Pensées Délétères : Chapitre 16

Andrew avançait doucement dans la pénombre, sifflotant un air qui se voulait joyeux pour masquer sa frayeur face à ce couloir ruisselant et oppressant. Cette solitude le terrorisait, il avait toujours préféré obéir aux ordres, faire parti d’un groupe plutôt que d’être son propre chef, se dégageant ainsi de toutes responsabilités quant à ses actes qu’il mystifiait alors en une sorte de conte qu’il se racontait.

Et pour la première fois, il se retrouvait seul et il allait devoir réussir à mener seul ce combat, n’obéissant qu’à lui-même et prenant seul ses décisions et ses choix.

*Tu te souviens de Katrina, Andrew ?*

Andrew, le front en sueur, s’approcha prudemment de la porte qui se présentait devant lui et posa sa main sur la poignée. La porte s’ouvrit sur le sous-sol, ancien repaire du trio. Un bras se posa autour de ses épaules et il n’eut pas le temps de sursauter qu’il reconnut son frère.

« Franchement Andy pour ton premier meurtre, je m’attendais à mieux… Je ne t’ai pas appris à invoquer des démons pour que cette fille meure si proprement… » débita Tucker en montrant Katrina se disputant avec Warren.

« C’est un viol ! » hurla-t-elle.

A ces mots, Andrew ferma les yeux, se disant que ce n’était pas de sa faute, se trouvant des excuses comme par le passé. Mais il avait changé et il fallait qu’il apprenne à affronter la chose qu’il fuyait depuis toujours: la vérité. Il se décida alors à rouvrir les yeux et lorsqu’il le fit, il se retrouva en train de revivre la scène du meurtre de Katrina.

« Arrêtez-la ! » ordonna Warren.

L’ordre avait été donné, il était son second, Warren était son guide, son mentor et il ne voyait plus que cela, il devait lui obéir, ne pas se retrouver seul. Il essaya donc de retenir Katrina, ses sensations passées se mêlant à sa confusion présente.

« Ce n’est pas réel. » murmura-t-il alors qu’il empoignait Katrina.

Mais la douleur du coup de coude qu’il reçut était bien là, il ressentit la même douleur que par le passé. Il vivait un cauchemar dont il connaissait déjà l’issue et pourtant il ne pourrait rien y changer. Il ferma une fois de plus les yeux pour se convaincre de la supercherie en espérant de toutes ses forces ne pas revivre la suite.

*Voyons Andrew… Tu as fait ça pour le pouvoir, la gloire, regarde où ça t’as mené…*

Andrew ouvrit ses yeux sur des mains ensanglantées, le corps de Katrina allongé devant lui, du sang s’écoulant à l’arrière de la tête. Une vison morbide de ce corps qui ne lui était jamais apparue auparavant que comme l’image d’un personnage dont la destinée s’achevait devant lui. La panique prit le dessus et il mit un certain temps avant de réaliser que ces mains lui appartenaient. Le sang de Katrina le brûlait, du bout des doigts jusqu’aux entrailles et il ne pouvait se résoudre à regarder ce liquide chaud et visqueux qui s’insinuait dans sa peau sans avoir une furieuse envie de vomir. Il était souillé et le corps de la femme qu’il avait contribué à tuer le dévisageait d’un regard vide… Il ne supportait pas cette vision, l’affront de cette accusatrice sans vie qui lui rappelait à la réalité de son acte, lui qui ne vivait que dans le fictif, et maintenant, ce regard était à jamais gravé dans son esprit.

Les larmes coulaient le long de ses joues sans discontinuer. Il ne s’était jamais senti aussi seul et il voulait désespérément fuir cet enfer.

« Y a-t-il quelque chose… que tu peux invoquer… qui la dévorerait ? » demanda Warren à Andrew, répétant inévitablement la scène qu’il avait déjà vécue.

« Ce n’est plus moi ! J’ai changé ! » cria Andrew.

« Tu ne changes pas Andrew ! Tu es toujours aussi influençable… Seul ton modèle change… » affirma Tucker qui apparut de nouveau derrière lui.

« C’est faux, je suis avec les gentils maintenant ! » se défendit le jeune homme qui n’en pouvait plus.

