Nouveau Départ

 

Faith se tenait immobile sur le parvis de la prison. Elle laissait derrière elle les murs austères de la grande bâtisse. Ici elle avait pris le temps de réfléchir ou plutôt on lui avait donné le temps de réfléchir… Elle était restée seule la plupart du temps. Les autres détenues avaient compris que pour rester en vie il valait mieux se tenir à l’écart de cette énigmatique beauté solitaire. Certaines d’entre elles avaient expérimenté à leurs dépens la force de la tueuse et la nouvelle du danger représenté par la jeune fille avait rapidement fait le tour des cellules. On la craignait et on l’évitait comme la peste. Même les autorités pénitentiaires avaient préféré isoler Faith des autres détenues… traitement de faveur exceptionnel dans l’univers carcéral américain. Mais la solitude c’était son quotidien depuis maintenant presque 20 ans. Elle avait appris à s’en servir comme d’un atout. L’isolement c’était aujourd’hui la seule protection qu’il lui restait…Mais ce n’était pas elle qu’elle cherchait à protéger… C’était les autres.
C’est pourquoi la tueuse n’avait jamais cherché le conflit. Elle avait changé. Elle avait mûri. Mais surtout quelque chose en elle s’était éteint. La fougue, l’amour du danger, l’ambition, le désir de violation des interdits, tout cela semblait avoir disparu. Faith n’était plus que l’ombre d’elle même : une jeune fille pâle au regard plein d’incertitude et de confusion. Elle avait ôté le masque… Un masque qu’elle avait parfaitement porté pendant de si longues années (et à quel prix !)… Le masque de la confiance en soi.
Faith n’avait pas bien saisi les raisons de sa libération. Il avait été question d’un certain cabinet d’avocat dont elle n’avait pas retenu le nom et qui semblait s’occuper des affaires de feu le maire Willkins. Elle n’avait pas cherché à comprendre. C’était inattendu, mais elle ne voulait pas sortir de prison C’était trop tôt… Elle ne méritait pas de sortir. Elle devait payer… Payer non seulement pour Allan Finch et les autres, mais aussi pour n’avoir pas su protéger ceux qu’elle aimait, pour avoir menacé ceux qui lui avaient proposé leur amitié et surtout pour avoir trahi celle qui représentait tout pour elle, l’idéal qu’elle ne saurait jamais atteindre. Une Tueuse parfaite… Sa Moitié.
Il y avait bien sûr cette culpabilité dont elle avait pris conscience et qu’elle traînait depuis plusieurs mois. Mais il y avait quelque chose d’autre. Quelque chose de nouveau pour elle… La peur… C’était la première fois que la redoutable tueuse admettait sa vulnérabilité. Et elle l’avait finalement fait avec un grand soulagement. Tout à l’extérieur l’effrayait : peur du regard des autres sur elle, peur de rester toujours instable, un être incapable d’aimer et de se faire aimer, peur d’avoir perdu à jamais celle pour laquelle elle aurait donné sa vie… celle qui soir et matin occupait ses pensées… celle qu’elle avait rejetée…. celle qui l’avait poignardée pour sauver celui qu’elle aimait…. Celle à qui elle avait pardonné.
Pendant tout le temps de son incarcération Faith avait refusé les visites. Angel après plusieurs tentatives avait renoncé à voir la jeune tueuse. Pourtant Faith ne rêvait que d’une chose : entendre les pas décidés d’une petite blonde qu’elle aurait reconnue entre mille.. Elle imaginait Buffy entrer dans sa cellule et lui donner une nouvelle chance rompant ainsi la fatalité de l’échec auquel Faith se croyait vouée : Echec familial, échec scolaire, échec social, échec amoureux. Elle avait même échoué dans sa condition de tueuse puisqu’elle avait basculé du côté obscur de La Force… Et même ça, elle l’avait raté !.
Bien sûr elle avait attendu en vain mais aujourd’hui, puisqu’elle était à nouveau libre elle allait remédier à ça … à sa manière. De toute façon elle n’avait plus rien à perdre. Avec quelques dollars en poche elle se dirigea vers la gare routière. Il était 21 heures. Demain dès l’ aube elle prendrait le premier car pour Sunnydale.
