Nuits Blanches : Chapitre 3

DEUX JOURS AVANT L’ECLIPSE.
Le lendemain matin, dans la cour de la Sunnydale High School.
Buffy s’approche de Willow, qui ne peut que remarquer son air épuisé.
Willow : « Tu cultives le style vivre vite et mourir jeune ? »
Buffy est trop fatiguée pour esquisser un sourire.
Buffy : « J’ai très peu dormi depuis deux nuits. Je suis si fatiguée… Je viens d’avoir une longue série de batailles nocturnes contre les vampires. C’est de repos dont j’aurai besoin. Mon don de tueuse me rend résistante au manque de sommeil, mais je suis en train de franchir mes limites ! »
Willow : « Cosmétiquement parlant, ton don de tueuse est une bénédiction ! Tu gardes la fraîcheur de ton teint de jeune fille en fleur ! »
Buffy reste insensible au compliment et son visage se rembrunit. « Hier soir, j’ai été maladroite contre un vampire. J’ai raté des coups faciles. Un petit vampire de rien du tout qui aurait pu mettre fin à ma carrière. Et puis ce fut pire…»
Buffy raconte rapidement à Willow les événements de la nuit passée : Nina la sauvant des vampires, puis leur discussion dans sa chambre, et enfin les cauchemars qu’elle subit.
Buffy : « Cette Nina est dotée de puissants pouvoirs psychiques. Elle s’amuse à me manipuler. Un jeu pervers où elle me propose sa sympathie avant de m’envoyer en enfer. »
Willow : « Elle t’a aidée à échapper aux vampires. »
Buffy : « Pour le premier combat, d’accord. Mais la meute du cimetière, je ne sais plus. Je me demande si ce n’était pas un songe qu’elle m’a envoyé pour se donner le beau rôle. »
Willow : « Cela ne me paraît pas très cohérent : tu ne t’es pas endormie dans le cimetière pour te réveiller dans ton lit ! ».
Buffy réfléchit un instant : « Tu as raison… Je suis en pleine confusion ! Mais d’où vient cette meute de vampires ? »
Willow : « Une nouvelle tactique d’Angélus ? »
Buffy : « Ou sont-ils sous l’influence de Nina, pour lui permettre de jouer les Zorro ? ».

Giles arrive tranquillement à la Sunnydale High School, au volant de sa vieille DS pourrave. Il se gare et sort distraitement de sa voiture lorsqu’il entend hurler des freins et crisser des pneus dans un dérapage mal contrôlé. Il n’a que le temps de se jeter en arrière contre sa voiture pour éviter un bolide rouge qui le frôle.
Adossé à la DS, il doit prendre quelques secondes pour retrouver son sang froid. Levant les yeux, il contemple la décapotable immobilisée devant lui. Son jeune conducteur n’en mène pas large.
Giles : « Alex : ta haine du corps professoral te donne des pulsions de meurtre ? »
Alex, d’un air aussi dégagé que possible : « Tiens ! C’est vous Giles ? »
Giles : « Qu’est-ce que c’est que cet engin ? »
Alex : « Un cabriolet sport BMW. Série M3. »
Giles reste sans voix.
Alex : « Je voulais un roadster… Une Z3… Plus sportive… Mais celle-ci m’ira… »
Giles : « Laisse-moi deviner : un véhicule de location ? Il a dû te coûter une fortune ! »
Alex : « Ben… Mes économies ont morflé, c’est vrai… Mais une journée au volant de cette machine, cela mérite des sacrifices, non ? Ce n’est pas un bijou carrossé par Pininfarina, mais ce petit bolide devrait faire son effet ! »
Toutefois, Giles reste trop éloigné de la chose automobile pour noter le goût atroce d’Alex : du rouge vif pour un cabriolet BMW !
Giles : « Mmmmm… Willow m’a parlé de tes problèmes avec Cordélia. Tu crois que frimer avec cette voiture va la faire revenir vers toi ? »
Alex se rembrunit, puis se remet à sourire : « Cette voiture est un piège à filles, c’est vrai… Mais cela ne concerne plus Cordélia. Ce soir, attention les minettes, j’arrive ! ! ! »
Giles : « Qui t’as mis cette idée en tête ? »
Alex répond avec un sourire méchant : « C’est Buffy ! A force de me casser les pieds avec son cauchemar idiot, elle m’a donné envie de passer à l’acte. Si elle a raison, je vivrai un vrai rêve ce soir ! »
Giles, en tiquant : « Tu maîtrises ce bolide ? »
Alex : « Pas besoin d’aller vite. Il faut que mes proies aient le temps de l’admirer. ». Alex donne un petit coup d’accélérateur qui fait rugir le moteur.
Cette démonstration n’a pas l’air de rassurer Giles : « Je ne t’ai pas vu souvent conduire… ».
Alex : « Je vais passer la journée à m’exercer. La boite de vitesse est manuelle, vous savez… Il faut que je m’entraîne ! »
Giles ne fait pas de commentaire sur le fait qu’Alex sèche ses cours. Celui-ci démarre et il le regarde s’éloigner.
Giles : « Mais qu’est-ce qui se passe ? »
Inconscient du trouble qu’il a provoqué chez Giles, Alex est tellement heureux au volant de son bolide qu’il chantonne : « Je suis zaaa-mou-reuuux d’une voooiiture… »

