Pensées Délétères : Chapitre 7

L’entraînement terminé, les Tueuses s’étaient dispersées, certaines allant prendre une douche, d’autres bavardant ou se désaltérant. Faith, l’air sombre, avait rangé les armes dont elles s’étaient servi, puis était rentrée au manoir. Elle buvait une bière, un peu à l’écart du reste des Tueuses qui s’étaient réunies et discutaient.

« Bon, les filles, qu’est-ce que vous diriez d’aller en ville et de se trouver une boîte sympa, histoire de se changer les idées ? » dit-elle finalement en avalant sa dernière gorgée de bière.

Un tonnerre d’exclamations enthousiastes accueillit cette proposition.

« Les filles ? » s’exclama Andrew quand il put se faire entendre. « Et nous ? »

« Désolée, Loserman, mais c’est une soirée entre filles. Vous n’êtes pas invités. » répondit Faith en s’adressant à Andrew, Wood et Alex.

Alex, l’air sombre, avachi dans un fauteuil, lui jeta un œil méprisant.

« De toutes façons, je n’avais pas l’intention de vous suivre. » dit-il.

« Shella, tu dois bien connaître quelques lieux chauds ? » reprit la Tueuse brune, qui ignora la remarque.

Shella lui lança un regard noir. Elle n’avait pas apprécié de se faire humilier devant toutes les autres et n’acceptait toujours pas son autorité.

« C’est possible… » concéda-t-elle après un moment.

« Alors, c’est parti ! Je prends les clés du bus et je vous rejoins. » conclut Faith en se levant.

Faith chercha Giles et le trouva dans la cuisine, en train de se préparer un thé, en compagnie de Buffy.

« Ah, Giles, je peux vous emprunter les clés du bus, les filles et moi allons à Denver faire une virée. »

« Faith, est-ce bien raisonnable ? La dernière fois, je n’ai rien dit car vous aviez besoin de prendre l’air, mais c’était très risqué… Tu ne devrais pas te montrer, la police est à tes trousses, tu le sais. » répondit l’Observateur.

« Je vous promets qu’on sera prudentes. Et puis, si jamais les flics rappliquaient, je m’arrangerais pour m’échapper sans les mêler à ça. »

« Ah oui ? Et tu comptes faire comment ? C’est stupide, Faith. » commenta Buffy.

« Je sais, B., tout ce que je fais est toujours stupide et inconsidéré à tes yeux. Je suis sûre que ça te ferait plaisir de me voir retourner en prison ! »

Faith prit les clés sur la table et tourna les talons. Sur le chemin, elle croisa Kennedy, les yeux rougis.

« Eh K ! Ca n’a pas l’air d’aller… Viens avec nous, on va changer d’air. On va faire un tour à Denver. »

Kennedy n’eut pas le temps de protester. Faith avait pris son bras et l’entraînait à sa suite. Les autres filles étaient déjà montées dans le bus et attendaient. Faith s’assit sur le siège conducteur et mit le contact. Au moment où elle allait démarrer, Buffy apparut à la porte. Faith l’ouvrit.

« Attendez, je viens avec vous ! » lança Buffy.

« Pour quoi faire ? Pour nous surveiller ? Comme toujours, tu n’as pas confiance en moi ! » cracha Faith.

Sans laisser l’occasion à la Tueuse blonde de répondre, elle referma la porte du bus et démarra en trombe, faisant crisser les pneus sur les graviers de l’allée.

Les mains crispées sur le volant, elle continua à rouler très vite, les yeux fixés sur la route. En réalité, elle ne voyait que Buffy, son regard suspicieux et désapprobateur, ses paroles blessantes. Elle avait l’impression de se retrouver quelques années en arrière, que rien n’avait changé, qu’elle devrait toujours faire ses preuves, toujours se justifier.

Une main vint se poser sur son épaule.

« Elle est loin maintenant… Tu peux ralentir. » lui dit Kennedy d’une voix apaisante.

Faith se retourna et croisa le regard complice de l’autre Tueuse qui lui souriait. Elle se détendit et leva le pied.

« C’est difficile d’entrer dans leur monde, hein ? » reprit Kennedy après un long moment pendant lequel les deux femmes restèrent silencieuses.