Buffy patrouillait comme chaque soir dans un des nombreux cimetières de la ville. Etonnamment elle n’avait tué qu’un seul vampire et elle n’aimait pas ça. Elle avait appris au cours de sa déjà longue expérience de tueuse que cela n’augurait rien de bon. Et puis elle s’ennuyait … en plus il était trop tôt pour regagner le campus. Si elle rentrait elle avait deux alternatives :1) aller directement à Stevenson où elle trouverait une chambre vide puisque Willow passait désormais la plus grande partie de ses nuits chez Tara. 2)rejoindre Riley à Lowell Hall. Décidément elle n’avait vraiment pas envie de rentrer… Sa relation avec Riley ne menait nulle part. Elle l’avait même empêché ce soir de l’accompagner dans sa patrouille. Sa présence l’insupportait : il était si bien pensant, si moralisateur et surtout tellement prévisible. Buffy avait toujours l’impression d’entendre sa mère. Pourtant elle avait tout fait pour que ça marche mais aujourd’hui c’était trop tard. Elle avait compris qu’avec Riley elle avait voulu se protéger des Angel , des Scott, des Parker qui l’avaient fait souffrir à leur manière et bien sûr à des degrés différents. Alors voilà c’était parfait, elle avait trouvé l’homme idéal : séduisant, intelligent, attentionné, fidèle…. C’était l’homme idéal oui, parfait, standardisé en quelque sorte. Et finalement et bien il lui manquait quelque chose. Quelque chose de craquant qui aurait fait de lui quelqu’un de différent et dont elle ne se serait jamais lassée… Une touche personnelle, un brin de folie. Le problème c’est que Riley était un soldat. Resterait toujours un soldat… Un très bon soldat qui faisait toujours ce qu’on attendait de lui …inlassablement. Et elle, elle était la tueuse. Elle resterait toujours la Tueuse. Elle avait besoin de sa dose d’adrénaline, et pas seulement dans sa fonction de tueuse mais dans sa vie entière. Elle voulait vivre à 100 à l’heure, profiter de chaque seconde, être surprise et surprendre. Après tout son existence de Tueuse n’était pas éternelle… Toute cette inertie la déprimait. Il était temps d’agir, elle avait déjà trop attendu. Plus elle attendrait plus la séparation serait difficile… Pour lui… Il n’était peut-être pas l’homme de sa vie mais elle voulait lui faire le moins de mal possible… Il avait tout fait pour la rendre heureuse…
Elle errait dans les rues désertes de Sunnydale. En fait elle avait l’esprit trop embrouillé pour apprécier la compagnie de Giles, de Willow ou de tout autre membre du Scooby Gang. Il n’y avait pas que son histoire avec Riley qui la perturbait. Ce n’était qu’une infime partie du problème. Elle avait 20 ans maintenant et elle ne savait toujours pas comment orienter sa vie. Pouvait-elle faire des projets à long terme ? Elle avait voulu le croire mais aujourd’hui elle n’était plus sûre de rien. Elle avait l’impression de n’être pas maîtresse de son destin, de se laisser porter par les événements qui rythmaient sa vie. Restait-elle Buffy Summers ou était-elle seulement devenue une Tueuse parmi tant d’autres. Et comme si ses propres états d’âme ne lui suffisaient pas, elle se sentait responsable de l’univers effrayant qu’elle avait imposé à ses meilleurs amis, à sa mère. Depuis sa rencontre avec Merrick c’était comme si rien n’avait changé : toujours les mêmes défis, les mêmes responsabilités, toujours les mêmes peines, les mêmes souffrances. Elle était lasse, très lasse. Ses amis, Joyce n’avaient pas lu en elle un désespoir grandissant. Elle s’était progressivement isolée, détachée d’eux échappant ainsi aux interrogations des personnes qu’elle voulait préserver.
En fait tout avait débuté avec la sortie de Faith du coma, leur première rencontre sur le campus, les vérités que lui avait assenées sa  » petite sœur  » comme autant de coups de poignard en retour. A cet instant précis tout était revenu à la mémoire de la petite blonde : son premier contact avec Faith à la sortie du Bronze, les patrouilles en tandem, le sentiment de toute puissance, d’invulnérabilité qu’avait Buffy quand elle était aux côtés de Faith. Et puis il y avait eu l’incompréhension, la douleur : la trahison de la brunette, l’incapacité de Buffy à réagir…. Elle n’avait pas su quoi faire, elle n’avait pas essayé… Elle n’avait pas voulu… Elle ne savait plus … Si. Elle se souvenait d’une chose : Le seul moyen qu’elle ait trouvé… le seul geste qu’elle ait fait pour aider Faith c’était lui planter un couteau dans les entrailles, la plonger dans le coma et l’oublier rapidement pour que la parfaite petite Buffy retrouve bonne conscience… Au fond d’elle même elle savait que c’était faux, mais elle ne s’expliquait toujours pas pourquoi elle avait refusé de rendre visite à Faith à l’hôpital .
Ensuite, quand elles avaient échangé leurs corps, Buffy avait découvert sur sa cadette des choses insoupçonnées, des choses qu’elle s’était toujours refusée à voir. C’était très étrange mais au travers du corps de l’autre tueuse elle avait ressenti des émotions. Des émotions profondément imprimées dans la chair de la Brunette. Il y avait une grande solitude, mais surtout il y avait une souffrance qui avait littéralement submergé Buffy. Elle avait ressenti tout le mal-être de Faith. Un mal-être qui semblait avoir toujours existé. Comme si la tueuse n’avait jamais trouvé sa place. Comme si on lui avait toujours refusé cette place…. Ou peut-être était-ce elle qui l’avait toujours refusée…Et cette souffrance Buffy avait du mal à l’oublier. Non seulement parce que ça avait été très éprouvant à vivre mais aussi parce qu’elle s’en sentait en partie responsable.
Aujourd’hui la petite blonde avait du mal à faire la part des choses. Amour , haine, pardon, vengeance, culpabilité tout était si compliqué. Elle devait faire de l’ordre dans sa vie si elle voulait survivre car tout cela la rongeait de l’intérieur et la rendait très vulnérable. Il fallait tourner la page…une fois de plus…. Mais c’était sans compter sur l’ autre Tueuse qui était déjà sur le chemin.
Faith était maintenant sur la route de Sunnydale. Elle comptait les bornes kilométriques pour éviter de penser aux centaines de bonnes raisons de faire arrêter le car et de rebrousser chemin. Mais il était trop tard pour faire machine arrière. Et puis, après tout, elle n’avait pas vraiment le choix.
A son arrivée elle se dirigea sans hésiter à la Sunnydale High School… enfin ce qu’il en restait… Elle n’avait pas eu le temps de s’y arrêter à sa sortie de l’hôpital. Elle resta interdite devant le spectacle de désolation qui s’offrait à elle.
 » Et bien B. t’avais pas lésiné sur l’artillerie !  » Elle se surprit à réfléchir à haute voix. Puis elle sourit et se dit avec amertume qu’avec le maire Wilkins et son amour du propre et du joli, rien ne serait resté en l’état. Qu’est ce qui lui prenait ? Elle n’avait pas à parler de lui dans ces termes. Il était démoniaque, s’était servi d’elle profitant de sa carence affective, jouant le personnage du père parfait. Après tous ces mois passés en prison à réfléchir, à étudier toutes les possibilités elle n’avait pas réussi à savoir s’il s’était vraiment joué d’elle. Finalement ça n’avait pas grande importance. Ce qui était sûr, c’est qu’elle s’était laissée acheter.