« Arrête Andrew ! Ca a commencé avec moi, je t’ai appris à invoquer les démons et je te signale que c’est à cause de ta nouvelle copine qu’on a été séparés ! Ensuite tu as fait confiance et tu t’es laissé porter par Warren… Même mort, il t’influençait encore et puis tu t’es fait arrêté par Buffy et sa bande et d’un coup tu deviens gentil ! Mais on sait tous les deux qu’il n’y a que moi qui t’ai toujours considéré, les autres ne font que t’utiliser… »

Tandis que Tucker continuait son sermon, Andrew aperçut une porte devant lui et s’y précipita, espérant ainsi échapper à l’image de lui-même que lui renvoyait si justement son frère.

Un nouveau couloir se présentait à lui et il y trouva un peu de répit malgré son aspect peu accueillant. Malheureusement, il savait qu’il ne pouvait pas s’y réfugier indéfiniment et se dirigea à contrecœur vers une nouvelle porte. Il se retrouva dans un autre sous-sol qui lui était plus que familier.

*Tu te souviens de Jonathan, Andrew ?*

« Non, non, non, non, non… » paniqua le jeune homme.

*C’était ton ami… comme le sont Buffy et ses amis…*

Il se retrouva au milieu du sceau de Danzaltar, une pelle à la main, de la terre sous les ongles, respirant la poussière qui se dégageait de ce cercle maléfique tandis que lui et Jonathan le découvrait.

« Allez Andrew, nous allons tous les trois devenir des dieux, tu lui rendras service en lui enfonçant ce poignard dans le ventre ! Son sang nourrira le sceau et il s’élèvera à un autre niveau, se débarrassant de son cloisonnement terrestre… » prêcha Warren qui se tenait près du sceau.

Andrew se voyait une fois de plus prendre le poignard. Il savait que ce qu’il faisait n’était pas juste, que les mots que Warren prononçait n’étaient que mensonges et fausses promesses, mais il allait quand même le faire, poussé par une faiblesse qui lui était propre, son influençabilité, ce besoin de plaire à ce qu’il reconnaissait comme sa figure autoritaire.

Pourtant Jonathan était bien son ami et il l’avait tué. Il avait une fois de plus ramené les événements les plus tragiques de sa vie en une histoire fictive qu’il modulait à sa convenance suivant les mêmes schémas que les fictions qu’il affectionnait, lui permettant de se défaire de la culpabilité et du poids de la réflexion qu’entraînaient ses actes.

Mais aujourd’hui, sa rencontre avec les Scoobys lui avait fait comprendre que ses actes n’étaient pas sans conséquences, il avait réalisé toute la portée du meurtre de Jonathan et il allait revivre ce moment de la façon la plus douloureuse qui soit: en toute conscience.

« Je ne veux pas ! Laissez-moi tranquille… » plaida-t-il désespérément.

« Tu ne peux pas me laisser tomber Andrew ! Tu vas entrer dans l’Histoire… » continua Warren alors qu’Andrew avançait vers Jonathan qui fermait son sac.

« Andrew ! Tu es fait pour ça… et c’est trop tard, tu l’as déjà fait, on ne change pas le passé. » déclara Warren, un sourire sadique sur les lèvres, alors qu’Andrew avançait inévitablement vers Jonathan.

Il posa une main qui ne répondait même plus à sa volonté sur l’épaule de Jonathan et des larmes amères lui sillonnèrent le visage. Son ami se retourna et tout se précipita devant ses yeux dans une douleur interminable. Le regard naïf de Jonathan se posa sur lui puis il vit enfin la silhouette de Warren derrière Andrew, comprenant en une fraction de seconde que son destin s’achevait ici et de par la main de celui qu’il considérait comme son ami. Ses yeux se posèrent alors sur Andrew et le regard que le jeune homme blond capta lui déchira le cœur d’une façon qu’il n’aurait jamais pu concevoir. L’incrédulité de son regard était amplifiée par la déception et l’angoisse qu’Andrew ressentit finalement à travers Jonathan. Tout était si réel, si palpable, la douleur elle-même semblait tangible et Andrew était accablé par cette réalité, cette culpabilité et la fatalité de ce meurtre. Tandis que Jonathan s’écroulait devant lui, laissant échapper toute vie de son corps, la peur de la mort qu’il avait ressentie résonnait à travers Andrew qui se retrouvait une fois encore avec la main en sang, incapable de bouger. L’odeur de tout ce sang qui imprégnait le sceau lui agressait les narines, cette odeur métallique accompagnerait à jamais ce sentiment de haine qu’il nourrissait contre lui-même. Il avait tué son meilleur ami et il ne se leurrait plus, il n’avait aucune excuse.