 

Dans la bibliothèque de la Sunnydale High School, Giles vient de raconter sa discussion avec Alex à Buffy et à Willow.
Buffy est furieuse : « Alex veut jouer les tombeurs de nanas avec une voiture de sport ? Et il s’amuse à me coller la responsabilité de son idiotie sur le dos ?»
Giles : « Je ne l’aurai pas formulé comme toi… Mais enfin, oui ! »
Buffy sent l’angoisse monter : « Alex n’a pas de gros moyens. Qu’est-ce qui a pu le décider à sacrifier ses économies pour louer ce bolide ? »
Buffy et Giles fixent Willow, qui reste silencieuse un moment, puis se décide : « Il est vrai que, hier soir, Alex et Max ont longtemps discuté. Alex semblait fasciné par le mode de vie de Max. »
Buffy : « Son mode de vie ? »
Willow : « Max n’a pas été très explicite. Il semble avoir une vie assez facile… Heu… Par des moyens assez marginaux… Heu… Alex n’a pas arrêté de lui poser des questions. »
Giles : « Alex sera tenté par la délinquance ? »
Willow, précipitamment : « Non, non ! Mais en substance, Max disait qu’il fallait vivre en allant jusqu’au bout de ses envies… Et se donner les moyens de réaliser ses envies… Quitte à en payer le prix ! »
Giles : « C’est un peu le discours qu’il vient de me tenir. »
Willow : « Vous vous rappelez ses propos la fois où nous avons combattu Chris et Daryl Epps, qui jouaient au Docteur Frankenstein ? »
Buffy se rappelle effectivement que Willow avait à ce moment souffert de l’indifférence d’Alex à son égard. « Il a dit : « Beaucoup de gens ne savent pas voir, ils ont peur. C’est ce qu’ils n’auront pas, qui les fait rêver. Le plus inaccessible, c’est le plus attirant. » »
Giles : « Qu’est-ce qui est le plus inaccessible aujourd’hui pour Alex ? »
Buffy : « Nina. »
Un instant de silence.
Buffy : « Il fonce droit au massacre ! »
Giles : « Il ne faut pas sauter aux conclusions ! »
Buffy : « Qu’est-ce qu’il vous faut de plus ? ? ? »
Giles se tourne vers Willow : « Regarde sur Internet si la disparition du jeune garçon à la décapotable jaune est signalée. »
Buffy : « Ca ne prouvera rien. Il est trop tôt pour que sa disparition soit sur les fichiers informatiques, surtout si ses parents sont habitués à ses frasques. Et il ne faut pas attendre pour passer à l’action ! »
Willow : « Alex va sillonner les routes toute la journée. Nous n’avons aucune chance de le retrouver. »
Buffy : « Nous savons qu’il va passer la soirée à essayer de retrouver Nina en faisant le tour des boites. »
Willow : « C’est complètement absurde ! Il y a tant de boites dans la région ! Il n’a aucune chance de la trouver ! En plus, il va rapidement se trouver à court d’argent puisqu’il a sacrifié ses économies ! »
Buffy répond d’un ton acide : « Nina, elle, saura très bien le trouver. »
Cordélia entre à cet instant dans la bibliothèque.
Buffy fonce vers elle et l’apostrophe : « Ce soir, il faut que tu nous amènes, Willow et moi, faire le tour des boites de la région ! »
Cordélia reste bouche bée.
Buffy précise : « Des boites fréquentées par les minets friqués ! »
La mâchoire de Cordélia s’abaisse d’un cran sur sa poitrine.

