Psycho Buffy

Buffy est dans sa maison. Tout est calme. Elle entre dans la salle de bains et tire le rideau de la douche.
Plan de coupe avec vue en caméra subjective, légèrement vacillante : une personne s’approche de la porte de la salle de bains.
Buffy est sous la douche et laisse couler l’eau sur elle (cadrage haut: faut pas rêver !).
Un bruit de douche en fond sonore, une main s’approche lentement du rideau de la douche, puis le tire brutalement. L’agresseur brandit un poignard, l’abat sur Buffy et frappe à plusieurs reprises. Buffy, surprise, se met à crier sans pouvoir réagir.
Le poignard frappe et frappe encore. Buffy commence à s’affaisser et glisse vers le sol.
Gros plan sur le sang mélangé à l’eau qui coule vers la bonde d’évacuation.
GENERIQUE
Buffy est allongée, moitié dans la douche, moitié sur le sol de la salle de bains. Elle est en partie enveloppée dans le rideau de douche qu’elle a entraîné dans sa chute.
Petit panoramique sur l’ensemble de la scène.
Au bout de quelques secondes, elle ouvre la bouche, qui se met à trembler, puis ouvre les yeux.
Buffy se redresse lentement, et palpe son corps d’un air terrifié : pas de trace de blessure, ni de sang.
Peu après, Buffy est dans la bibliothèque avec ses amis. Elle termine de décrire ces moments d’effroi, mais elle se heurte au scepticisme général.
Willow souligne les analogies entre cette histoire et la célèbre scène du film  » Psychose  » d’Alfred Hitchcock, avec Anthony Perkins dans le rôle de l’assassin.
Giles estime qu’il s’agit d’un rêve éveillé, fondé sur des réminiscences et des peurs d’enfants, probablement suite à de vieilles frayeurs que la vision de ce film a pu engendrer.
A ces mots, Buffy explose et se met à hurler :
 » Mais j’ai senti le couteau !
J’ai senti le couteau entrer dans la chair !
J’ai senti la lame écarter les côtes !
J’ai senti le sang couler sur mon ventre et le long de mes cuisses !  »
Giles l’assure que tous comprennent l’horreur de ces moments, et les sensations atroces qu’elle a éprouvées. Mais il rappelle qu’elle n’a subi aucun dommage physique et que son agresseur n’a pas laissé de trace.
Xander  » Ca te change des vampires. Ca se modernise. C’est une nouvelle génération  »
Xander ironise sur la peur de Buffy devant un film, elle qui affronte les vampires tous les soirs.
Excédée, Buffy attrape Xander par un bras et l’envoie à l’autre bout de la pièce.
Xander, en se relevant :  » C’est pas loyal de te servir de ta force contre tes amis.  »
Buffy :  » C’est pas loyal. Mais ça soulage.  »
Giles contemple la scène d’un air dubitatif.
Quelques jours après, Buffy arpente les couloirs de son collège. Elle heurte Cordelia, qui se recule avec horreur et prend à témoin les autres filles présentes sur l’odeur que Buffy dégage. Ricanant sur le manque d’hygiène de Buffy, elle lui annonce  » Dégoûtante souillon, va laver ton cul malpropre… Tiens, miss souillon, c’est pas mal ça comme surnom !  »
Willow, qui a assisté à la scène, encourage Buffy, mortifiée, à surmonter sa crainte, et à retourner faire un tour à la salle de bains.
Buffy est rentrée chez elle. En peignoir, elle est plantée au milieu de la salle de bains et regarde avec anxiété la douche. Puis elle se reprend et lance d’un ton définitif :  » Plutôt morte que sale ! « .
Buffy entre dans la douche, tire le rideau, et reste un instant aux aguets. Elle fait couler l’eau, et progressivement, elle se décontracte.
Plan de coupe avec vue en caméra subjective, bruit de douche en fond sonore : L’agresseur s’approche lentement de la douche, une main se tend pour écarter le rideau.
Le pied de Buffy jaillit à travers le rideau, et son talon cueille l’agresseur au menton. Celui-ci fait un vol plané à travers la salle de bains.
Buffy passe la tête et un bras à travers le rideau de douche, en serrant dans sa main un pieu en bois. Elle scrute la salle de bains: personne !
Le lendemain, dans la bibliothèque, Buffy essaye à nouveau de convaincre ses amis de la réalité de son agression.
Xander :  » Tu dis que la porte de la salle de bains était fermée. Le temps qu’il se relève, ouvre la porte et la referme, tu aurais eu le temps de voir ton bonhomme s’enfuir.  »
Buffy :  » Mon talon garde le souvenir de son menton. Tu veux voir comment ça fait ?  »
Xander :  » Finalement, je te crois sur parole.  »
En définitive, Buffy arrive à convaincre le groupe de monter un piège pour capturer son agresseur.
Le groupe prend position dans la maison de Buffy. Xander insiste lourdement pour monter la garde dans la salle de bains pendant que Buffy se douche, mais c’est Willow qui s’y colle.