*Tu ressens sa souffrance n’est-ce pas ? Ca t’était si facile pourtant de la lui infliger… Et tu te disais son ami, il avait confiance et tu l’as trahi… Quel genre de personne ça fait de toi ?*

Andrew avait de plus en plus de mal à respirer, il était oppressé, la culpabilité le rongeait et il n’arrivait pas à concevoir comment il pourrait vivre avec toute cette souffrance, toute cette solitude.

« Je suis désolé. » pleura-t-il en se laissant tomber près de Jonathan.

Mais dès que ses genoux touchèrent terre, il se retrouva à nouveau dans un couloir et une nouvelle porte l’attendait.

 


Même couloir, différent protagoniste.

Hum, pas très accueillant ce couloir ! pensa Willow.

La sorcière posa sa main sur une des parois du couloir et grimaça au contact tactile très déplaisant, mêlant viscosité de l’eau et boursouflures de la pierre.

Evidemment, pas de magie ici…

Elle se dirigea alors vers l’unique issue: une porte à l’aspect rustique.

*Tu te souviens de Rack ?*

Le visage de Willow se fit plus grave et elle essaya de se préparer à ce qu’elle allait découvrir. Elle franchit le pas et se retrouva dans le repaire de Rack. L’endroit était vide et pourtant l’ambiance y était inchangée, c’était un lieu de débauche où les pires créatures comme les plus expérimentés des sorciers venaient se perdre pour un shoot magique.

« Toujours accro à ce que je vois ! » lança une voix familière derrière elle.

« Amy ! Bizarrement je ne suis pas étonnée de te trouver ici ! Tu ne changeras donc jamais ? » répondit Willow.

« Parce que tu crois avoir changé ? » se moqua la sorcière brune.

« J’ai changé ! » se défendit la sorcière rousse.

« Vraiment ?! » ironisa l’ancien rongeur.

Pendant quelques secondes, Willow se retrouva collée au plafond, galvanisée par la magie, coupée du monde qui l’entourait comme elle l’avait été par le passé avec Rack. Et lorsqu’elle se retrouva de nouveau aux côtés d’Amy, elle avait le souffle court et tenait à peine sur ses jambes.

« Allons Willow ! Nous savons toutes les deux que tu y prends toujours autant de plaisir… Tu n’as pas changé ! » continua Amy.

La sorcière rousse ne pouvait pas nier le plaisir qu’elle avait pris et même si elle savait qu’elle ne pouvait pas se servir de ses pouvoirs en ces lieux, elle ressentait bel et bien qu’elle était près de la perte de contrôle, elle sentait pertinemment que son corps lui en réclamait davantage. Elle avait soif de ce pouvoir qui la consumait, mais qui lui apportait un plaisir extatique, une perversion dégradante qui l’avait rendue si facilement dépendante.

« Je n’aurai jamais de contrôle sur la magie noire, mais je sais ne pas l’utiliser comme je sais que la magie n’est pas que mauvaise et impure… » articula péniblement Willow.

« Hum… Et je vois que tu as encore l’illusion d’avoir acquis une quelconque force de caractère… Tu ne trouves pas que ça sent la fraise mûre ? » sourit l’autre sorcière.

En une fraction de seconde, la scène changea. Willow fut envahie par une horde d’émotions qui ne lui étaient que trop familières et qu’elle aurait préféré oublier à jamais. Elle tenait Rack à bout de bras et le drainait de son énergie et de sa magie.

Sa haine, sa colère, sa douleur, étaient précipitées dans un tourbillon dévastateur que la magie noire et impure qu’elle puisait de Rack exaltait à leur maximum.

Mais la situation était différente de celle du passé. Tout ce qu’elle ressentait était réel, mais elle continuait à garder le contrôle, réalisant alors qu’elle vidait le sorcier de son essence vitale, lui aspirant la vie dans une souffrance des plus vives.

*Vois-tu Willow, tu es si douée… Je sais aussi bien que toi que ses organes sont en train de bouillir… que tu lui infliges de longues coupures… que tu déchires ses muscles… et tu en retires une satisfaction immense ! Tu es le pouvoir et tu aimes ça !*

« Non, je ne veux plus ! » se défendit Willow qui tentait désespérément de stopper ses actes.

