Résurrection(s) : Chapitre 4

Trois jours étaient passés depuis la visite d’Angel en prison. Trois jours que Faith essayait de réaliser, d’accepter la mort de Buffy. Elle ne pleurait plus, elle n’en avait plus la force. Seule demeurait la douleur lancinante au fond d’elle, une douleur ancrée si loin qu’elle ne pourrait jamais disparaître. Mais Faith ne voulait pas qu’elle s’éteigne, elle voulait avoir mal pour ne pas oublier, pour ne jamais oublier la seule personne qu’elle ait vraiment aimée. Et même si son visage s’était dissous dans les méandres de sa souffrance, les souvenirs, les paroles, les moments partagés resteraient gravés dans son esprit et son cœur.

Au-delà de l’idée de perte irrémédiable, le regret nourrissait également son désespoir. La seule chose qui avait raccroché Faith à la vie, à l’envie de sortir de prison, à s’en sortir, était d’obtenir le pardon de la Tueuse blonde et de lui avouer ses sentiments. Elle n’attendait rien d’autre. Pas même d’être aimée en retour. L’honnêteté, la rédemption, l’amour, étaient des mots qu’elle s’était jurée de faire siens.

A présent, Faith savait qu’elle n’attendrait plus jamais personne lors des visites. Et qu’elle ne pourrait plus jamais dire à Buffy tout ce qu’elle avait rêvé de lui dire. Qu’elle n’aurait jamais l’occasion de lui prouver son amour. Et de lui prouver qu’elle pouvait changer. Elle s’en voulait aussi d’avoir été si lâche, d’avoir laissé le temps passer, d’avoir sans cesse repoussé le moment de parler, le moment d’agir, le moment d’aimer.

Toute cette perte de temps, ces malentendus, ces défis stupides, ces dénis obstinés, cette fierté mal placée dont elles n’avaient pu se défaire les avaient inéluctablement séparées, éloignées l’une de l’autre. Et aujourd’hui la mort venait achever le processus et lui rappeler la futilité de leurs comportements. Mais il était trop tard. Et sa seule raison de vivre ayant disparu à tout jamais, Faith ne voyait plus l’utilité de continuer à lutter. Ni de continuer à vivre.

« Elle est morte… »

Faith restait prostrée dans sa cellule, le regard absent, ignorant les autres détenues, les gardiens, ignorant le temps qui passait au rythme des repas pendant lesquels on la forçait à sortir. Elle se rendait alors mécaniquement jusqu’au réfectoire, exécutait des gestes dont elle n’avait plus conscience, se désintéressant des autres, se désintéressant de tout. Le temps s’était arrêté pour elle. Définitivement. Il ne restait plus que les ténèbres et la douleur.

Et quand elle avait fini de se forcer à manger pour nourrir son corps sans âme, elle retournait dans sa cellule et tentait de s’endormir grâce aux somnifères et de plonger dans l’oubli réconfortant de l’inconscience. Jusqu’au lendemain. Où tout revenait, plus fort, plus réel, creusant encore davantage le désespoir au fond d’elle.

 


Et puis, la troisième nuit, Faith fit un rêve.
Un de ces rêves étranges et prophétiques que les deux Tueuses partageaient parfois et qui annonçaient un événement le plus souvent funeste.

Faith se vit allongée sur son lit d’hôpital. Dans le coma. Des perfusions sortaient de ses bras, des appareils clignotaient, tout était blanc, immaculé, vaporeux. Comme son visage qu’elle distinguait à peine. Elle était si pâle qu’elle semblait morte. Pourtant elle pouvait suivre les battements de son cœur sur une des machines. Le silence l’enveloppait comme un linceul prématuré. Soudain la brume cacha son visage un instant. Et ce n’était plus son corps que Faith voyait à présent. Mais celui de Buffy.

Le lit et la chambre disparurent. Buffy était debout devant une sorte d’arche, une porte magique et tourbillonnante, les yeux toujours fermés. Elle tendit ses bras en croix et se laissa tomber dans le vide, des larmes coulant sur son visage. Faith voulut hurler du plus profond de son être, mais aucun son ne sortit et son cri se heurta au néant. Elle voulut courir vers le passage inter-dimensionnel, vers Buffy, mais ses jambes étaient devenues lourdes, le sol glissant, inconsistant, et elle ne put que regarder avec horreur et impuissance la porte se refermer, se rétrécir, engloutissant à tout jamais la Tueuse blonde.