Plusieurs heures après, l’attente a été inutile et Buffy, propre comme jamais, propose au groupe de se disperser.
Buffy raccompagne ses amis jusqu’à l’entrée, referme la porte derrière eux, se retourne, et, à la place de son intérieur, se retrouve perchée sur une corniche, au sommet du clocher d’une église.
Le vide brutal sous elle l’affole et lui fait perdre l’équilibre. Elle tente désespérément de s’agripper au bord du clocher, mais vacille et ne peut s’empêcher de regarder le néant qui l’attire. Elle chute lourdement… et se retrouve à quatre pattes sur le sol de sa maison.
Buffy commence à se relever avec difficulté. Elle n’est pas debout qu’une forme s’approche d’elle par derrière et passe une corde autour de son cou. Le lien s’enfonce dans la chair, l’étrangle avec rudesse, et la fait suffoquer sans pitié.
Buffy se débat, entraîne son adversaire au sol, cherche à se retourner. D’un violent coup de coude, elle parvient à surprendre son assaillant et à desserrer le garrot. Elle fait prestement un demi-tour, et plante ses deux pieds dans le ventre de son étrangleur. Il lâche prise et Buffy lui règle son compte d’une série de coups rapides.
Buffy se retrouve de nouveau à quatre pattes, dénoue le lien autour de son cou, et inspire d’une voix rauque.
Relevant la tête, elle se trouve nez à nez avec un énorme corbeau. Il lui saute au visage, les serres en avant, et lui lacère la figure. D’un coup rageur, elle parvient à l’écarter. Buffy plaque ses deux mains sur son visage et les retire. Elle contemple avec incrédulité son sang qui couvre ses mains.
Buffy s’aperçoit alors que la pièce est remplie d’oiseaux menaçants. Ils se précipitent sur elle. Buffy se roule en boule pour se protéger et se met à crier.
La porte de la pièce s’ouvre brusquement et Xander entre précipitamment, une arme à la main.
La pièce est vide.
Xander s’approche de Buffy qui se relève. Elle se regarde dans un miroir : les blessures de son visage ont disparues, mais son cou garde des marques nettes de strangulation, et ses bras portent des griffures.
De retour dans la bibliothèque.
Giles :  » C’est très inquiétant. Lors de la première attaque, tu n’avais pas gardé de traces, et tu n’avais subi qu’une agression à la fois.  »
Buffy :  » Ils deviennent plus puissants. C’est ça ?  »
Willow :  » Mais pourquoi des scènes des films d’Hitchcock ?  »
Giles  » Hé bien, la réflexion de Xander, l’autre jour sur l’arrivée d’une nouvelle génération m’a donné à réfléchir.  »
Willow :  » Une nouvelle génération de vampires ?  »
Giles :  » Plus grave. Je parlerai de la génération d’une menace nouvelle. Ce très précieux opuscule…  »
Buffy :  » Un grimoire ?  »
Giles :  » Pas du tout. Un livre théorique sur la création des mythes. La thèse de l’auteur est que la peur collective focalisée sur les mythes les plus inquiétants leur donne une permanence dans l’inconscient collectif. Imaginez que les forces du mal canalisent cette peur pour concrétiser l’objet de ces frayeurs. En somme, les hommes ont commencé à avoir peur des vampires avant que ceux-ci n’existent. Mais c’est cette peur qui leur a permis de naître. Hors le mécanisme qui a permis aux vampires d’apparaître est toujours en action. De nouveaux mythes surgissent en permanence, s’intègrent à l’inconscient collectif, et après quelques années d’incubation finissent par se concrétiser. C’est ce qui est en train de se passer avec tous les mythes créés par le cinéma.  »
Willow :  » Alors bientôt on ne pourra plus prendre une douche tranquille ?  »
Giles :  » Pire.  »
Xander :  » Dans quelques années, il faudra se cogner pour de vrai  » Massacre à la tronçonneuse « ,  » Freddy « ,  » Vendredi 13  » et  » Candyman  » ?  »
Giles :  » Ben oui.  »
Buffy :  » Je ne veux pas d’un monde comme ça.  »
Giles :  » Tu peux empêcher tout ceci, Buffy. Ton don de slayer doit te donner une sensibilité particulière à ces phénomènes. Tu combats ces monstres, mais en définitive, tu appartiens un peu à leur monde.  »
Buffy :  » Je joue un rôle dans leurs plans ?  »
Giles  » Oui. Cette puissance se nourrit de ta peur, et gagne en force et en réalité. Après t’avoir presque vaincue, elle est devenue capable de t’infliger de vraies blessures. Si elle arrive à te dominer, elle basculera complètement dans la réalité.  »
Buffy :  » Je suis prête pour une nouvelle rencontre « . Buffy se met en position de mise en garde.