Tard dans la nuit, Alex gare son bolide devant une boite d’où sort un groupe bruyant de jeunes gens. Sa quête s’est avérée infructueuse, et son tour des boites de la région a fait fondre son maigre pécule.
Assis dans la voiture, il sort de sa poche son argent et recompte avec inquiétude ce qui reste de ses économies.
« La dernière chance ! » dit Alex à haute voix.
« Comme dans les westerns ? » répond une voix en écho.
Alex tressaille et relève la tête brusquement. Une forme féminine est penchée sur la portière de la décapotable.
« Je m’appelle Nina ! »

 

Cordélia : « Les filles, je me demande comment vous m’avez convaincue de perdre ma soirée et une partie de ma nuit pour chercher ce looser d’Alex ! »
Epuisées par ce refrain qu’elles endurent depuis des heures, Buffy et Willow renoncent à discuter.
Cordélia : « De toute façon, cette boite est la dernière de la liste où trouver des gens fréquentables. Ensuite, il n’y a que des établissements de seconde zone. Ne comptez pas sur moi pour m’y compromettre ! »
Buffy, d’un ton acide : « On ne voudrait surtout pas de faire tomber de ton statut social ! »
Cordélia : « Tu ne peux pas comprendre, Buffy. Nous n’évoluons pas dans le même monde. »
Buffy se demande si Alex n’a pas raison de vouloir définitivement laisser tomber Cordélia. Après tout, subir ce genre de remarques tous les jours… Mieux vaut la solitude !
Triple hurlement de Buffy, Willow et Cordélia !
« La voiture ! C’est lui ! C’est elle ! »
Le bolide est passé comme une flèche en sens inverse et a déjà disparu dans la nuit.
Cordélia tente de faire rapidement un demi-tour, et se lance à sa poursuite.
Au bout d’un long moment, il faut se rendre à l’évidence : « Raté ! Nous les avons perdus ! ! »
Après un instant de silence consterné, Buffy murmure : « Alex ! Attention à toi… »

 