Elle ne sentait pas encore d’attaque pour affronter celle qu’elle était venue retrouver. Elle préférait attendre, avoir encore quelques moments de répit. La confrontation serait difficile, redoutable. Elle espérait que Buffy accepterait de l’écouter. Mais rien n’était moins sûr. Et elle préféra s’isoler en attendant le moment fatidique.
Quand elle était finalement rentrée de sa ronde à l’aube, Buffy avait bien sûr retrouvé sa chambre vide mais elle fut étonnée de découvrir que son répondeur avait enregistré 5 messages. Il y en avait 4 de Riley dont le contenu n’avait pas grand intérêt. Mais surtout il y avait un message de Giles :
Allô Buffy c’est Giles. Ecoute j’aurais préféré t’en parler de vive voix mais ça fait plusieurs fois que j’essaie de te joindre et je tombe toujours sur ton répondeur. Angel m’a appelé de Los Angeles  » — Ca c’est bien du Angel tout craché depuis le temps qu’on est séparés, il n’ose toujours pas m’appeler directement. Il faut toujours qu’il passe par un intermédiaire pour me faire parvenir des informations… C’est vraiment désespérant… — « On vient de l’avertir de la libération de Faith. « — Oops, ça s’annonce plus ennuyeux que prévu ! — « Elle s’est évaporée dans la nature et il y a fort à parier qu’elle revienne directement à Sunnydale. D’après lui elle aurait changé mais il ne l’a pas vu depuis plusieurs mois. Reste sur tes gardes en attendant et viens me voir dès que possible demain matin… Je sais que ça va être dur pour toi… Mais on sera tous avec toi…. A demain.  »
Buffy resta interdite pendant plusieurs longues minutes. Faith libérée ? Mais comment était-ce possible ? On n’avait pas le droit de lui faire ça. Pas au moment où elle allait tourner la page. Le cauchemar allait recommencer. Faith était capable de tout et surtout du pire. Si elle revenait ce n’était sûrement pas pour s’excuser. C’était pas vraiment son style. Bon il ne fallait pas laisser place à la panique. Il fallait se calmer. Elle était fatiguée, c’était pas le moment de réfléchir au problème. Elle alla prendre une douche et se mit au lit. Elle s’endormit avant même d’avoir eu le temps de se détendre. Mais son sommeil fut plutôt mouvementé. Elle rêva de Faith :
Elles sont toutes les deux face à face. Faith est resplendissante. Elle sourit. Et puis tout à coup elle lui dit :
 » Alors B tu finis pas ce que t’as commencé ?  »
Buffy regarde alors sa main droite. Elle y trouve un couteau… C’est le couteau de Faith. Il est encore taché du sang de la Brunette. Sans hésiter elle plante la lame effilée dans l’abdomen de Faith… à l’endroit même de la cicatrice qu’elle avait déjà laissée. Le sang coule à nouveau sur ses doigts. Mais cette fois-ci dans les yeux de Buffy il n’y a pas la moindre trace de peur ou de remords. Elle s’acharne sur le corps de la jeune femme déjà mourante. Elle retire puis replonge plus profondément le couteau dans la plaie. Elle laisse alors tomber le corps sans vie de celle qui fut un jour sa complice. Elle s’accroupit et lui murmure à l’oreille.
 » Mais F tu n’as que ce que tu mérites…. Et moi je suis là pour protéger le monde de toutes les menaces qui pèsent sur lui.  »
Buffy se réveilla en sursaut. Elle était trempée. Toutes ces expériences nocturnes avaient un arrière goût de réalité qui lui faisait craindre le pire… Pas le temps de traîner il fallait qu’elle parle à Giles.
Un quart d’heure plus tard elle se tenait devant l’appartement et frappait à la porte. Giles vint ouvrir.
 » Ah Buffy, justement nous n’attendions plus que toi.  »
 » Mais…  » Buffy n’eut pas le temps de finir sa phrase. A l’arrière plan il y avait 5 paires d’yeux rivés sur elle. Tout le monde était là : Willow et Tara, Alex et Anya, et bien évidemment Riley…
 » Euh… Oui… J’ai pensé qu’il valait mieux avertir tout le monde, parce qu’après tout Faith peut s’en prendre à n’importe lequel d’entre nous.  »
« Oui enfin surtout à mon Alex  » dit Anya d’une manière tout à fait déplacée mais qui ne choqua personne.
Buffy alla s’asseoir sur le canapé de Giles entre Riley et… une pile de vieux bouquins poussiéreux. Riley lui prit immédiatement la main en signe de compassion. Et elle le laissa faire car ce n’était pas le moment de perturber l’ordre du jour.
 » Je ne comprends pas comment la justice Américaine peut décider de relâcher une psychopathe de l’envergure de Faith.  » C’est Alex qui avait pris la parole.  » On a déjà assez de boulot avec les vampires et les démons en tous genres. Pas besoin de rajouter à la liste une tueuse qui ressemble plus à Hannibal Lester qu’à…. qu’à… enfin vous avez compris quoi ! !  »
 » Alex, t’as pas besoin de parler de Faith comme ça  » Buffy était lasse de ce genre de commentaire dans la bouche d’Alex.
 » C’est nouveau. Tu prends sa défense maintenant ? ! ! Il n’y a pas si longtemps c’était pas moi le plus virulent à son sujet ! !  »
Buffy n’eut pas le courage de répondre. Il avait raison et tout le monde le savait.
