attrapa à nouveau, son corps la poussant contre la voiture, sa froideur sembla s’engloutir en elle. A cet instant, une partie d’elle voulu commencer à hurler et implorer, le supplier de ne pas la tuer. Mais elle refusait de lui donner cette satisfaction, de lui donner une raison de jubiler sur à quel point la petite humaine faible avait paniqué à la fin.

A la place, elle plongea son regard noir dans le sien, lui laissant voir sa colère, sa répulsion. Ses mains se serrèrent en poings, elle attendit que son vrai visage apparaisse, attendit de sentir ses crocs acérés comme des rasoirs s’enfoncer dans son cou.

Et c’est là qu’il l’embrassa.

Ce n’était tellement pas ce à quoi elle s’attendait, son cerveau ne comprit pas vraiment ce qu’il se passait au début. Les yeux écarquillés et confus, elle fixa le vide alors que son esprit luttait pour rattraper le train. Même quand sa langue passa à travers ses lèvres et dans sa bouche, se frottant langoureusement contre la sienne, elle n’avait toujours pas vraiment compris. Ce ne fut que quand ses poumons commencèrent à réclamer de l’air —parce que, dans son état de choc, elle avait arrêté de respirer— que ses neurones commencèrent à fonctionner. C’est là qu’elle commença à lutter, ses poings se cognant de façon inefficace contre son torse, essayant de dégager sa bouche de la sienne, malgré la main enroulée dans ses cheveux pour la garder en place.

Soudainement, elle sentit une douleur vive, tranchante, sur sa lèvre inférieure. S’écriant de douleur, Cordy lutta plus fort.

Angel la relâcha brusquement et recula d’un pas.

Pendant un long moment, Cordy fut trop ahurie pour faire quoi que ce soit. Puis elle réalisa que sa lèvre inférieure la lancinait. Que quelque chose de chaud et sucré-salé remplissait sa bouche.

La main tremblante, Cordy la leva pour toucher sa bouche. Retirant sa main, elle la fixa, extasiée. Ses doigts étaient mouillés, tâchés de sang qui semblait presque noir dans le clair de lune.

Les yeux écarquillés avec horreur, elle regarda l’homme —la chose— responsable. Angel l’observait, souriant, les yeux remplis d’enthousiasme alors qu’il attendait de voir comment elle allait réagir à sa ‘surprise’. La même noirceur tâchait ses lèvres, et elle grimaça quand elle le vit la lécher.

“Mmmm,” soupira-t-il, ronronnant presque. “Pas mal.”

Et, soudainement, ce fut de trop. Les émotions —la peur, et la colère, et même la honte— tourbillonnèrent en elle comme un ouragan, Cordélia frappa aussi fort qu’elle pouvait. Sa paume claqua contre sa joue, fouettant sa tête sur le côté. Le bruit de la gifle résonna dans la clairière comme un coup de feu. Et ce fut assez pour faire sortir Cordy de sa rage meurtrière.

Retenant son souffle, elle se pressa contre la voiture. Nerveusement, elle frotta sa main piquante contre sa jupe. Et attendit.

Des heures semblèrent passer avant qu’Angel ne bouge. Quand il se tourna finalement pour lui faire face, elle s’attendit à ce qu’il ait son visage de vampire, grognant furieusement. Mais ce n’était pas le cas. Il portait toujours son masque humain. Et il était en train de… sourire.

Levant la main, il massa la joue qu’elle avait giflée. “Pas mal du tout,” dit-il.

Alors que la certitude de sa mort imminente disparaissait, il en fut de même pour la plupart de son énergie. Tout ce qu’elle avait enduré depuis qu’elle avait quitté le centre commercial, toute la tension et l’anxiété, la frappèrent comme une lourde vague. Elle imaginait que c’était à cela que ressemblait le fait de revenir sur terre après avoir été défoncée. Comme si on voulait juste se coucher et dormir pendant des jours.

S’appuyant avec lassitude contre la voiture, parce que ses jambes ne semblaient plus vouloir la supporter, elle essuya le sang qui coulait sur son menton. “Tu es un salopard malade.”

“On me l’a déjà dit,” approuva Angel. Avec un grand geste, comme s’il exécutait un tour de magie, il lui tendit les clés. “Tiens.”

Cordy n’avait même pas l’énergie de se demander à quoi il jouait cette fois, de s’inquiéter du fait qu’il pourrait les retirer aussitôt qu’elle tendrait la main. Prenant une profonde inspiration fatiguée, elle lui prit simplement les clés de la main.

“Juste une dernière chose,” dit Angel. Posant une main contre le toit de la voiture, il l’entoura efficacement. “Je ne crois pas que tu devrais parler de ce soir à tes amis. Je veux dire, ça allait après la dernière fois. Mais, cette fois, je ne suis pas d’humeur à partager.”

“Ouais, peu importe,” dit Cordy, fixant les clés, le sang séchant sur sa main. Elle était sûre qu’il y avait une menace inexprimée quelque part là-dedans, mais décida de s’en inquiéter plus tard. La tout de suite, elle voulait juste rentrer à la maison et rincer le sang, et le souvenir de ce baiser, de sa bouche.

Elle tressaillit à peine quand il prit son menton entre son pouce et son index, levant sa tête pour pouvoir la regarder dans les yeux. “Je te revois plus tard,” promit-il. Puis, la relâchant, il se tourna simplement et s’éloigna, disparaissant dans les ombres.

Cordy se tint simplement là pendant un long moment. Elle semblait ne pouvoir rien ressentir. Toute la peur, toute la colère, étaient simplement parties. Sereinement, elle se demanda si elle était dans une sorte d’état de choc, puis décida qu’elle l’était probablement. Elle se dit qu’elle aurait éventuellement un merveilleux effondrement. Mais, pour l’instant, elle voulait juste partir d’ici.

Lentement, elle contourna le capot de la voiture. Alors qu’elle se laissait tomber sur le siège conducteur, elle sentit un élancement de panique, comme une aiguille la poignardant dans le cœur. Ce fut si fort, si écrasant, qu’elle haleta tout haut.

“Non,” dit-elle, repoussant impitoyablement la panique. “Effondre-toi plus tard. Conduis maintenant.”

Avec un hochement de tête déterminé, elle démarra la voiture.

****

Des ombres, Angélus observa la voiture sportive rouge s’en aller.

Ca avait été… amusant. Mieux qu’il ne l’avait pensé. En fait, tout était mieux qu’il ne l’avait pensé. Le baiser. Le goût de son sang. Et elle l’avait giflé, ce à quoi il ne s’était pas attendu. Enfin, pas vraiment. Il avait vu le désir de le faire dans ses yeux, mais il avait pensé que sa peur l’aurait empêchée d’agir. Mais il réalisait vite que ce n’était pas malin de sous-estimer Cordélia Chase.

Souriant presque tendrement, Angélus se dirigea vers la route principale. Une partie de lui revivait leur rencontre; repassant, en détails, les moments les plus agréables de la soirée.

Une autre partie de lui pensait déjà à la prochaine fois.

FIN

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