Jamais Alex ne s’est senti aussi heureux. Il n’a pas bu mais il se sent porté par une sorte d’ivresse. L’ivresse de sentir le contact chaud de Nina à ses côtés… L’ivresse de la vitesse qui les emporte dans la nuit…
Jamais il n’aurait cru que ce soit si facile : Nina qui vient simplement vers lui. Ils se parlent, ils plaisantent, ils dansent un instant, ils s’amusent.
Et puis Nina qui se dit fatiguée par le bruit, qui préfère dans cette moiteur orageuse le semblant de fraîcheur apportée par la vitesse dans la décapotable.
Et maintenant, justement : la vitesse.
La route est vide, et Alex se sent libre d’écraser l’accélérateur pour faire rugir le moteur et foncer, toujours foncer. Surtout depuis ce geste charmant et confiant de Nina : elle a posé sa tête sur ses genoux, allongée en travers des sièges. Toujours souriante, elle l’encourage à aller plus vite, toujours plus vite…
Avec un pincement au cœur, Alex appuie à fond sur l’accélérateur, pour sentir son pied buter à la fin de la course de la pédale. L’accélération qui le plaque contre son siège lui fait un creux au ventre.
Le flash puissant le laisse une fraction de seconde ébloui.
Alex relâche d’un coup la pédale de l’accélérateur et Nina est légèrement déséquilibrée.
« Tu ralentis ? »
Alex n’a pas besoin de répondre : les gouttes de pluies qui s’abattent lourdement le font à sa place. Il gare la voiture sur le bas-côté et entreprend de mettre en place la capote, sous le regard déçu de Nina.
« Fichu éclair ! Fichu orage ! »
Alex retourne dans la voiture. Il reste un instant là, sans démarrer, les mains sur le volant, à regarder les gouttes de pluies s’écraser sur le pare-brise. Se tournant vers Nina, il la contemple dans la douce pénombre de l’habitacle de la voiture. Il esquisse un geste tendre de sa main vers son visage. Nina se laisse faire…
Alex, dix-sept ans, enregistre en un instant et pour toute une vie le souvenir de cet instant : le visage de Nina, les courbes de Nina, l’odeur de la peau de Nina…