Giles :  » Le Tae Kwon Do t’aidera à les repousser mais pas à les vaincre.  »
Buffy :  » Et pour les vaincre ?  »
Giles :  » Tu devras surmonter ta propre peur.  »
Il fait nuit, maintenant. Buffy est dans sa chambre, allongée dans son lit, les yeux grands ouverts.
D’un geste vif, elle repousse les couvertures, et s’habille rapidement.
Elle empoigne son pieu en bois, mais le regarde avec scepticisme. Buffy se glisse dans la cuisine, pose le pieu et saisit un grand couteau.
 » A armes égales  » dit Buffy pour elle-même.
La porte de la salle de bains est entrouverte, et une raie lumineuse en jaillit. Buffy s’approche doucement, et perçoit le bruit de l’eau qui coule dans la douche.
Buffy franchit furtivement la porte et voit une silhouette féminine en ombre chinoise derrière le rideau de la douche. Brandissant le couteau d’une main, elle s’avance jusqu’au rideau, et l’écarte brusquement.
 » Bonsoir chérie  » dit malicieusement une Buffy bis, adossée au mur de la douche, habillée comme Buffy et parfaitement sèche.
Buffy, stupéfaite, recule d’un pas. D’un coup violent sur son poignet, Bad Buffy lui fait lâcher le couteau. Un bref corps à corps s’en suit. Buffy tente de se dégager en percutant agressivement la pommette de son adversaire. Mais le choc lui fait jeter la tête en arrière.
Un bref instant, les deux combattantes se dévisagent, chacune une main sur la pommette.
Buffy :  » Je ressens les coups que je te donne…  »
Bad Buffy :  » La vie est mal foutue, hein ? Bonne nouvelle : ça se soigne. Laisse-moi abréger tes souffrances.  »
Bad Buffy revient à la charge, mais Buffy ne peut que tenter de parer ses coups, et se sent progressivement faiblir. Elle se cramponne à son assaillante pour tenter de l’immobiliser sans succès. Roulant sur le couteau, elle l’agrippe d’un geste affolé, et allongée sur Bad Buffy tente de lui porter un coup.
Bad Buffy bloque son poignet, mais se met à sourire d’un air de défi. Lentement, elle désserre son étreinte, écarte sa main, plonge ses yeux dans ceux de Buffy et dit d’un air bravache:  » Et si tu en mourrais ? « .
Le couteau toujours brandi, haletante, Buffy hésite, regarde la poitrine de son adversaire, puis plante ses yeux dans les yeux de Bad Buffy.
Le regard de Buffy est traversé par un éclair de haine. D’un geste sec, elle enfonce le couteau dans le coeur de Bad Buffy jusqu’à la garde.
Buffy fait un bond en arrière en se tenant le coeur à deux mains. Elle se recroqueville en grimaçant.
Relevant la tête, elle voit un énorme corbeau qui la toise. L’oiseau ouvre un large bec et croasse :  » Dommâââââgggee… « .
L’oiseau fonce vers elle. Buffy se protège les yeux de ses deux mains, mais le corbeau la frôle, pulvérise avec fracas une fenêtre derrière elle, et s’enfuit.
Buffy contemple les dégâts : le corps de Bad Buffy a disparu.
EPILOGUE
Buffy et ses amis sont dans la cours de leur collège. Buffy porte une énorme paire de lunettes fumées.
Willow :  » Tenue de camouflage ?  »
Buffy soulève un instant ses lunettes qui dissimulent un bleu à la pommette :  » J’ai dit à ma mère que j’avais surpris un cambrioleur, et qu’il s’est enfuit par la fenêtre après m’avoir frappée.  »
Xander :  » Après tout, qu’est-ce qui nous dit que ce n’est pas cette Bad Buffy qui nous parle ?  »
Buffy :  » Tu te rappelles comment je t’ai fait voltiger dans la
bibliothèque ?  »
Xander :  » C’est la vraie Buffy, pas de doute.  »
Giles :  » Tu as réussi à vaincre lorsque tu as décidé malgré tout de planter le couteau dans le coeur de Bad Buffy « .
Buffy :  » J’ai vraiment cru que j’allais mourir à ce moment là. Si la puissance que j’affrontais avait été un peu plus forte…  »
Willow :  » Bel esprit de sacrifice…  »
Buffy :  » C’est justement ce qui me gène. Ce n’est pas l’esprit de sacrifice qui m’a animée. En fait, j’ai été submergée par la haine, le désir de violence et la volonté de lui faire mal. Pas très reluisant.  »
Giles :  » Ne culpabilise pas. Tu as vaincu et tu as surmonté ta peur avec les armes qui te sont propres. Ca se passe toujours comme ça dans le monde réel.  »
Giles balaye d’un regard la cours du collège avec les lycéens, puis répète d’un ton las :  » Le monde réel… « .

FIN

Notes complémentaires :
– Le titre est une allusion à la série télévisée « Alfred Hitchcock présente… ».
– Outre Psychose », les films évoqués sont bien sûr : « Vertigo », « La corde » et « Les oiseaux ».

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