Résurrection(s) : Chapitre 2

« Elle est morte… »

Les terribles mots résonnaient encore dans la tête de Faith.

On lui avait annoncé une visite et elle s’était rendue dans le parloir avec toujours ce secret espoir de voir un jour l’autre Tueuse derrière la vitre. L’angoisse chevillée au ventre, elle imaginait déjà les yeux verts qui la jugeraient, la condamneraient, elle imaginait déjà ce visage qui l’obsédait jour et nuit et qui la renverrait pourrir dans sa cellule, qui la renverrait à sa solitude et à ses remords infinis.

Quand elle vit Angel, elle ne put s’empêcher de ressentir non seulement de la déception mais aussi du soulagement. La confrontation n’aurait pas encore lieu. Le temps n’était pas venu d’affronter les blessures de son passé.
Elle croisa le regard du vampire. Un frisson parcourut son échine. Quelque chose n’allait pas. Angel ne souriait pas, et, si la chose fut possible, il semblait encore plus sombre que d’habitude. Elle s’assit doucement et prit le téléphone qui permettait de communiquer avec les visiteurs. Le vampire était mal à l’aise et ses mains tremblaient. Faith sentit l’angoisse monter à nouveau.

« Angel ? Que se passe-t-il ? »

Angel la regardait avec un air implorant, une tristesse inouïe se dégageant de tout son être. Il marmonna une phrase que Faith ne comprit pas malgré ses sens aiguisés de Tueuse.

« Angel, je ne comprends pas ! Qu’est-ce qu’il y a ?! »

« Bu… Buffy… »

L’angoisse lui tordait à présent le ventre comme si tout son corps pressentait ce qu’Angel tentait de lui dire à travers ses yeux désespérés.

« Elle est morte… »

Faith n’entendit pas réellement la phrase. Mais elle la sentit dans sa chair.
Elle sentit la phrase pénétrer en elle comme un coup de poignard dans le ventre, transformer l’angoisse en souffrance indicible, déchirer ses entrailles, lacérer son esprit, elle sentit les mots se répandre en elle comme du poison, la tétaniser, la pétrifier, la brûler, la liquéfier. Elle sentit le sang battre plus vite à ses tempes, des pulsations sourdes qui s’amplifiaient et noyaient les mouvements, les paroles autour d’elle dans une sorte de brouillard opaque et oppressant. Elle ne voyait plus Angel, elle ne voyait plus rien. Elle ne sentait plus que la lame de cette réalité inconcevable s’enfoncer encore plus loin en elle, et tourner, et tourner, jusqu’à ce qu’il n’y ait plus que la douleur, blanche et innommable, vive et incommensurable, une douleur aveuglante qui rouvrait la brèche de son esprit torturé et la faisait replonger dans des ténèbres abyssales.

« Faith… »

Elle ne pouvait plus parler. Ses yeux baignés de larmes fixaient Angel sans le voir, le traversaient, essayant vainement de préserver la dernière image qu’elle avait de Buffy, de retrouver le souvenir de leur ultime rencontre dans le commissariat. L’image douloureuse de ses yeux verts satisfaits. La seule image qui restait imprimée dans son esprit depuis toutes ces années d’emprisonnement. Et une image qui semblait s’estomper à présent. Faith ne distinguait plus que des contours, des impressions, des formes qui se désagrégeaient au fur et à mesure qu’elle s’acharnait désespérément à les maintenir intacts.

Angel voyait la panique grandir dans les yeux de Faith et la douleur déformer son visage inondé de larmes. Il essaya de lui raconter les circonstances du drame, Gloria, la clé, Dawn, la brèche inter-dimensionnelle, le sacrifice. Mais il savait qu’elle ne l’écoutait plus, qu’elle avait perdu pied. Il savait qu’elle l’avait rejoint dans le même abîme de souffrance et de frustration. Et il n’avait pas la force d’aller la chercher si loin. Alors qu’il n’était même pas certain de vouloir en sortir lui-même.

« Elle est morte… »

Le temps de la visite s’était écoulé étrangement, au rythme du silence étouffant qui s’était installé entre ces deux êtres terrassés par la souffrance et qui s’accrochaient à un souvenir commun, à leur amour définitivement perdu. Angel était finalement parti, laissant le soin aux surveillants de ramener Faith, incapable de bouger, dans sa cellule.
Où elle avait pleuré pendant deux jours sans discontinuer effondrée sur le sol. Jusqu’à ce qu’il n’y ait plus de larmes à verser. Jusqu’à ce qu’elle n’ait plus même la force de le faire. Elle avait perdu l’image de Buffy. Elle s’était effacée de son esprit désespéré. La Tueuse blonde n’était plus qu’une silhouette dénuée de traits, une idée, un simple nom. Faith n’avait plus rien. Rien que ces mots qui résonnaient encore et encore dans sa tête.

« Elle est morte. »

 

Suite

Leave a Reply

*

%d blogueurs aiment cette page :