Buffy se réveille en sursaut. Elle met quelques instants à réaliser ce qu’elle fait là, seule dans l’obscurité, assise sur le divan du salon devant la TV. Elle fixe l’écran neigeux et écoute le bruit blanc des parasites du poste. Trouvant à tâtons la télécommande, elle éteint l’appareil, et se retrouve plongée dans le noir.
« Pas malin de m’endormir sur le divan. Pas malin de me réveiller au milieu de la nuit. »
Elle doit faire un effort pour se lever, atteindre l’escalier, et monter au premier étage. Elle appuie la paume de sa main contre la porte de sa chambre, mais elle reste dans le couloir, tous les sens en éveil.
Elle perçoit à travers le bois le petit bruit rythmé révélateur d’une grande intimité : lit qui grince et légers feulements.
Buffy pose la main sur la poignée, et, très lentement pour ne pas faire de bruit, elle entrouvre la porte.
Le son des petits cris étouffés se fait plus distinct, et elle hésite quelques secondes. Enfin, elle avance son visage vers l’ouverture : par la fenêtre, la lune éclaire l’intérieur de sa chambre presque comme en plein jour.
Buffy reste un long moment immobile, complètement fascinée par les mouvements des deux corps sur son lit.
Elle referme la porte en silence, et laisse échapper une profonde expiration.
Il y a comme une cassure et Buffy ouvre les yeux : la fin de son songe la ramène dans son lit, au pied duquel elle découvre sans vraiment de surprise Nina qui guette sa réaction.
Buffy : « J’ai vu Alex avec toi, en plein corps à corps dans ma chambre. »
Buffy s’arrête un instant et reprend d’un air outré : « …dans MA chambre ! »
Nina s’amuse franchement : « Nous nous sommes quittés il y a quelques instants. Je me suis contentée de t’ouvrir la porte d’un rêve d’Alex pour te montrer à quel point il me désire.»
Buffy ne peut s’empêcher de laisser paraître son trouble devant ce viol de l’intimité la mieux cachée d’Alex.
Nina remarque bien sa réaction : « Tu sembles choquée… Avec ton héroïsme à la Jeanne d’Arc, j’aurai dû me douter que je perturbais le cours virginal de tes rêveries, petite pucelle de Sunnydale ! »
Buffy : « Ho ! Mais je ne suis plus… »
Buffy s’interrompt brusquement, consciente d’en dire trop.
Nina la regarde en soulevant les sourcils, d’un air vivement intéressé.
Buffy : « Mais pourquoi je te parle de ça ? »
Elle se rend compte que par sa seule présence, Nina est capable de désarmer et de faire parler les personnes les plus rétives. Elle doit à tout prix résister à cette démone bien trop habile.
Buffy : « Parle-moi plutôt des types que tu séduis dans les boites branchées. Ne me dit pas que tu agis par amour du genre humain ! »
Nina : « Ne crois pas que je souhaite du mal à ces jeunes hommes. Que peuvent-ils espérer de mieux ? Ils gagnent la jeunesse éternelle et l’immortalité. Une immortalité passée en compagnie de l’être qu’ils désirent le plus au monde. »
Buffy : « Ils se font mener par leur désir. Pas de quoi aller bien loin. Mais toi, tu les emmènes trop loin ! »
Nina : « Même l’instant du ‘passage’, ils le désirent. Ils me racontent le vivre comme une ‘petite mort’, dans tous les sens du terme. »
Buffy : « Tu joues sur une fascination malsaine ! »
Nina : « Oui, ce moment de plaisir les fascine. Ils sentent confusément tout le danger qu’il y a derrière leur désir. Ils découvrent aimer ce désir, et plus ce désir comporte de risques pour eux, plus ils ont envie d’atteindre leur plaisir. »
Buffy : « De toute façon, je ne crois pas qu’Alex soit jamais allé très loin avec une fille… »
Nina, avec un sourire malicieux : « Je lui apprendrai… tout ce qu’un garçon doit savoir ! »
Un instant de silence.
Nina : « Je t’ai dévoilé tout mon mystère. »
Buffy : « Un désir sans amour : c’est le seul mystère que tu inspires. Alex est fou de désir, mais il n’y a rien d’autre. S’il connaissait ta vraie nature… »
Nina : « Regarde. »
Buffy se retrouve debout près de son propre lit. Nina et Alex sont allongés sur le côté l’un face à l’autre. Leur étreinte est terminée, et tout est calme dans la pénombre. Nina semble dormir et sa poitrine se soulève doucement. Alex est réveillé, les yeux grands ouverts et contemple Nina.
La mâchoire inférieure de Nina bouge doucement. Lentement, ces mouvements prennent de l’amplitude. Nina respire avec plus de difficulté, et son larynx a un mouvement convulsif. Brusquement sa mâchoire plonge vers le bas, exagérément vers le bas, distordant sa bouche en une grimace grotesque.
Une langue énorme sort de sa bouche et se déroule lentement, une langue bifide de serpent…
Cette langue s’étire jusqu’à atteindre la longueur du bras d’Alex. Une langue qui se tortille, comme animée d’une vie propre, alors que Nina dort toujours.
Enfin, l’appendice monstrueux se retire, reprend son emplacement dans le larynx de Nina, qui referme enfin cette terrible bouche.
Alex sourit : il n’a pas cessé de regarder Nina avec tendresse !
Le songe se dissipe et Buffy se retrouve sur son lit.
Nina n’a pas le temps de lever les yeux que Buffy s’est détendue comme un ressort, plongeant sur elle et l’attrapant aux épaules. Les deux filles basculent du lit et chutent par terre.
Buffy immobilise Nina aux poignets : « Tu ne croyais quand même pas que j’allais marcher ? »
D’une ruade puissante, Nina se débarrasse de Buffy qui roule par-dessus elle. « Tu ne croyais quand même pas m’attraper aussi facilement ? »
Se relevant, chacune regarde l’autre avec méfiance. Buffy a été surprise par la force de son adversaire.
Les deux adversaires se toisent.
Buffy : « Ta démonstration par songe interposé ne m’a pas convaincue ! »
Nina a pris un visage figé par la tension : « J’ai besoin d’Alex. Laisse-le choisir sa voie. »
Buffy : « Une amie t’a comparée à un serpent. Ta langue est-elle aussi venimeuse que les visions que tu projettes ? »
Nina se contente de sourire, et recule doucement vers la fenêtre : « Tu verras demain… Fait de beaux rêves ma petite. »
Lorsque Nina, plus tard, repensera à cette scène, elle ne comprendra toujours pas comment Buffy a pu faire.
Un simple battement de cils, c’est tout ce que Nina s’était autorisée.
Un simple battement de cils et elle s’est retrouvée bousculée, projetée en arrière, une main de Buffy lui broyant la gorge, alors qu’elle l’immobilisait sous ses jambes.
Et Buffy, triomphante, lui lançant : « Aucun serpent n’est aussi rapide qu’une tueuse ! »
Agrippant Buffy à la ceinture pour la déséquilibrer d’un mouvement sec, Nina se dégage et se précipite vers la fenêtre pour l’enjamber prestement. Elle se glisse au-dehors et disparaît dans la nuit.
Buffy se penche par la fenêtre et observe songeuse la lune énorme qui éclaire la nuit.
« Nina sème pendant la nuit. Elle compte bien récolter durant le jour. Prend garde à toi, Alex ! »