Ce n’était pas vraiment une question, Faith le savait. Derrière cette phrase, elle devinait le désarroi de Kennedy face à Willow, mais aussi la reconnaissance de sa propre difficulté à se faire accepter par le Scooby Gang, et surtout par Buffy. Faith se demanda si Kennedy avait sous-entendu autre chose.

Le groupe arriva à Denver sans encombres. Elles testèrent plusieurs bars, puis, la nuit tombée, se dirigèrent vers un club indiqué par Shella. Quand Kennedy et Faith s’installèrent sur les banquettes de la discothèque, elles étaient déjà passablement éméchées, mais l’alcool les avaient rendues de meilleure humeur. Au bout de quelques minutes, Faith se lança sur la piste de danse, et comme toujours, tous les regards se tournèrent vers la Tueuse brune, puis des hommes se mirent à danser autour d’elle, attirés par son corps, sa lascivité, sa provocation permanente. Certaines Tueuses la rejoignirent, d’autres restèrent assises, tantôt admiratives, tantôt jalouses. Kennedy avait reposé son verre et regardait, fascinée, le corps de Faith onduler au rythme de la musique, ses cheveux tombant en cascades sur ses épaules nues, son regard ténébreux toujours troublé, toujours troublant.

*Imagine-la lorsque tu feras rouler ton piercing entre ses cuisses…*

A cette pensée, Kennedy, qui jouait nerveusement avec le piercing de sa langue, le faisant rouler sur son palais, sentit monter le désir en elle. Elle s’agita sur son siège et but une gorgée de son cocktail, tellement absorbée par le spectacle qu’elle n’entendait pas les commentaires désobligeants de la table voisine.

« Regardez-la, une vraie traînée ! » lança Shella d’un air dégoûté.

Faith faisait vaguement semblant de s’intéresser à la nuée de danseurs qui s’étaient agglutinés autour d’elle. En réalité, elle ne pensait qu’à Buffy. Et à sa désillusion. Elle ne comprenait pas comment elle avait pu se méprendre à ce point sur les sentiments de la Tueuse blonde à son égard. Dans le bus, juste après leur départ de Sunnydale, elle semblait pourtant apaisée, prête à considérer leur relation sous un nouveau jour, à lui faire à nouveau confiance. A ne plus la détester. Et puis, à présent, elle sentait la méfiance, l’animosité.

Elle secoua la tête. Il fallait qu’elle essaye de penser à autre chose, qu’elle se détende, qu’elle oublie au moins pour un moment.

*Tu connais plein de moyens agréables pour te détendre…*

Oui, pensa Faith, l’alcool et le sexe… et retour à la case départ…

Elle se tourna en direction de sa table et vit que Kennedy l’observait. Quelque chose frappa Faith. L’autre Tueuse la regardait comme un homme. Elle connaissait par cœur ce genre de regard, empreint de désir, de séduction, de tentation. C’était ce même regard qu’avaient tous ces hommes insignifiants autour d’elle. C’était ce même regard qu’elle-même portait sur Buffy.

*Et Kennedy est si sexy…*

Faith sourit à l’autre femme qui ne la quittait pas des yeux. Des yeux emplis d’envie dévorante. De l’autre côté, Kennedy lui rendit son sourire.

Finalement, Faith quitta la piste et vint la rejoindre.

« Wow, tu viens de briser des cœurs ! » lança Kennedy.

Faith jeta un œil méprisant sur les danseurs puis fixa ostensiblement la Tueuse brune.

« Ce n’est pas eux qui m’intéressent… »

Kennedy baissa la tête, gênée.

« C’est Wood ? » demanda-t-elle sur un ton faussement innocent.

« Wood !? Non, c’était juste pour expulser la pression d’avant le combat ! »

« C’est elle ? » souffla Kennedy.

« Hein ?! »

« C’est Buffy, n’est-ce pas ? »

Faith regarda Kennedy un long moment, puis alluma une cigarette.

« Pourquoi dis-tu ça ? »

« Je ne suis pas stupide, Faith. Je suis lesbienne, et je suis capable d’interpréter certains regards… » répondit Kennedy avec un sourire complice.