 » Je sais pas… mais enfin…  » tous les regards s’étaient tournés vers Tara ce qui lui avait fait regretter à la seconde même d’avoir pris la parole.  » … qu’est ce qui vous fait croire que … heu… Faith va revenir à Sunnydale ?  »
Willow se sentait toujours obligée de répondre à toutes les questions de Tara :
 » Tu as bien vu ce qui s’est passé la dernière fois. Il y a un indéniable besoin de vengeance qui pousse Faith à essayer de ruiner la vie de Buffy. Tout ça parce qu’elle est jalouse d’elle. Mais Faith a eu ce qu’elle méritait. Buffy lui avait tout proposé : d’être son amie, de s’intégrer dans le groupe. C’est elle qui a refusé. C’est elle qui a choisi sa vie. … Et maintenant elle en veut à Buffy. Mais le plus gênant, tu vois, c’est que tout s’explique : Faith est complètement dérangée et c’est d’être internée dont elle a besoin.  » Willow était toujours très sèche quand elle parlait de Faith. Bien sûr il y avait tout le mal qu’avait fait la Tueuse à l’ensemble du groupe, le fait qu’elle n’aurait pas hésité à la tuer la nuit où ils avaient dérobé la boîte de Gavrocks. Mais il y avait aussi ce qu’elle n’avait jamais voulu s’avouer: Faith avait failli lui voler Buffy. Elle avait failli lui prendre sa place. Toutes ces histoires de connexion entre les Tueuses, c’était de la concurrence déloyale. Pendant cette période elle avait beaucoup souffert.
 » Et si tout ça n’avait été qu’un appel au secours ?  » Buffy s’était lancée sans réfléchir.
 » Quoi ? ? ?  » Réponse générale indignée.
 » Oui enfin je veux dire…  » Ca s’annonçait difficile…  » la dernière fois elle avait l’air tellement paniquée quand elle s’est enfuie…  »
Riley ne la laissa même pas finir. C’était la première fois qu’il prenait la parole et il avait l’air assez agacé.
 » J’ai l’impression que tu ne te souviens pas bien de ce qu’il s’est passé. Elle est arrivée. Elle a volé ton corps, ta vie, tes amis… notre intimité.  » Gêné il avait un peu hésité avant de terminer sa phrase.  » Elle a dansé la gigue en apprenant que tu avais été enlevée par le Conseil et qu’ils allaient se débarrasser de toi une bonne fois pour toutes. Ne me dis pas qu’elle devait avoir des circonstances atténuantes !  » Il avait parlé sur un ton très dur, apparemment très affecté par la réaction de Buffy. Il se ravisa :  » Tu as dû être très perturbée par l’annonce de la libération de cette folle. Il faut que tu reprennes tes esprits et que tu te reposes. Je veillerai sur toi.  »
Giles se rallia du côté de Riley :
 » Ecoute Buffy, Riley a raison. Vous allez rentrer tous les deux. Nous on s’occupe des recherches. Pour la patrouille de ce soir on s’arrangera. Il faut que tu penses un peu à toi. Tu fais un break jusqu’à ce qu’on ait retrouvé Faith.  » Ca ressemblait plus à un ordre qu’à un conseil. La discussion était close. Buffy ne broncha pas ; ça ne l’empêcherait pas le moment venu de n’en faire qu’à sa tête, comme à son habitude. Elle suivit donc sagement Riley qui n’hésita pas à lui rappeler une bonne quinzaine de fois qu’il ne fallait pas qu’elle se laisse attendrir par Faith. Qu’elle ne méritait pas ses états d’âme. Qu’il n’hésiterait pas à régler le problème lui-même. Et qu’il allait lui préparer une petite soupe pour lui faire reprendre des forces…. Tout ce que la Tueuse souhaitait à cet instant c’était vivre très loin de tout individu originaire de l’Iowa…
Il était cinq heures de l’après-midi et Faith décida qu’elle était maintenant prête à affronter sa destinée. Elle se dirigea alors vers la maison de Buffy, priant pour ne pas y croiser Joyce : Ca compliquerait légèrement la situation. Faith savait de sa précédente visite que Buffy , depuis son entrée à la fac, rentrait très rarement au domicile familial. C’était donc un plan qui aurait pu paraître risqué. Mais la brunette avait le sentiment que c’était ici qu’elle devait attendre sa moitié. Elle ne savait pas pourquoi mais Buffy viendrait. Elle en était sûre. Elle s’installa à quelques pas du perron et s’assit fébrilement. L’attente serait sans doute longue mais c’était sans importance. Elle avait tellement attendu ce moment. Elle l’avait vécu des centaines de fois depuis son incarcération. Mais aujourd’hui c’était différent. Aujourd’hui ce serait la vraie Buffy qu’elle aurait devant elle. Et elle ne serait sans doute pas prête à lui laisser la moindre chance. Elle la chasserait peut être, et si elle voulait la frapper … la tuer, Faith la laisserait faire.
Quand les 2 Tueuses avaient échangé leurs corps, le monde de Faith s’était brutalement écroulé. Etre dans la peau de Buffy avait été une expérience des plus traumatisantes. Bien sûr elle était devenue la Tueuse parfaite… La fille parfaite… L’amie parfaite, assouvissant ainsi le plus inavouable de ses fantasmes.
Faith toute sa vie avait vécu dans l’ombre de quelqu’un et son arrivée à Sunnydale n’avait fait qu’empirer les choses. Elle avait pourtant essayer d’égaler, de surpasser son aînée. Mais invariablement on pouvait lire Buffy sur toutes les lèvres, sentir Buffy battre dans tous les cœurs, nourrir toutes les âmes. C’était comme s’il n’y avait jamais eu de place pour elle. Buffy semblait agir comme un véritable aimant, attirant à elle toutes les attentions. Admirée, respectée, choyée, Faith ne l’avait jamais été. Alors quand elle avait pris sa place elle avait voulu en profiter. Mais le sortilège l’avait menée bien au-delà de ce qu’elle avait prévu. Il y avait d’abord eu cette fille qu’elle avait sauvée à la sortie du Bronze. Son regard, sa gratitude… Personne n’avait jamais exprimé quelque chose de semblable à son égard. Personne n’avait jamais pris la peine de la remercier. Et puis elle avait vu des gens qui comptaient les uns sur les autres, qui s’écoutaient les uns les autres, qui prenaient soin les uns des autres. Quelqu’un lui avait dit  » je t’aime  » sans rien attendre en retour. Elle avait toujours considéré que les valeurs de Buffy et de ses amis n’étaient que des mirages… de belles paroles. Mais subitement tout avait pris un sens : le Bien , le Mal, l’Amour, la Confiance… Le rôle de la Tueuse… son rôle… C’était pour cela qu’elle s’était rendue à l’église au lieu de prendre son avion. Pour se prouver qu’elle était capable de faire le Bien sans y être obligée. Pour se prouver qu’elle était capable de faire le bon choix. Mais en prenant conscience de tout cela, elle comprit aussi qu’elle s’était plantée sur toute la ligne. Et une fois de plus tout avait basculé. Quand elle avait vu Buffy dans son propre corps, elle avait perdu le contrôle. Sa propre image la dégoûtait . C’était l’image d’un monstre… un monstre qui ne valait pas mieux que ceux qu’elle chassait la nuit. Alors elle avait frappé ce visage pour le détruire, pour l’oublier. Toute cette haine , toute cette rage n’avait jamais été dirigée vers Buffy mais bien vers elle même… Et quand elle avait retrouvé son enveloppe charnelle Faith avait voulu mourir.
