Canon Personnel : Cordélia Chase

1. Cordélia ne couche jamais avec Alex parce que c’est trop dangereux. Ce n’est pas qu’elle pense que le sexe est mal, et ce n’est pas qu’elle ne l’aime pas, mais quand ils sont couchés sur le siège arrière de sa voiture, leurs jambes maladroitement enchevêtrés, ses lèvres descendant de son mamelon sombre au bord de son nombril, elle ne peut pas. Elle ne peut simplement pas.

Il ne comprend pas et il pense que c’est lui et elle est désolée de ne pas pouvoir en parler. Elle sait qu’elle souligne simplement tous ses complexes d’infériorité, sait qu’elle donne l’impression d’être frigide et étrange alors qu’il sait qu’elle n’est pas vierge, ne lui laisse jamais oublier ce fait, et elle souhaiterait pouvoir lui dire, mais il ne peut pas avoir ça.

Il peut avoir tout ce qu’elle est d’autre, mais il ne peut pas avoir Kevin. Les bras de Kevin autour d’elle, Kevin murmurant dans son oreille, Kevin en elle. Kevin mort sur le sol de la salle d’enregistrement, ses lèvres molles, sa peau blanche comme du papier ivoire. Deux jours. Tout juste deux jours après qu’ils… et elle ne peut pas. Elle souhaiterait qu’Alex puisse comprendre sans qu’elle lui dise; aucun homme n’a jamais eu Cordélia Chase sans mourir deux jours plus tard.

Quand la barre d’acier lui déchire les entrailles, comme si Alex avait tant besoin de la remplir que l’univers avait offert un substitut, elle fait un choix. Peut-être que le sexe tue les hommes, mais si c’est l’alternative, elle préfère autant être la survivante.

2. Encadrée par le chambranle de son appartement, de la lumière artificielle sur son visage, Wesley ne la reconnaît presque pas. Au début, il pense que c’est parce qu’elle est plus blonde qu’elle ne l’a jamais été; le choc anormal des cheveux clairs au-dessus de son front olivâtre. Mais non, après un moment, il réalise que c’est son expression. Dans son souvenir, elle sourit tout le temps, son large sourire est comme un phare au bout de la mer. Il ne l’a encore jamais vue avec cette expression.

« Je veux savoir, » dit Cordélia, le visage dur. Un sourcil parfaitement cambré (elle doit passer des heures à les sculpter, pense-t-il distraitement, parce que réellement se concentrer sur cet instant est presque trop pénible à supporter) se soulève. « Pourquoi tu as fait ce que tu as fait. Pourquoi tu ne m’as pas téléphoné. Pourquoi tu ne pouvais pas nous faire confiance pour qu’on t’aide. » Sa voix hésite juste légèrement, et elle n’arrive pas à le regarder. « On était une famille, Wes. »

« Nous l’étions, n’est-ce pas? » dit Wesley, impassible. Avec un sourire triste, il penche la tête sur le côté. « Je n’ai jamais été très doué avec la famille, Cordélia. »

3. Après que Lindsey soit parti, et que le bureau soit lentement revenu à ce qui est considéré comme normal dans cette maison du diable, Cordélia prend congé pour utiliser les toilettes. L’eau du robinet est froide, puis chaude, puis d’une tiédeur raisonnable qu’elle peut supporter. Elle s’éclabousse le visage avant de regarder le miroir, son reflet couleur moka.

Jasmine sourit de son sourire trop grand, son sourire rempli de secrets et de dents magnifiques et parfaites, et Cordélia se contente de secouer la tête. « J’ai gagné, » dit-elle à la déesse dans le miroir. « Tu as perdu. »

L’image ondule, change, et quand Cordélia cligne des yeux, elle fixe son propre visage dans le verre réfléchissant. Prenant un moment pour bouger chaque muscle de son corps, pour savoir qu’elle est elle-même, qu’aucune parcelle de ce parasite ne demeure à l’intérieur, elle hoche la tête. « J’ai gagné, » dit-elle, encore. « Et c’est moi qui le sauverais. »

 

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