*Laisse-toi envahir… Tu sais comme tu as aimé ça, comme le pouvoir te rend si supérieure… Tu n’es rien sans lui…*

Une partie d’elle le croyait si fort. Malgré toutes ses réticences et tout son désespoir face à ce meurtre, elle continuait de frémir de plaisir, le pouvoir l’enivrait toujours autant. Mais ce qu’elle ressentait était aussi horrible. Elle le tuait et ressentait sa souffrance dans les moindres détails, elle était connectée et la souffrance était ce qui avait nourri la haine de DarkWillow. Le malheur l’avait envahie et dès lors, elle avait fait souffrir ses opposants, poussant le vice jusqu’à ressentir ce qu’ils ressentaient comme pour s’assurer du mal qu’elle leur faisait. Et maintenant qu’elle avait dépassé tout cela, ce malheur ne nourrissait plus que sa culpabilité, diminuant Willow chaque seconde un peu plus, l’enfonçant dans une méprise d’elle-même de plus en plus forte. Elle était bouleversée, déchirée entre ses sensations présentes et passées, incapable de se défaire de l’emprise que le démon avait sur elle.

Sa délivrance arriva en un hurlement désespéré qui prit vie à l’instant où la mort eut raison du corps pantelant de Rack. Epuisée par cette vague de sentiments, Willow défaillit, mais elle parvint à rassembler ses forces pour atteindre la porte qui venait de se former.

Elle arpenta le couloir et son sentiment de dépendance s’atténua jusqu’à disparaître. Mais en apercevant une autre porte, elle sut que ce qui l’attendait derrière serait pire.

*Tu te souviens de Warren ?*

La sorcière prit quelques secondes afin de se motiver, pensant à ce qu’elle avait accompli cette année, pensant à Kennedy, pensant à l’importance de sa réussite. Elle décida alors d’accepter cette nouvelle épreuve comme punition pour ses actes passés et franchit la porte.

Elle se retrouva dans la forêt de Sunnydale, Warren devant elle, attaché par des racines et des branches d’arbres, à sa totale merci.

Son regard se posa sur sa main et elle vit alors léviter la balle qu’elle avait retirée du corps de Buffy. L’ironie macabre de la situation n’avait pas échappé à Warren, cette balle provenait du revolver qui avait tué Tara et maintenant cette balle allait le tuer lui.

« Tu veux savoir l’effet que fait une balle ?… » s’entendit-elle prononcer à son prisonnier.

Elle avait presque oublié l’intensité de sa fureur à ce moment-là, la lucidité malveillante dont elle avait fait preuve et ce sentiment obsessionnel de vengeance qui avait guidé chacun de ses mouvements. Elle ressentait à nouveau ce pouvoir malsain coulant dans ses veines, envahissant chacune de ses cellules, transformant son intellect en une arme machiavélique qui élaborait les plans les plus vicieux. Elle dirigeait cette balle, la guidant dans un flottement aérien jusqu’à la poitrine de Warren, la pénétrant en une brûlure vive qui se transformait lentement en une agonie incandescente.

*Tu ressens cette puissance… Ce pouvoir est tien…*

« Non ! Je ne veux pas ! » cria Willow alors que les lèvres de Warren se scellèrent d’un simple geste de sa main.

La balle continuait de s’engouffrer plus loin dans sa chair, le brûlant, déchiquetant ses tissus, faisant vivre la douleur alors que Willow s’entendait prononcer son discours sadique, consciente de la moindre sensation qu’elle provoquait.

*Tu fais preuve d’un tel talent… Tu pourrais accomplir de grandes choses…*

« Je ne suis plus maléfique ! » se défendit la sorcière.

*Vraiment ?!*

« Pitié, arrête ! » hurla Warren qui priait pour son salut.

*Tu as poussé la perversion jusqu’à lui faire croire que ses excuses pouvaient t’atteindre, lui laissant la pire chose qui soit : l’espoir…*

« Ce n’est plus moi ! » pleura Willow.

*Ce sera toujours toi, une partie de toi…*

« Willow ! » cria Buffy.

La scène continuait de se dérouler sous les yeux remplis de larmes de Willow et dans un bruit de déchirement, Warren fut dépecé brutalement, mettant ainsi fin à son agonie d’une façon abominable.