C’était pour cela que Faith ne se défendrait pas si Buffy la frappait. Parce qu’elle savait maintenant ce qu’elle représentait pour les autres…
Buffy avait sagement obéi à Riley. Elle s’était allongée sur le lit et avait essayé de faire le vide autour d’elle. TOUT sauf écouter les conseils avertis de Monsieur l’assistant de psychologie! Il ne comprenait rien au problème que lui posait Faith. Comment l’aurait-il pu? Il ne l’avait pas réellement connue…. Son discours ne lui était donc d’aucune utilité. Elle avait donc adopté un air intéressé totalement approprié. En tout cas ça lui permettait d’éviter des interrogations périlleuses. Elle agrémentait le tout de quelques hochements de tête entendus, de quelques sourires déconcertants et de quelques « tu as raison », « je n’avais pas vu ça sous cet angle » et autres « je devrais t’écouter plus souvent ». Elle se sentait totalement ridicule mais c’était le prix à payer pour sa tranquillité.
Après plusieurs heures de son nouveau rôle d’actrice, elle décida que sa performance avait assez duré. Elle prit donc congé de Riley en lui expliquant qu’elle avait totalement oublié qu’elle avait un devoir à rendre pour le lendemain. Si elle ne se dépêchait pas, elle passerait toute sa nuit à la bibliothèque. Riley essaya tant bien que mal de la raisonner en lui avançant l’argument qu’elle ne serait peut-être pas en sécurité. Il lui proposa donc de l’accompagner. Elle n’en attendait pas moins de lui… Elle répondit que ça la perturberait et qu’elle n’allait pas foutre en l’air son année par crainte de rencontrer une psychopathe. Elle en voyait potentiellement toutes les nuits. En plus c’était bientôt les partiels et on ne pouvait pas dire que la bibliothèque serait vide. Riley la laissa donc partir à regrets, ne trouvant pas très sérieux que Buffy se préoccupe de ses devoirs à la dernière minute…
Elle marchait maintenant sur le campus se laissant guider par son instinct. L’activité étudiante qui régnait sur la fac à l’approche de l’été dénotait avec l’allure soucieuse de notre Tueuse. Elle sentait que ce soir se jouerait un épisode crucial de sa vie. Elle aurait un choix à faire. Et elle n’aurait pas le droit à l’erreur. Ses dons de Tueuse étaient en éveil et elle savait que ce soir ce ne serait pas un vampire, pas un démon qu’elle aurait à affronter mais un adversaire bien plus redoutable. Sans doute le plus redoutable. Car ce que Faith représentait ce n’était pas seulement une Tueuse qui s’était rangée du côté des forces de l’ombre, c’était également une partie farouchement cachée d’elle même. Ce que Faith était c’était ce que Buffy aurait pu devenir si elle n’avait pas eu l’environnement qu’on lui connaissait. Elle l’avait souvent ressenti; elles étaient à la fois très différentes et très proches. Dès leur première rencontre elle avait compris que leur histoire serait exceptionnelle. Si elle avait d’abord rejeté sa cadette, c’est qu’elle avait tout de suite envié Faith, elle en avait été jalouse . Elle semblait avoir un charisme, une insolence, une philosophie de la vie hors du commun. Elle semblait invulnérable et tellement sûre d’elle. Elle agissait comme si le monde entier lui appartenait. Elle aurait aimé à cette époque être comme elle. Et il ne fallait pas uniquement parler de lien, de connexion entre les Tueuses: Sa rencontre avec Kendra n’avait pas été aussi électrique. Faith avait quelque chose en plus… Faith la fascinait…
Ses pas l’avaient menée à son ancien quartier. Elle apercevait déjà le chêne dont les branches permettaient un accès direct ( et très pratique…) à sa chambre. Son rythme cardiaque avait progressivement augmenté, atteignant maintenant une fréquence inattendue compte tenu de son entraînement d’athlète et de son sang-froid légendaire. Elle ne savait pas vraiment pourquoi Faith était revenue et l’imminence de la réponse était très angoissante. Mais le plus angoissant c’était de ne pas réussir à évaluer son propre état d’esprit vis à vis de l’autre tueuse…
Avant même d’avoir vu Buffy, Faith avait ressenti sa proximité et elle savait que c’était réciproque. Elle s’était doucement levée et essayait vainement de contrôler sa respiration. Elle ne devait pas céder à la panique, elle en était consciente, mais elle savait aussi que la réaction de l’autre Tueuse était la seule chose qui importait. Au plus profond d’elle même elle savait qu’elle n’avait jamais attendu que le jugement de Buffy, son verdict. Les autres, les avocats, les flics, les jurés… pouvaient penser ce qu’ils voulaient. La seule personne dont l’opinion avait de la valeur, la seule personne qui déciderait si Faith méritait une deuxième chance, c’était une étudiante blonde de 20 ans. Car elle seule représentait encore quelque chose dans l’univers apocalyptique de Faith. Elle seule détenait entre ses mains son droit à la rédemption .