Faith souffla la fumée de sa cigarette tout en faisant semblant d’étudier les danseurs.

« Willow le sait ? » demanda-t-elle finalement.

« Je ne sais pas… peut-être… En tous cas, je ne lui ai rien dit. »

« Je préférerais que tu gardes ça pour toi… »

« Que s’est-il passé entre vous toutes ces années, Faith ? Tu l’aimes depuis longtemps, n’est-ce pas ? »

Brusquement, Faith attrapa la cuisse de Kennedy sous la table, la serra, puis remonta sa main jusqu’à son entrejambe.

« Ecoute, K. » souffla-t-elle en se penchant en avant pour que personne ne les entende. « Je crois que pour l’instant je n’ai pas envie de parler de Buffy, et je crois que tu n’as pas envie de parler de Red non plus… »

« Non, en… en effet… » réussit-elle à articuler alors que la pression de la main de Faith se faisait plus précise.

Faith retira sa main précipitamment. Vi venait de s’approcher de leur table.

« Eh, Faith, on aimerait bien rentrer maintenant, on est toutes un peu fatiguées avec l’entraînement et tout ça… »

« OK. On y va. »

Faith se leva immédiatement, enfila son blouson en cuir, et donna le signal du départ.

 


Faith ayant beaucoup trop abusé de l’alcool, elle avait confié les clés du bus à Shella qui était restée sobre et était une des rares à savoir conduire ce type de véhicule. Faith et Kennedy s’étaient installées sur la dernière banquette et s’ignorèrent durant tout le trajet.

Arrivées au manoir, les filles descendirent et partirent se coucher, non sans avoir remercié pour la plupart Faith de cette soirée en ville.

« Kennedy, tu ne viens pas ? » s’étonna Vi.

« Non, je reste un peu discuter avec Faith. » répondit la Tueuse toujours à l’arrière du bus.

« Comme tu veux. » dit Vi en s’en allant.

Quand toutes les filles eurent disparu, Faith ferma la porte du bus de l’intérieur et se retourna. Kennedy la fixait en silence. Faith marcha lentement le long du couloir et s’arrêta devant elle. Elles restèrent une minute à se jauger en silence, immobiles dans la pénombre.

La voix de Kennedy s’éleva soudain dans un murmure.

« Je serai un coup d’un soir. »

« Bien sûr. » répondit Faith, un demi-sourire au coin des lèvres.

Les deux femmes s’observèrent encore un moment, le silence retombant sur la nuit.

Puis, Faith se jeta sur l’autre Tueuse, la renversant sur la banquette, et l’embrassa fougueusement alors que celle-ci la serrait dans ses bras à l’étouffer. Leurs baisers se transformèrent rapidement en morsures, leurs jambes s’entremêlèrent, leur souffle se fit plus court, leurs mains parcoururent le corps de l’autre avec une frénésie qui trahissait leur désespoir, leur frustration. Faith déboutonna le jean de Kennedy d’un geste sec, manquant déchirer l’étoffe dans sa précipitation, et glissa sa main à l’intérieur.

« Attends ! » souffla Kennedy.

Elle repoussa légèrement Faith, dézippa son pantalon en cuir et imita son geste. Les yeux dans les yeux, elles calquèrent leur rythme l’une sur l’autre, et leurs mains commencèrent à se caresser mutuellement. De son autre main, Kennedy agrippa les cheveux de Faith et lui arracha un baiser entrecoupé de gémissements, leurs langues se cherchant violemment, se goûtant avidement. Le rythme s’accélérait progressivement, chacune devinant l’issue déjà proche tant leur désir avait été fort. Leurs regards ne se quittaient pas, elles y lisaient le plaisir grandissant, se nourrissaient des cris de l’autre, de sa respiration haletante, dans une course folle et dévorante. Soudain, les yeux de Faith se fermèrent et elle poussa un long cri étouffé, presque aussitôt suivie par Kennedy qui resserra ses doigts dans la chevelure de l’autre Tueuse jusqu’à que ce que son dernier spasme s’évanouisse lentement.

Epuisées par l’alcool et leur désir enfin assouvi, les deux femmes s’endormirent enlacées sur la banquette.

 

Suite

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