Et là vinrent les ténèbres. Et la fureur.
Un voile noir tomba sur la scène. Faith entendit le tonnerre assourdissant, la foudre qui frappait tout près, et la pluie se déversa sur elle. Tout était plongé dans l’obscurité. Elle avança et se cogna à une paroi. De la terre. Elle changea de direction. Une autre paroi. Elle se retourna. Des parois de tous les côtés. La panique s’empara d’elle et ses larmes se mêlèrent à la pluie. Elle s’effondra sur le sol, les mains s’enfonçant dans la terre meuble et détrempée. Faith comprit alors avec effroi où elle se trouvait.
Une tombe. Fraîchement creusée.
La foudre tomba alors et elle perçut la lumière. Elle leva les yeux. Et vit le ciel en furie, des éclairs zébrant la nuit, le tonnerre grondant sans discontinuer. Et puis elle vit Willow, assise au bord de la tombe. Faith ne la reconnut pas tout de suite. Elle était vêtue d’une longue robe noire, ses cheveux étaient devenus longs et noirs également, et elle arborait un maquillage sombre et inquiétant. Des flammes et des lumières tournoyaient autour d’elle et ses yeux étaient révulsés. Ses paumes tendues vers le ciel exécutaient d’étranges signes et d’autres lumières jaillissaient de ses mains.

Et puis Willow regarda la Tueuse brune de ses yeux sans iris. Et marmonna quelque chose. Faith, fascinée par ce regard effrayant, ne comprit pas ce que la sorcière essayait de lui dire. Le tonnerre et la pluie couvraient les sons et Faith s’efforça de fixer les lèvres de Willow quand elle répéta sa phrase. Mais les mots restaient incompréhensibles.
Willow joignit les mains et sembla implorer le ciel. Quand son regard se posa à nouveau sur Faith, ses yeux avaient retrouvé leurs iris. Mais ceux-ci étaient noirs, sans pupilles, et une lueur rouge et incandescente semblait émaner d’eux. Pour la première fois, Faith ressentit de la peur devant la petite sorcière. Elle sentit aussi un liquide épais et chaud couler sur ses jambes. Faith baissa les yeux. Son couteau était enfoncé dans son ventre, et le sang se répandait sur le sol, sur le manche, sur la main qui tenait la lame. Sur Buffy. Qui lui souriait.
Alors Willow ferma les yeux, s’enveloppa dans sa robe noire et disparut subitement dans un grondement de tonnerre.

Faith porta ses mains à son ventre. Il n’y avait plus ni couteau, ni sang, ni Tueuse blonde. Elle décida de sortir de cette tombe. Elle escalada la paroi la moins haute, s’accrochant désespérément aux quelques racines qui restaient, la terre s’effritant sous son poids, la pluie faisant glisser ses mains. Elle parvint enfin à se hisser hors du trou et se releva doucement, les habits trempés et pleins de boue, les cheveux dégoulinants et collés sur son visage tourné vers le ciel. Elle avait déjà vécu tout cela. Elle s’était déjà réveillée. Que faisait-elle là ?
Et puis elle entendit prononcer son nom. Une voix sépulcrale. Faith se retourna vers la tombe avec un frisson et aperçut une main qui se tendait vers elle. Elle la prit et tira de toutes ses forces malgré le terrible malaise qu’elle ressentait soudain. L’impression d’avoir fait une erreur. D’avoir oublié quelque chose.

Alors Buffy surgit de la tombe. Mais sa main dans celle de Faith était glaciale. Ses yeux émettaient une lueur rouge inquiétante, comme ceux de Willow auparavant. Et surtout, le sourire de la Tueuse blonde avait quelque chose de terrifiant, de maléfique, quelque chose qui ne lui ressemblait pas, quelque chose que Faith ne reconnaissait pas.
Elle sentit Buffy serrer sa main plus fort, de plus en plus fort, jusqu’à ce qu’elle entende les os se briser et que le sang s’écoule entre leurs doigts, jusqu’à ce que le sourire de la blonde s’agrandisse en un rictus démoniaque et que ses yeux flamboient, jusqu’à ce que Faith soit projetée violemment dans la tombe, et que les ténèbres la submergent à nouveau.

Alors Faith se réveilla. Terrifiée, en sueur, perdue. Mais avec l’inexplicable conviction que Buffy était vivante. Elle n’avait personne pour l’aider à interpréter ces rêves de Tueuse, mais les impressions vivaces qui en ressortaient étaient inscrites dans sa chair. Buffy était vivante, elle ne savait pas comment, elle ne savait pas pourquoi, mais elle en était sûre. Pourtant cette nouvelle ne la réjouissait pas et elle ne pouvait se défaire de cette sensation de malaise intense.
Car elle était aussi sûre que quelque chose n’allait pas. Et que les événements seraient terribles.

 

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