Buffy aperçut enfin Faith. Elle se tenait debout. Elle était comme à son habitude entièrement vêtue de cuir à l’exception d’un débardeur blanc. Pour se donner du courage la petite blonde se dit qu’elle n’avait sans doute pas eu le temps de renouveler sa garde-robe en sortant de prison. Elle avait en effet gardé son look de « bad girl » mais son visage…! Faith n’était pas maquillée, elle paraissait livide, très tendue, les yeux cernés, le regard plus ou moins fuyant. Le changement était flagrant mais Faith restait néanmoins étonnamment belle.
Les 2 Tueuses étaient maintenant à quelques pas l’une de l’autre et demeuraient silencieuses. Elles s’observaient.
C’est Faith qui se décida à parler la première.
« Hey B. Je t’attendais. »
« Je sais…  » Long moment de silence. « Qu’est ce que tu es venue chercher ici? On n’a pas besoin de toi »
« Toujours aussi directe la petite Buffy! J’me doutais bien que je ne serais pas la bienvenue. »
Les deux jeunes femmes étaient très tendues, sur la défensive. Elles ne semblaient plus maîtresses de leurs émotions. Leurs sentiments de culpabilité respectifs, la concurrence qui avait toujours existé entre elles, toutes les souffrances accumulées depuis que Faith était passée du côté du maire, tout cela nourrissaient l’atmosphère ambiante. Ce n’était plus leur raison qui les conduisait mais bien leur instinct. Ce formidable et redoutable instinct de Tueuse.
« Alors pourquoi revenir? Tu as décidé de tuer un à un mes amis, de torturer mes profs de fac ou de prendre à nouveau ma place. P’têt que t’as besoin d’une nouvelle leçon, que je te rappelle que t’es plus chez toi ici depuis que ton patron le gros méchant serpent a explosé comme un ballon de baudruche. Ah j’y suis tu comptes peut-être essayer de le ressusciter?! A moins que tu sois juste venue te refaire un round avec mon petit ami??? »
Buffy n’avait pas fait de sentiment, elle voulait pousser Faith dans ses derniers retranchements… la provoquer et cela le plus rapidement possible. Elle la connaissait bien et savait que la réaction de la brunette serait explosive.
Mais ce qu’elle vit la troubla profondément. Elle vit un voile assombrir le regard désormais arrogant de l’autre tueuse. Etaient-ce des larmes qui commençaient à faire briller ces yeux noirs? C’était possible. Mais cela ne dura qu’un instant. Faith détourna précipitamment la tête et un dixième de seconde plus tard elle avait retrouvé son insolente expression.
Elle avait failli craquer mais elle s’était reprise au dernier moment. Faith s’en voulait. Elle s’en voulait car une fois de plus elle jouait la comédie. Une fois de plus elle n’arrivait pas à se montrer sous son vrai jour. Sa fierté, son amour propre étaient incontrôlables. Elle ne se laissait pas le droit de montrer sa faiblesse à quiconque même pas à Buffy. Mais la petite blonde y était allée un peu fort et Faith se demandait maintenant si elle serait capable de s’ouvrir à elle. Il fallait qu’elle essaie.
« Je ne suis pas celle que tu crois… Du moins je ne suis plus la Faith que tu as connue. » C’est un début…
« Qu’est ce qui me prouve que tu ne mens pas. C’est d’après mes sources une de tes activités favorites! »
« Rien…. » Elle n’avait en effet aucun gage de son honnêteté.  » Mais sache que je n’ai plus la force de mentir…de te mentir. Si je dois une seule fois dans ma vie jouer franc jeu avec quelqu’un… Je veux que ce soit avec toi.. Laisse moi m’exprimer et je partirai ensuite. Je quitterai Sunnydale à jamais si tu me le demandes. »
Silence pesant à nouveau.
« Alors dis moi qui tu es. » La voix de Buffy s’était soudainement radoucie, engageant Faith à se dévoiler. La petite blonde voulait sincèrement la croire. De toute son âme elle osait espérer qu’elles étaient enfin prêtes à se parler, à se comprendre, à se pardonner.
Faith ne savait pas par où commencer. Tout se bousculait dans sa tête.
« Je suis… différente….J’ai… J’ai changé… » Reprends toi Faith, tu vas y arriver. Prends ton inspiration et commence par le début. « Aussi loin que je me souvienne, j’ai toujours eu à me débrouiller seule. Seule pour trouver de quoi bouffer quand ma mère ne s’occupait que de savoir si elle pourrait se procurer son fix du jour. Seule pour faire les poches des camés qui se défonçaient dans des squats sordides. Seule quand ma vieille me battait jusqu’au sang parce qu’elle était en manque. Seule pour m’occuper d’elle quand son connard de dealer ou n’importe quel autre tox du quartier avait passé ses nerfs sur sa vieille carcasse puante. Seule quand à 12 ans j’ai perdu le peu de dignité qu’il me restait à la sortie d’un club avec un type qui aurait facilement pu être mon père. »
Buffy savait que Faith n’en rajoutait pas. Elle avait toujours été consciente que Faith traînait derrière elle un vécu qui aurait fait passer la Cosette des Misérables pour une véritable petite princesse. Mais l’autre tueuse avait toujours habilement évité tous les sujets qui tournaient autour de son enfance. Et Buffy avait respecté son intimité. Aujourd’hui elle savait que si Faith lui révélait cette face cachée de son histoire, ce n’était pas pour l’émouvoir ou l’apitoyer , c’était parce qu’elle avait besoin d’exorciser un passé qu’elle avait trop longtemps refoulé. La brunette s’était assise comme si elle sentait que ses jambes ne la porteraient peut-être pas jusqu’à la fin de sa confession. Elle regardait fixement ses pieds, son visage ne révélant aucune émotion.