L’odeur qui accompagnait cette horreur agressa les narines de Willow, provoquant immédiatement une furieuse envie de vomir. Elle avait une fois de plus donné la mort et ce spectacle visuel et odorant marquerait à jamais son esprit, la putréfaction de cette chair, gravée à jamais dans sa mémoire. La mort résonnait en elle et tout son corps appelait désespérément à l’aide.

*Magnifique vois-tu ! La mort est un art et il n’existe que très peu de ses artistes… Mais toi tu as un talent inné… Tu appelles la mort de tout ton être, tu lui donnes vie, glorifiant sa grandeur !*

Warren disparut, brûlant par la volonté d’une Willow sombre, cédant sa place à une nouvelle porte. Willow, dont la force de caractère faiblissait au fur et à mesure, ouvrit la porte et s’engouffra le long du couloir jusqu’à la porte suivante.

*Tu te souviens de Tara ?*

Willow comprit alors qu’elle allait revivre le pire moment de toute sa vie, celui qui l’avait fait basculer du mauvais côté, celui qui hantait la majorité de ses nuits. Mais elle savait qu’il ne fallait pas qu’elle craque et cède à nouveau à sa folie meurtrière.

La scène se matérialisa et elle se retrouva dans la chambre qu’elle avait occupée toute une année avec Tara, celle qui avait vu le plus tragique des événements arriver.

« Tara ?! » lança doucement la sorcière rousse dont l’émotion transparaissait dans la voix.

Elle se trouvait devant elle, rayonnante, lumineuse, elle lui souriait et par cette belle journée, la perfection semblait régner en maître d’œuvre. Pourtant son sourire, qui d’habitude lui réchauffait le cœur, était à présent un signe dérisoire et précurseur de la fatalité qui allait la frapper d’ici quelques minutes. Il était presque insupportable à Willow de recevoir ce sourire, si doux mais réveillant une tristesse des plus ardentes. Cette radieuse image, parfait instant reflet de son bonheur passé, au moment même où il allait lui échapper, était une ode à la provocation et à l’angoisse.

Ayant ouvert déjà deux portes, elle savait qu’elle ne pourrait rien y changer, et un désespoir brutal s’empara d’elle, lui déchirant le cœur, lui coupant la respiration et des larmes, les plus amères qu’elle avait jamais eues, lui sillonnèrent le visage. Et plus la scène avançait, plus la panique s’intensifiait. Malgré toutes les supplications qu’elle faisait, toutes les demandes qui auraient permis à Tara de s’éloigner de la fenêtre, la sorcière blonde restait sourde à ses appels, jusqu’au moment fatidique, où dans un bruit de bris de glace, son sourire s’effaça à jamais. Elle connaissait les moindres détails de cette scène pour l’avoir vécue et revécue tous les jours depuis, mais l’éclaboussure de sang qu’elle reçut la fit tout de même sursauter. Elle vit la vie s’échapper de son âme sœur et elle restait impuissante. Une odeur ferreuse réveilla alors son envie de vengeance et la scène se figea à cet instant.

*Tout ce pouvoir et tu n’arrives pas à la sauver…*

« La ferme ! » hurla Willow dont le souffle court accompagnait des larmes rapides.

« Sauve-moi, je t’en prie Willow ! » supplia Tara.

Le cœur de Willow se serra si fort qu’il arrêta de battre quelques secondes. Seule la bouche de sa compagne avait bougé, ses yeux reflétant toujours la mort.

*Tu as un tel potentiel et dans ce royaume je peux rendre tous tes rêves réels… Y compris Tara !*

Une main se posa alors sur la joue de Willow qui sursauta et vit Tara devant elle, souriante à nouveau. Elle s’approcha tendrement pour déposer un baiser sur les lèvres de la sorcière rousse qui ne bougeait pas. Elle était troublée par les sensations si réelles, tout y était, du toucher soyeux de Tara à son parfum enivrant, son regard si doux et sa chaleur réconfortante.

Le seul geste qu’elle réussit à faire fut de fermer les yeux pour recevoir le baiser. Mais rien ne se passa. Elle ouvrit les yeux et Tara était allongée devant elle, sans sourire, sans vie. Son cœur fut une fois encore malmené, vidé brutalement.