 

Buffy est profondément troublée lorsqu’elle émerge de son sommeil. Elle met un moment à comprendre ce qu’elle fait assise en pyjama bleu sale trop ample sur un fauteuil métallique couvert de plastique gris. Elle regarde autour d’elle d’un air ébahi : elle se trouve dans une chambre propre mais d’apparence très austère, et même franchement clinique.
Elle est surprise de constater qu’elle partage cette chambre avec une espèce de femme bagnard, qui la considère avec stupéfaction.
En y regardant à deux fois, elle s’aperçoit avec horreur que la bagnarde n’est autre que son reflet dans un miroir !
Buffy se lève et s’approche du miroir pour s’examiner de plus prés. Ses cheveux sont coupés très courts, comme un vrai militaire. Ses traits se sont accusés et ses pommettes sont saillantes, signe qu’elle a considérablement maigri. Ses traits sont tirés, et elle a de profondes cernes sous ses yeux injectés de sang.
Buffy, choquée par ses métamorphoses, regagne son fauteuil. Comme elle s’assoit, la porte s’ouvre d’un coup. Buffy note qu’il n’y a pas de serrure : n’importe qui peut entrer à tout moment et l’infirmière qui vient de faire irruption ne s’est pas donnée la peine de frapper.
Buffy a un mouvement de panique en apercevant l’uniforme de l’infirmière, mais elle arrive à se maîtriser. Depuis la mort de sa cousine Celia, elle est phobique des hôpitaux.
« Vous pouvez entrer » dit l’infirmière qui s’efface, alors que la mère de Buffy entre dans la pièce.
Joyce : « Ma petite fille… Comment te sens-tu ? »
Buffy : « Je… Je suis malade ? »
Joyce désigne d’un air las le tas de médicaments sur la table de chevet : « Tu progresses, mais il faut bien suivre ton traitement pour vaincre ta schizophrénie… »
Cherchant à reprendre ses esprits, Buffy demande à sa mère : « Comment suis-je arrivée ici ? »
Joyce : « Heureusement, Ted s’est occupé de tout… Depuis le début de tes crises, jusqu’à ton internement… Il a été merveilleux… »
Buffy : « Ted ? Ton petit copain ? Mais je l’ai déjà tué deux fois ! »
Buffy s’interrompt en voyant la déception se peindre sur le visage de sa mère.
Joyce : « Je voudrais tant que tu ailles mieux… Si seulement tu pouvais être calme lorsqu’il arrivera… »
Buffy remarque alors le ventre rebondi de sa mère : « C’est… C’est un … ? ? ? »
Joyce : « C’est le fils de Ted. Ton petit frère naîtra dans quelques mois…. ». Un sourire éclaire le visage de Joyce à cette pensée : « Je vais enfin reformer une vraie famille… Je suis si heureuse à cette idée.. J’espère que tu ne nous gêneras pas trop ! »
Sans transition, Buffy se retrouve dans sa chambre… Sa vraie chambre… Elle bondit sur ses pieds et se retrouve debout sur son lit dans l’obscurité. Faisant le geste d’étrangler quelqu’un dans le noir, elle crache : « Nina ! ! ! Quand j’en aurai fini avec toi, ta propre mère ne pourra pas te reconnaître ! »

 

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