« Alors je me suis inventé un monde. Un monde protégé par des murs infranchissables. Un monde où il n’y avait de la place que pour moi. Pas de sentiments. Pas de regrets. On pourrait appeler ça instinct de survie. Personne ne s’était jamais préoccupé de moi et c’était trop dur de penser que c’était de ma faute. Alors j’ai fait comme si le monde entier marchait comme ça, comme si la petite Faith n’était pas la seule gamine à avoir à grandir dans un univers qui ressemblait plus à une décharge crasseuse qu’à un parc d’attraction du sud de la Floride.
Je me suis cassée de chez ma mère et c’est là que j’ai fait de « Tu vois, tu veux, tu prends » ma devise. Je me suis rendue compte très tôt que j’avais une force hors du commun. Ca m’a servi. Sans ça j’aurais sans doute terminé ma misérable existence dans une ruelle sombre. C’aurait sûrement été un bien pour toi et pour toute l’humanité …  »
Elle avait fait une pause comme si elle attendait une quelconque réaction de la part de Buffy. Mais elle ne vint pas.
« A cette époque je vivais de menus larcins et parfois de petits boulots. La nuit j’écumais les clubs. Je crois que je devais connaître à peu près toutes les boîtes de Boston: du bouge le plus sordide au club le plus branché. J’avais pas de mal à rentrer où je voulais, j’obtenais toujours ce que je voulais. Et ce que je voulais c’était oublier qui j’étais: une gamine de15 ans qui avait grandi trop vite. Alors je me perdais sur la piste de danse et je rentrais toutes les nuits avec quelqu’un de différent. Je prenais, je jetais. Ca me donnait l’impression de contrôler ma vie. Je savais ce que je pouvais donner: mon corps et surtout pas quoi que ce soit de plus. De toutes façons c’était ce qu’on me demandait. Je recherchais le plaisir et je ne m’en cachais pas.
J’ai vécu comme ça jusqu’à ma rencontre avec mon observatrice, Emma. Elle m’attendait une nuit à la sortie d’une boîte. Elle devait me suivre depuis pas mal de temps pour connaître aussi bien mes habitudes. Elle m’a tout expliqué: La Tueuse, son rôle, « ma destinée », le risque et tout le protocole merdique qui venait en même temps que la fonction. Moi j’ai foncé tête baissée, j’savais même pas que j’pouvais avoir une destinée. Ce qui me séduisait surtout c’était le danger, l’inconnu, le fait que je pourrais botter le cul des indésirables sans risquer de passer la nuit au poste_ enfin normalement…_ C’était très excitant. En plus depuis la mort de la tueuse précédente j’étais plus forte, plus agile, plus rapide. Je me sentais invincible. Et je l’ai été pendant un temps. La suite tu la connais. Kakistos est arrivé. Il m’a foutu une raclée, il a torturé et tué Emma sous mes yeux en m’expliquant clairement qu’il me réservait le même sort. Ensuite j’ai réussi à m’enfuir… Enfin j’ai réalisé bien plus tard qu’il m’avait délibérément laissé m’échapper pour prolonger la torture psychologique qu’il m’infligeait, et par la même son plaisir sadique. Et quand je me suis retrouvée hors de danger immédiat, j’ai réalisé qu’une fois de plus je me retrouvais seule. Mais cette fois c’était pire… Inconsciemment j’avais mis de côté tous mes principes pour m’attacher progressivement à Emma. Elle était là parce que j’existais. Pour elle j’étais unique. Si je ne l’avais pas perdue aussi tôt, j’aurais peut-être été quelqu’un d’autre. A ce moment de ma vie je me suis fait une promesse: ne jamais plus permettre à quiconque l’accès à mon monde exclusif…
Après je suis arrivée à Sunnydale. Naïvement je pensais que Kakistos ne me suivrait pas jusqu’en Californie. Et puis surtout je voulais voir cette Tueuse dont m’avait tant parlé Emma. Je voulais savoir si je pouvais être meilleure que toi. Alors dès le début j’ai mis le paquet. Mais je me suis vite rendue compte que le Conseil n’avait pas menti sur tes capacités. Il y avait quelque chose de très fort qui émanait de toi. Et ça rendait le défi d’autant plus excitant. En plus j’étais très perturbée par ton environnement. Tu étais tellement différente de moi. Tu semblais vivre des choses qui m’étaient inconnues. Pour moi la Tueuse puisait sa force dans son absence totale d’attaches. Seule elle devait affronter les vampires, les démons et les forces de l’ombre. Seule elle devait l’être aussi dans sa vie. Pour moi c’était le garant de sa sécurité. Alors j’ai voulu penser que tu serais plus vulnérable que moi. On ne pouvait pas avoir de moyen de pression sur moi, je ne me posais pas de questions. Je ne perdais pas mon temps en babillage inutile… J’agissais et c’était mon point fort.
« Ensuite grâce à toi j’ai réussi à me débarrasser de Kakistos. J’ai d’ailleurs mis longtemps à admettre que j’aurais échoué sans ton aide. Je détestais l’idée d’avoir une dette envers quiconque. Encore plus envers toi…
Puis je me suis laissée manipuler par Gwendolin Post. Elle avait rapidement réussi à lire en moi des frustrations naissantes vis-à-vis de toi et de ton petit groupe d’amis. A cette époque je n’avais pas encore pris conscience que j’étais déjà en train de rompre ma promesse. J’aurais tellement aimé que tu ne me caches pas le retour d’Angel. J’avais l’impression que tu m’avais trahie mais je n’osais m’avouer pourquoi cette trahison m’affectait. Par la suite j’ai compris que je n’arriverais jamais à entrer dans ton monde. Tu ne vivais que pour ta mère, tes amis… Angel. Quand tu es partie le sauver le soir de Noël, alors que pour la première fois j’avais réussi à baisser ma garde, j’ai souffert …mais de toi j’aurais tout accepté.