*Aide-moi, et tu auras ce que tu désires, tes pouvoirs te seront même restitués au sein de ma demeure…*

« Je ne trahirai jamais mes amis! » rétorqua Willow

*Tu l’as déjà fait pourtant…*

« C’est du passé ! »

*Oui et tes amis te sont si loyaux…*

Une autre porte apparut et Willow la franchit sans réfléchir, en découvrant rapidement une autre.

« Ca ne finira donc jamais ! Je ne me laisserai pas prendre à votre petit jeu ! » s’impatienta la sorcière.

*Tu me répéteras ça après avoir franchi cette porte et vu combien tes amies tiennent à toi…*

Willow, résignée, passa la porte. Elle se retrouva à Cleveland, devant le bus, garé à l’entrée du manoir. Elle voyait les filles descendre du bus une à une. Elles rentraient de leur soirée en ville, mais deux des filles restèrent à l’intérieur : Kennedy et Faith.

Elle savait ce qui se passait à l’intérieur de ce bus, que Faith et Kennedy couchaient ensemble, la trahissant, faisant renaître ses anciennes craintes et brisant son cœur de façon brutale et injuste. Elle ne voulait pas voir cela, elle refusait même de se l’imaginer mais mue par une curiosité masochiste, par le besoin de savoir, le besoin de passer à autre chose et parce que les trois dernières portes l’avaient ébranlée plus qu’elle ne croyait, elle monta dans le bus. Guidée par des soupirs et des gémissements obscènes à ses oreilles, elle s’avança vers l’arrière du bus, découvrant avec stupeur les deux femmes enlacées, se donnant frénétiquement du plaisir, ne se quittant pas d’un regard puissant et intense. Elles se caressaient devant elle et elle pouvait presque sentir les vagues de plaisir les envahir. Faith et Kennedy se ressemblaient tellement à cet instant que Willow en eut la nausée. La violence de l’acte et le désir qui les enveloppaient les transportaient vers un lieu de débauche que la sorcière rejetait plus que tout à cet instant. Cette vision d’horreur, cette complicité intime, exacerbaient une colère qu’elle ne voulait surtout pas voir ressortir et quand la jouissance transporta les deux femmes, Willow s’enfuit vers la sortie du bus, refusant d’assister à cette provocation suprême.

Elle descendit bouleversée et se retrouva aussitôt dans un bâtiment qui lui était inconnu.

« Vous croyez que je vais me retourner contre elles parce que vous avez mis des images sur leur infidélité ?! Vous vous trompez, je savais ce qu’il en était ! » s’énerva la sorcière.

*Vraiment ?! Regarde de plus près…*

Deux voix féminines s’élevèrent sans que Willow ne puisse distinguer ce qui se disait. Elle s’approcha prudemment et vit Faith et Kennedy l’une en face de l’autre, une étincelle de désir dans le regard…

« Ca, tu veux dire, K ? »

Les paroles de Faith furent accompagnées de son geste lubrique. Willow venait de voir Faith poser la main sur l’entrejambe de Kennedy et pire encore, elle avait vu Kennedy en frissonner de désir.

La tourmente dans laquelle fut plongée Willow fut aussi précipitée que l’avidité des deux jeunes femmes à se caresser. La sorcière ne pouvait pas détacher son regard de cette nouvelle trahison qui se déroulait devant elle, l’obscénité de leur plaisir, la fièvre de leur désir les enveloppaient d’une luxure malsaine que Willow percevait parfaitement.

Ce spectacle horrifiant de la femme qu’elle aimait s’abandonnant égoïstement au plaisir avec la femme qui incarnait ses peurs passées fit monter en elle une rage immense. Elle se sentit trahie, abusée, salie et une fureur désespérée l’envahit.

Mais Willow savait qu’elle n’était pas dans son monde et un dernier espoir de ne pas céder au démon vit le jour dans un démenti qu’elle savait faux.

« Ce n’est pas réel ! Ceci ne s’est jamais passé ! » cria-t-elle.

*Si, ça c’est passé, tu le sais, tu le sens… c’est tout aussi réel que la rage que tu ressens…*

Elle n’en pouvait plus. Tous ces sentiments l’avaient mise à vif, sa motivation n’avait plus de raison d’être, et les cris de jouissance qui mirent fin aux caresses effrénées des deux Tueuses, achevèrent la volonté de Willow dont les cheveux noircirent. Une porte apparut…

 

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