Comme je comprenais que je n’entrerais jamais dans ton univers, j’ai décidé d’essayer de te faire entrer dans le mien. C’était juste avant que je ne tue Finch… Et j’avoue que ça a été la période la plus heureuse de ma vie. Toutes les deux c’était si fort… On était sur la même longueur d’onde. Le monde était à nous.  »
« Mais une fois de plus le bonheur ne m’était pas permis. Avec la mort de Finch j’ai replongé dans l’univers sombre qui était le mien. J’ai tenté de sauver ma peau; c’était ce que je faisais depuis le début. J’ai tout rejeté en bloc: ma responsabilité, ma culpabilité… et surtout toi. Je payais le prix fort pour avoir renié ma promesse et pour avoir cru que moi Faith j’avais le droit d’avoir une vie normale, une vie comme la tienne. A partir de ce moment, j’ai réalisé qu’il fallait que je me tienne le plus éloigné de toi qu’il m’était possible. Et le plus loin, c’était le camp du maire Wilkins. J’avais à nouveau perdu tous mes repères et j’étais prête à faire n’importe quoi. La suite tu la connais. Le maire m’a offert l’impensable. Et j’ai voulu y croire. Mais il n’y avait qu’un être démoniaque qui était capable de m’accepter.
J’ai tout fait pour me convaincre de mon indifférence envers toi… Non, j’ai tout fait pour me convaincre que je te haïssais… »
Faith avait levé les yeux. Buffy avait changé de place. Silencieusement pendant la longue confession de la brunette, l’autre tueuse était venue s’asseoir à ses côtés. Faith vit alors les joues ruisselantes de celle qui l’avait obsédée depuis leur première rencontre.
« Mais je me mentais B. Je n’ai jamais réussi à te haïr. Car celle que je haïssais c’était moi… »
A ces mots Faith relâcha ses dernières défenses et de grosses larmes commencèrent à couler le long de ses joues pâles. Elle n’avait pas pleuré depuis ses 12 ans…
Buffy se pencha doucement vers elle et la prit dans ses bras. Elle l’avait fait instinctivement. Aujourd’hui elle avait envie de prendre soin de Faith. On lui aurait dit ça quelques heures plus tôt, elle aurait sans doute éclaté de rire. Mais maintenant c’était différent. Faith n’avait pas menti, elle en était sûre. Elle ne la laisserait plus s’enfuir. Elle ne la laisserait plus seule.
Quand elle avait senti les bras de Buffy autour d’elle. Faith s’était d’abord crispée , puis elle s’était abandonnée totalement, comme si elle remettait sa vie entière entre les mains de la petite blonde. Et c’était bon de lui faire confiance.
« Buffy… je n’aurais jamais pu te faire de mal. »
« Sshh..Sshh…Je sais. » Elle la croyait … Et c’était très douloureux parce qu’elle, elle aurait pu la tuer sans même y réfléchir pour sauver Angel.
Après quelques minutes Buffy releva Faith sans la brusquer. Elle la conduisit devant l’entrée, en gardant sa main dans la sienne. Elle ouvrit la porte et entra.. Faith resta sur le perron.
« Qu’est ce que tu fais? » s’inquiéta Buffy.
« Je… Je ne sais pas si je dois entrer… »
« Ecoute. Je vais pas te laisser repartir seule dans cet état. T’es revenue pour t’expliquer avec moi? Je pense qu’on a encore beaucoup de choses à se dire. Alors tu restes et tu discutes pas. »
« Et comment on va expliquer ça à ta mère? »
« Elle ne rentre que demain soir… On aura le temps d’improviser… »
Soulagée, Faith se décida à entrer dans la maison.
Les 2 tueuses se regardaient maintenant dans les yeux dans l’entrée.
Gênée Buffy tenta un « T’as faim? »
« Non pas vraiment.. Mais je tiens plus debout… Il faudrait que je me repose un peu et … que…heu… je prenne une douche. »
« Ah! Oui c’est vrai! Je n’y… »
« Comment ça c’est vrai? Qu’est ce que tu sous-entends pas là? »
Les 2 Tueuses éclatèrent de rire. Ca faisait du bien… Mais ça semblait irréel… Pourtant elles savaient que rien était impossible à Sunnydale.
Buffy monta préparer la salle de bain pour Faith et quand celle-ci y entra, elle y trouva tout ce dont elle avait besoin, y compris une tenue pour la nuit. Elle se détendit sous l’eau brûlante de la douche en repensant au tête à tête incroyable qu’elle venait de vivre avec Buffy.
Quand elle entra dans la chambre, la petite blonde était redescendue. Mais le lit était ouvert du côté gauche . Faith s’y glissa sans réfléchir, elle avait pensé dormir par terre, ça n’aurait pas beaucoup changé de la prison…. Mais puisque Buffy le lui permettait, elle profita de ce luxe imprévu. Elle s’endormit en quelques instants. La journée avait été riche en émotions et en rebondissements. Cette nuit pour la première fois depuis des mois, aucun cauchemar ne vint troubler son sommeil.
Quand Buffy remonta finalement, elle trouva Faith endormie. Elle observa longuement le visage paisible de Faith. Une fois encore elle fut troublée par sa beauté. Mais ce qui la frappa d’autant plus c’était l’impression de candeur, d’innocence que dégageait l’autre tueuse quand elle dormait. Elle vint la rejoindre et lui murmura ses quelques mots:
« Je vais m’occuper de toi maintenant ma Faith. Tu es revenue à moi et je sais que ça n’a pas été facile… Mais bientôt d’autres épreuves vont s’imposer à toi. Mais tu ne seras plus seule pour les surmonter. Car cette fois je serai là. Et je ne te laisserai plus t’éloigner de moi et tu ne me laisseras plus m’éloigner de toi. Parce que notre destinée à toutes les deux, c’était que nous soyons à nouveau réunies. »

 

Fin

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